Tome 2 du génocide rwandais?

Un manifestant opposé à la volonté de Pierre... (Photo: IWACU Voix du Burundi)

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Un manifestant opposé à la volonté de Pierre Nkurunziza de solliciter un troisième mandat à la présidence, malgré les accords d'Arusha qui l'en empêchent.

Photo: IWACU Voix du Burundi

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Texte sur l'actualité internationale du Comité de solidarité de Trois-Rivières. »

Jean-Marc Lord
Le Nouvelliste

(Collaboration spéciale) Une poignée d'observateurs de la scène africaine craignent que l'on assiste au Burundi, depuis mai dernier, au premier chapitre du deuxième tome génocidaire rwandais. Si les deux catastrophes ne se mesurent pas à l'échelle de la même intensité meurtrière, les troubles qui secouent actuellement ce pays d'Afrique de l'Est n'ont rien pour rassurer.

Restriction de la liberté de la presse, interdiction de manifester, tirs à balles réelles sur les manifestants, assassinats ciblés d'opposants politiques, emprisonnement sans procès, intellectuels qui prennent le maquis, autant d'actions et de réactions commanditées directement ou indirectement par Pierre Nkurunziza, actuel président du Burundi. Déjà, le spectre de la guerre civile frappe à la porte de cette enclave africaine qui, il y a 10 ans à peine, sortait mal en point d'un long conflit qui s'était soldé par des centaines de milliers de morts.

Origine de la (nouvelle) contestation

Depuis le début du mois de mai, les Burundais investissent les rues de la capitale, Bujumbura, pour s'opposer à la volonté du président Nkurunziza de briguer un troisième mandat. Une volonté contraire aux accords de paix d'Arusha qui avaient mis fin à la guerre civile (1993-2006). Depuis le coup d'État manqué du 13 mai, les manifestations s'enchaînent quasi quotidiennement. Déjà au début juin, une trentaine de manifestants tombaient sous les balles des forces de l'ordre.

Car rapidement, les armes lourdes des militaires ont pris le relais des grenades lacrymogènes et des pistolets des policiers. Dans l'escalade de la violence, il faut compter celle commise par les Imbonerakures (les visionnaires), une milice armée formée de jeunes proches du pouvoir qui, le couteau entre les dents, se livre à des actes d'intimidation, de harcèlement et de violence en toute impunité. Plus de 110 000 Burundais ont déjà quitté le pays, dont la majorité en Tanzanie.

Comme les élections sont tour à tour annoncées et reportées, rien n'indique que les 3,8 millions d'électeurs burundais inscrits sur les listes électorales puissent, à court terme, exercer leurs droits démocratiques fondamentaux sans y risquer leur peau. Tant l'Église catholique, très active au Burundi, que l'Union européenne, estiment que les conditions actuelles ne permettent pas la tenue «d'élections crédibles».

Tensions interethniques

Le président Nkurunziza est Hutu, groupe ethnique qui représente 85 % de la population. Les manifestants qui remplissent les rues de la capitale sont en partie Tutsis (14 %). Il n'en fallait pas plus pour que le fantôme du génocide rwandais vienne faire planer son ombre sur le mécontentement populaire et participe à l'escalade de la violence. D'autant plus que depuis l'acquisition de son indépendance en 1962, le Burundi a sombré à maintes reprises dans les conflits interethniques.

Un calme relatif sévit sur ce tableau depuis que le pays a établi, en 2010, des quotas ethniques aux principaux sièges des institutions politiques, administratives et militaires. En sollicitant un troisième mandat à la présidence, Nkurunziza fragilise cet équilibre social, qui, de l'avis du conseiller spécial du Secrétaire général de l'ONU, Adama Dieng, menace de s'effondrer.

La suite de l'histoire

La communauté internationale tourne désormais un regard chargé d'inquiétudes sur le Burundi. Fin mai, la France cessait sa coopération sécuritaire avec ce pays des Grands Lacs africain. Les États-Unis ont également dénoncé la surdité de Pierre Nkurunziza. En vain. Un dialogue de sourds qui annonce malheureusement de nombreux tomes noirs à venir.

Pour en savoir plus: www.cs3r.org

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