Champagne sous des feux nourris

François-Philippe Champagne... (Photo: François Gervais, Le Nouvelliste)

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François-Philippe Champagne

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Guy Veillette
Le Nouvelliste

(Shawinigan) Un individu accusé de fraude a versé une contribution de 500 $ à l'Association libérale fédérale de Saint-Maurice - Champlain en décembre 2014, un don qui agace le Nouveau parti démocratique.

En octobre 2013, Olivier Allenbach-Illaire faisait partie d'un trio arrêté par la Gendarmerie royale du Canada. À ce moment, ces trois personnes étaient accusées d'une fraude de 115 098 $ commise dans le cadre du projet de l'Écolodge Matagami, en Abitibi. Développement économique Canada avait accordé une contribution financière pour la réalisation de ce complexe touristique. Les suspects sont soupçonnés de double facturation au gouvernement fédéral.

Le procès de Daniel Cliche et d'Olivier Allenbach-Illaire est prévu le 4 avril 2016, au palais de justice de Val-d'Or. La troisième personne en cause, Manon Bellehumeur, a été libérée de ces accusations en décembre 2014, faute de preuve. Le montant de la fraude a été révisé à 76 324 $.

Or, Olivier Allenbach-Illaire et Manon Bellehumeur, qui vivaient sous le même toit à Rouyn-Noranda au moment de leur arrestation, ont chacun versé 500 $ à l'Association libérale de Saint-Maurice - Champlain en décembre 2014, alors que François-Philippe Champagne était déjà confirmé comme candidat. Le NPD questionne la nature de ses liens avec ces individus.

Le même parti se demande également pourquoi l'entreprise Bionest Technologies possède comme deuxième actionnaire la firme Strategic environnemental technologies limited, enregistrée aux Îles Turques-et-Caïques. Cette entreprise spécialisée dans le traitement des eaux usées a été fondée par Gilles Champagne et son fils, François-Philippe, siège sur le conseil d'administration à titre de vice-président.

Ces questions ne sont pas soulevées directement par le candidat néodémocrate dans Saint-Maurice - Champlain, Jean-Yves Tremblay, mais bien par Alexandre Boulerice, co-président de la campagne du NPD et député sortant dans Rosemont - La Petite Patrie.

«M. Champagne doit expliquer comment se fait-il qu'il est associé à un homme d'affaires qui fait l'objet d'accusation de fraude dans le dossier de l'Ecolodge de Matagami», souligne-t-il. «Il doit aussi expliquer pourquoi le second actionnaire de l'entreprise familiale Bionest Technologies est une compagnie à numéro aux Îles Turques-et-Caïques.»

«Tout cela est très douteux, surtout lorsqu'on sait que les Îles Turques-et-Caïques sont un haut lieu des paradis fiscaux. Je vais laisser à M. Champagne le soin de s'expliquer, mais je crois que les électeurs doivent voter en toute connaissance de cause.»

Avec la poussée des libéraux dans les sondages, François-Philippe Champagne est clairement devenu une cible dans Saint-Maurice - Champlain, surtout qu'il est considéré comme un candidat vedette dans son équipe.

De son côté, la candidate du Bloc québécois, Sacki Carignan Deschamps, se questionne au sujet de deux événements qui se sont produits pendant le passage de son adversaire libéral chez deux grandes firmes internationales.

En 2004, la Securities and Exchange Commission imposait des amendes totalisant 16,4 millions de dollars américains à deux filiales du groupe ABB aux États-Unis pour une affaire de corruption en Afrique et en Asie pour obtenir de lucratifs contrats.

De plus, en 2009, le groupe Amec en venait à une entente avec le Serious Fraud Office, au Royaume-Uni, selon laquelle la firme d'ingénierie lui versait un montant de 9 millions $ pour des irrégularités observées dans la construction d'un pont, en Corée du Sud.

Or, M. Champagne occupait des postes importants au moment où ces compagnies ont payé ces amendes. Chez ABB, il agissait à titre de vice-président et d'avocat-conseil principal de 1999 à 2008, pour ensuite travailler comme directeur du développement stratégique, avocat conseil principal et directeur en chef de l'éthique chez Amec jusqu'en 2012.

Sans lier directement le candidat libéral à ces histoires, Mme Carignan Deschamps s'interroge sur ces coïncidences. Hier après-midi, le NPD relevait également les cas de corruption chez ABB au moment où M. Champagne y occupait une position stratégique.

«Comment se fait-il qu'il y ait des milliers d'entreprises qui oeuvrent à l'échelle internationale sans être jamais condamnées pour fraude et que lui ait été à l'emploi de deux compagnies frauduleuses ?», questionne Mme Carignan Deschamps. «Je pense que la question est légitime.»

«C'est un peu ridicule»

Le sommeil de François-Philippe Champagne ne sera visiblement pas perturbé à la suite des allégations soulevées par ses adversaires dans Saint-Maurice - Champlain au cours des derniers jours. Selon lui, ces attaques de dernière minute manquent de sérieux.

M. Champagne croit avoir rencontré deux fois Olivier Allenbach-Illaire, mais il ne possède qu'un souvenir très vague de cet individu. Accusé de fraude, cet homme a quand même versé 500 $ à l'Association libérale fédérale de Saint-Maurice - Champlain en décembre 2014.

«Je pense l'avoir déjà rencontré», confirme M. Champagne. «Mais j'ai des dons de gens de Vancouver, des États-Unis... J'ai un réseau pancanadien. Est-ce qu'on fait enquête sur chaque donateur? Je n'avais aucune idée de ces allégations. Honnêtement, je trouve ça un peu ridicule.»

«Nous devons avoir environ 400 donateurs dans Saint-Maurice - Champlain», ajoute-t-il. «Je suis sûr que parmi eux, il y en a qui ont eu des contraventions pour la vitesse... »

Sur la question de l'actionnariat de Bionest, M. Champagne rappelle que l'inventeur de la technologie, Gary Lord, vit aux Îles Turques-et-Caïques. Normal que cette société apparaisse comme deuxième actionnaire, fait-il remarquer.

«Un des plus grands marchés de Bionest, c'est dans les Caraïbes», souligne le candidat libéral, également vice-président du conseil d'administration de cette entreprise, mais pas actionnaire.

«Bionest a des actifs importants là-bas ; c'est sur le site web ! Il n'y a rien de particulier.»

Même désinvolture au sujet des amendes écopées par les deux sociétés internationales pendant qu'il y travaillait. «ABB, c'est 180 000 employés. C'est dix fois Hydro-Québec !», image-t-il. «Amec a 30 000 employés dans 50 pays.»

M. Champagne sourit lorsqu'on mentionne qu'il occupait des postes importants dans ces deux sociétés. «Je suis flatté du commentaire», badine-t-il. «ABB, c'est gros comme General Electric et Siemens. Il faut comprendre la dimension de l'entreprise. Est-ce que je suis responsable parce que je suis avocat au siège social ? C'est comme dire à un avocat de Bell Canada qu'il est responsable parce que le CRTC impose une amende. Je ne me sens pas directement ou indirectement interpellé.»

M. Champagne n'accorde pas trop d'attention à ces stratégies de fin de campagne.

«Je ne sais pas ce que je peux répondre de plus», commente-t-il. «Est-ce que je m'attarde à ça ? Je trouve ça un peu de ridicule. Ça manque de sérieux. Ce sont des gens qui font des attaques qui manquent de substance, de sens.»

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