Voter dans un nouveau comté

Les électeurs du district de Trois-Rivières-Ouest ont vu... (Photo: Émilie O'Connor Le Nouvelliste)

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Les électeurs du district de Trois-Rivières-Ouest ont vu apparaître les pancartes électorales de Robert Aubin et non pas celles de Ruth Ellen Brosseau, comme ici au coin de la côte Richelieu et de la rue Cherbourg.

Photo: Émilie O'Connor Le Nouvelliste

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Olivier Gamelin
Le Nouvelliste

(TROIS-RIVIÈRES) Ils ont été représentés à Ottawa par Ruth Ellen Brosseau depuis quatre ans. Durant la présente campagne électorale fédérale, c'est, entre autres, Robert Aubin qui cognera à leur porte pour solliciter leur appui. Comme dans plus de 87 % des circonscriptions canadiennes, les électeurs de Trois-Rivières ont vu les bornes de leur carte électorale déplacées, une réalité qui a fait boule de neige un peu partout en Mauricie et qui se répète tous les dix ans à la suite du recensement décennal de Statistique Canada.

Ainsi, les citoyens du secteur Trois-Rivières-Ouest sont désormais rattachés au comté de Trois-Rivières et non plus à celui de Berthier-Maskinongé. À l'autre bout de la ville, les districts de Sainte-Marthe-du-Cap et de Saint-Louis-de-France ne sont plus trifluviens, maintenant intégrés au giron de la circonscription de Saint-Maurice-Champlain. Un brassage des cartes qui, en bout de piste, entraîne la création de trente nouvelles circonscriptions au Canada, dont trois au Québec, leur nombre total grimpant de 308 à 338 d'un océan à l'autre.

Les dix commissions indépendantes de délimitation - une pour chaque province - qui ont pris la responsabilité de découper le pays en puzzles électoraux se sont laissées guider par plusieurs facteurs pour définir où tombera la ligne du géomètre. Entre autres, elles ont cherché à s'assurer que chaque comté compte approximativement le même nombre d'électeurs, sans toutefois négliger la nature géographique et culturelle de certaines régions.

«Une fois que les commissions reçoivent les données démographiques, elles se mettent au boulot», explique le porte-parole d'Élections Canada, John Enright. «Dans un premier temps, elles vont faire une ébauche de leur travail basée sur la population, mais pas seulement sur la population. Ce n'est pas strictement un exercice mathématique. Même si les commissions se basent d'abord sur le quotient électoral, établi en moyenne à 100 000 électeurs, elles peuvent dévier de leur quotient de plus ou moins 25 %, car elles prennent également en considération les communautés d'intérêt. Par exemple, on n'ira pas trancher une communauté qui a des liens culturels, naturels ou industriels. On ne va pas trancher un moulin à bois en deux, une communauté de pêcheurs en deux, cela dans la mesure du possible», explique M. Enright.

Dans Trois-Rivières, le député sortant est d'avis que les limites de la circonscription sont désormais plus fidèles à la réalité qu'il dit observer sur le terrain. Cela dit, Robert Aubin avoue qu'il doit adapter le message qu'il transporte de porte en porte. «Je me rends compte qu'une majorité de la population qui appartient maintenant à Trois-Rivières ne sait pas encore qu'ils sont des électeurs de Trois-Rivières. La plupart du temps, lorsque je leur annonce cette nouvelle, c'est reçu de manière positive, car les gens de Trois-Rivières-Ouest se sentent davantage intégrés au tissu urbain de Trois-Rivières qu'ils ne pouvaient l'être avec Berthier-Maskinongé», relate le candidat NPD.

«Élections Canada n'a pas averti les citoyens encore, on ne voit pas quand ils vont le faire et on espère qu'ils vont le faire parce que plus on tapera sur le clou et mieux ce sera.» Pour l'instant, M. Aubin confesse avec un clin d'oeil que le changement principal pour les électeurs de l'ouest de la ville c'est «qu'ils perdent en beauté, mais ils gardent en compétence».

Plus pragmatique, Ruth Ellen Brosseau précise qu'en étant amputée du district de Trois-Rivières-Ouest, le nombre d'électeurs de Berthier-Maskinongé passera de 90 838 à 83 842 (pour une population totale de 98 590) avec, en bout de piste, une baisse de financement étatique accordé en fonction de l'électorat. Malgré tout, si elle est élue, la candidate NPD ouvrira deux points de service dans son comté qui comprend 37 municipalités, cela afin de permettre «d'être plus accessible si un citoyen a un problème de transport. Je m'engage à avoir un deuxième bureau», déclare Mme Brosseau.

Notons par ailleurs qu'Élections Canada entend communiquer avec les citoyens concernés «d'une façon assez proactive durant la campagne», assure M. Enright.

Plus grande que la Belgique

Depuis le redécoupage électoral, la circonscription de Saint-Maurice-Champlain s'étend désormais sur 37 295 kilomètres carrés. Un territoire plus grand que la Belgique. En contrepartie, la circonscription de Papineau, où le chef du Parti libéral du Canada Justin Trudeau fait campagne, s'étend seulement sur neuf kilomètres carrés.

Depuis vingt mois, et pour les onze prochaines semaines, le candidat libéral dans Saint-Maurice-Champlain, François-Philippe Champagne, roule près de 1000 kilomètres chaque semaine pour faire le tour des 34 communautés, discuter avec les 196 élus municipaux, serrer la main au plus grand nombre des quelque 80 000 électeurs. Outre l'ajout des districts de Sainte-Marthe-du-Cap et Saint-Louis-de-France, le comté accueille désormais deux territoires non organisés de la MRC de Matawinie située dans la région administrative de Lanaudière.

Les candidats dans Saint-Maurice-Champlain n'auront donc pas trop des onze semaines de campagne électorale pour sillonner ce vaste horizon où s'entrecoupent des intérêts diversifiés, entre les zones agricoles, forestières et urbaines, entre les villes, municipalités, villages et territoires des Premières Nations. Pour M. Champagne une seule règle prédomine: le temps.

«Est-ce que ça demande énormément de temps? Définitivement», note d'emblée le candidat libéral. «J'ai fait le choix de prendre le temps d'aller rencontrer les gens, parce que j'avais vu l'ampleur de la tâche. Quatre-vingt jours, c'est de la campagne, mais les vingt mois que j'ai passés à écouter le monde, ça faisait aussi partie du cheminement.»

Au niveau logistique, les candidats devront également huiler leur machine électorale au quart de tour. Ouverture de plusieurs locaux électoraux, organisation de différentes équipes de bénévoles tant pour installer les pancartes que pour faire sortir les votes le jour des élections. «J'ai des dizaines et des dizaines de bénévoles», confirme M. Champagne. Jeudi, son équipe sabrera le champagne de son local de La Tuque et compte faire de même sous peu à Saint-Tite.

Bienfaits politiques

Pour le maire Yves Lévesque, la ville de Trois-Rivières a tout à gagner à ouvrir son territoire à plus d'un député fédéral. Lorsque vient le temps de porter un dossier régional à Ottawa, aucune voix n'est superflue.

«C'est sûr que logiquement, le territoire de Trois-Rivières devrait être homogène, mais du côté politique, c'est beaucoup mieux. C'est beaucoup mieux parce que tu as deux députés qui défendent les intérêts de notre ville. Plus il y a du monde qui parle autour de la table, plus les choses risquent de bouger. Au Canada, il y a plein de monde qui tire la couverte de leur bord, alors c'est important d'avoir le plus de voix possible», estime le premier magistrat. Rappelons que la ville de Trois-Rivières se retrouve dans les circonscriptions de Trois-Rivières, de Berthier-Maskinongé et de Saint-Maurice-Champlain.

olivier.gamelin@lenouvelliste.qc.ca

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