Insaisissable démocratie

Le nouveau venu Irdens Exantus joue un jeune... (Photo: Cristal/Séville)

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Le nouveau venu Irdens Exantus joue un jeune stagiaire plein de bonne volonté.

Photo: Cristal/Séville

Le NouvellisteFrançois Houde 3/5

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François Houde
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) On critique souvent nos gouvernements pour les décisions qui sont prises lors de votes décidés d'avance à cause de la discipline de parti. On souhaiterait, non sans raison, avoir davantage notre mot à dire par l'intermédiaire de notre député. Que celui-ci reflète, dans son vote, l'opinion majoritaire de ses électeurs.

L'idée est utopique mais comme il le dit lui-même, Philippe Falardeau a fait un film qui se veut une sorte de laboratoire où il peut justement expérimenter cela. Le film s'appelle Guibord s'en va-t-en guerre.

Le député dont il est ici question s'appelle Steve Guibord, une ancienne vedette de hockey junior devenue député indépendant du comté de Prescott-Makadeà-Rapides-aux-Outardes. Un immense comté du nord québécois ou quelques petites municipalités viennent à peine perturber l'uniformité du paysage d'arbres et de lacs.

Quand un jeune Haïtien cogne à la porte de son bureau, Steve accepte de prendre Souverain à son service. L'idéalisme et la culture théorique de celui-ci contrastent avec le gros bon sens du député. C'est justement par Souverain que celui-ci apprend qu'un vote va avoir lieu sur l'implication du Canada dans un conflit armé à l'étranger et que par un concours de circonstances, son vote de député indépendant devient déterminant.

Pendant ce temps, le député est confronté à des conflits très locaux qui mettent aux prises des communautés autochtones qui bloquent des routes pour donner du poids à leurs revendications territoriales et des camionneurs qui ne peuvent plus livrer leurs chargements. Tentant de gérer les deux crises en même temps, Guibord décide de faire une tournée de consultation dans son comté pour prendre le pouls de ses concitoyens quant à entrée en guerre du pays.

Guibord s'en va-t-en guerre est une fiction politique qui se déploie dans une réjouissante fantaisie qui a le mérite de n'atténuer en rien la valeur de la réflexion qu'elle accompagne. En fait, la comédie devient un vecteur particulièrement efficace pour véhiculer cette réflexion sur la démocratie parfaite, une bien séduisante utopie. Utopie parce que le principe doit, par définition, être appliqué par des humains non seulement faillibles mais influençables.

Ce n'est pas voler un punch que de dire que le député Guibord est rapidement dépassé par les événements tant dans son travail que dans sa vie personnelle puisque le débat sur la guerre déborde dans sa famille où sa femme pragmatique et sa fille idéaliste s'en mêlent. Or, malgré le ton plutôt comique, la réflexion est bien menée et les hypothèses proposées assez plausibles. Falardeau a bien équilibré son récit qui demeure intéressant malgré les aspects qui relèvent de la technique politique.

En Patrick Huard, il a trouvé une incarnation parfaitement plausible d'un ancien joueur de hockey dépassé par ses responsabilités de député. Cela dit, l'interprète ne transcende pas une simple incarnation. Son jeu apparaît un peu pataud surtout en comparaison de celui de Suzanne Clément qui interprète son épouse dégourdie avec une aisance remarquable. 

La caricature du stagiaire haïtien plein de bonne volonté offerte par le nouveau venu Irdens Exantus n'est acceptable que dans le contexte de la comédie qui se nourrit du contraste de sa personnalité avec celle de Guibord. Paul Doucet, de son côté, se fait remarquer en premier ministre conservateur juste assez froid et calculateur pour nous en rappeler un autre mais sans verser dans la bête imitation. 

On a beaucoup fait état de la sortie officielle du film à Locarno où il a, semble-t-il, connu un beau succès. C'est le signe que Philippe Falardeau a réussi à donner un caractère assez universel à sa réflexion. Tant mieux. Il reste que Guibord s'en va-t-en guerre est un film sympathique, certes, mais plutôt anecdotique. Il ne marquera pas la carrière de celui qui nous a quand même donné le magnifique Monsieur Lazhar. On n'est pas ici dans la même catégorie de film ni par son contenu ni par sa qualité mais ça se laisse voir agréablement.

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