«Le pire scénario est en train de m'arriver»

C'est le grand départ pour Frédéric Dion qui... (Photo: Sylvain Mayer, Le Nouvelliste)

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C'est le grand départ pour Frédéric Dion qui se rendra au coeur de l'Antarctique au cours des prochaines semaines en solitaire en cerf-volant à traction.

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Frédéric Dion
Le Nouvelliste

NDLR: L'aventurier Frédéric Dion souhaite atteindre le centre de l'Antarctique en solitaire à l'aide de cerfs-volants à traction. Ce trajet de 1850 km à travers le continent de glace devrait permettre à l'aventurier de Notre-Dame-du-Mont-Carmel d'être le premier homme à atteindre en solitaire le «Pôle Sud d'inaccessibilité».

Aujourd'hui [vendredi], j'ai fait exploser mon traîneau. J'étais sur un terrain très accidenté et lorsque je suis arrêté pour une pause, j'ai constaté que le devant du traîneau était complètement explosé. Il était en train de se démembrer. Il fait très froid et à ce moment, le plastique devient cassant. J'ai fait des tests à -25 au Québec, mais samedi, avec le facteur vent, la température sera de 50 degrés Celsius sous zéro en Antarctique. Heureusement, je n'ai pas perdu de matériel. Mon traîneau est comme une coquille d'oeuf, dès qu'il a une craque ou une brisure d'un côté, le reste s'effondre. 

Devant ce bris majeur, je dois changer mon itinéraire. J'ai entrepris un périple d'environ 300 km pour me rendre au dépôt de carburant 83. Je vais chercher le traîneau laissé là par l'aventurier belge Dixie Dansercoer. Le seul problème, c'est que j'ai 35 km de faits et il y a encore beaucoup de réparations à faire. Ça me fait craindre le pire. Il me reste 268 km à faire. Je vais faire des réparations, mais à ce moment, je n'ai aucune idée comment je vais faire pour me rendre au dépôt de carburant 83. Les vents pour m'y rendre ça va, mais les reliefs sont très difficiles. J'en ai toutefois fait mon deuil. C'est ça l'Antarctique. Ce qui m'inquiète, c'est le traîneau. 

Ironiquement, je faisais de l'insomnie il y a deux jours car j'avais peur. J'avais peur que mon traîneau explose, j'avais peur de me blesser et que mon aventure ne se déroule pas comme prévu. Ce matin là, le vent s'est levé à 4 h et normalement je me lève au même moment pour partir. Par contre, j'ai fait un pas en arrière et je n'y suis pas allé. J'ai attendu à 8 h avant de partir. Puis là, deux jours plus tard, le pire scénario est en train de m'arriver. 

Étrangement, c'est comme si moralement ce n'était pas si pire. Je me dis que j'ai encore 40 jours de nourriture. Je ne suis pas dans la rue. J'ai ma tente, mon sac de couchage, du gaz et mon réchaud. Je suis autonome pour 40 jours encore. Mais les prochains jours seront les jours les plus aventuriers que je vais avoir connus de toute ma vie.

J'essaie de ne pas voir tous les problèmes dans leur ensemble. Je vais me concentrer sur les prochains kilomètres pour réduire l'objectif à son étape la plus simple. Plus on réduit l'objectif, plus on se rapproche du moment présent. Et le moment présent est le seul instant dans notre vie où on a du pouvoir. Je vais me concentrer vendredi [hier] soir pour faire la meilleure réparation possible, et samedi, je veux profiter de chaque kilomètre pour le parcourir le plus légèrement possible afin de me rapprocher de ce fameux nouveau traîneau. Quand j'aurai la main dessus, je pourrai faire un plan pour la suite.

Idéalement, il faudrait que je puisse me rendre au dépôt de carburant en moins de dix jours. Avec un traîneau qui va bien, 135 km ça se fait en une journée. Mais dans les circonstances, je n'ai aucune idée.

Propos recueillis par Gabriel Delisle 

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