Volontourisme: le business du bon sentiment

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Lors de votre prochain séjour à l'étranger, méfiez-vous de ne pas confondre volonté de voyager autrement et altruisme.

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Alice Grinand
Le Nouvelliste

(Collaboration spéciale, Comité de Solidarité/Trois-Rivières) Vous ne serez qu'un «simple» touriste cet été? Pour plusieurs cela ne suffit plus.

Aujourd'hui, il faut voyager solidaire à n'importe quel prix: restauration du patrimoine, accompagnement d'enfants orphelins, préservation de l'environnement, etc., tout est bon pour aller aider son prochain. Chaque Samaritain peut trouver chaussure à son pied pour satisfaire ses désirs philanthropes puisqu'une véritable industrie du «volontourisme» s'est mise en place pour exploiter ce filon. À savoir si les populations locales en retirent quelconque bénéfice, c'est une autre paire de manches.

Le volontourisme: ce néologisme est basé sur la contraction entre volontariat et tourisme. C'est une nouvelle forme de tourisme qui surfe sur la vague de l'éthique, de l'équitable et du solidaire. Attention à ne pas s'y tromper : les entreprises qui proposent ce genre de voyages solidaires et humanitaires ne sont pas des organismes à but non lucratif, mais bien des agences de voyages dont le but premier est de faire du profit, parfois au détriment du bien-être de la population locale, malgré l'image que ces business de l'humanitaire véhiculent.

Car l'affaire a de quoi être juteuse. Motivés par leur envie de changer le monde et de découvrir une nouvelle culture, les volontouristes sont prêts à débourser des fortunes, parfois plus de 2000 $, billets d'avion non inclus, pour aller faire du bénévolat à l'autre bout du monde. Symptomatiques de notre époque et conséquence du système néolibéral actuel, ces apprentis sorciers de l'humanitaire sont à la recherche d'une expérience qui garantira à leur CV une ligne brillante. Et un paquet de photos sur les réseaux sociaux. Leur attitude pourrait être louable, mais il semblerait que ce genre de voyage serve surtout à remplir les poches de ces entreprises, dont les profits se comptent en millions de dollars chaque année. 

Le flou reste cependant complet sur la somme attribuée aux projets mis en oeuvre, et sur les retombées réelles et durables. L'envers du décor paraît peu glorieux. Autant de pratiques douteuses, au mieux inefficaces, mais trop souvent préjudiciables pour les populations locales. Dans une volonté d'être accessible à tous, il n'y a pas, ou peu, de critères pour participer à ce genre d'expérience. Mais envoyer sur le terrain des personnes qui n'ont pas les compétences appropriées a un coût - ce sont les locaux qui paieront les pots cassés. 

Ces agences de volontourisme se font ainsi leur beurre sur la misère des uns et la bonne volonté et le sentiment de culpabilité des autres. À coup de vocabulaire trompeur qui sème le doute sur leur réelle finalité, «volontaire», «projets de coopération», «mission humanitaire», le volontourisme porte également préjudice à l'image des organisations de coopération internationale (OCI), qui, au Québec, mène un vrai travail de fond, main dans la main avec des structures locales qui connaissent les dynamiques et les enjeux du pays d'accueil. Les jeunes qui partent par le biais de ces OCI sont accompagnés avant, pendant et après leur séjour. 

Ces séjours d'initiation à la solidarité internationale sont basés sur l'échange réciproque avec les hôtes des pays d'accueil et visent à une sensibilisation de ces jeunes, afin d'en faire des agents de changements à leur retour. C'est à ce moment-là que commencera réellement leur mission.

Pour en savoir plus:

www.cs3r.org




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