Guibord s'en va-t-en guerre: une réflexion sur la politique, mais surtout la démocratie

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Le film de Philippe Falardeau révèle un réel intérêt pour la démocratie.

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François Houde
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Avant que la vie ne le dirige vers le cinéma, Philippe Falardeau a étudié en sciences politiques. Cette préoccupation ne l'a apparemment jamais quitté et le cinéaste arrive aujourd'hui avec un nouveau film, Guibord s'en va-t-en guerre, qui traite de politique mais surtout de démocratie.

Son oeuvre révèle un réel intérêt pour la démocratie et même une réflexion marquée par un souci d'interpeller le public sur cette question rendue plus fondamentale encore par le contexte de la campagne électorale fédérale que nous vivons. Or, la coïncidence n'est que le fruit du hasard. «Le projet a été entrepris il y a cinq ans et il n'a jamais été question qu'il soit combiné à une campagne électorale, plaide le cinéaste en entrevue. Je ne suis même pas convaincu que ce soit une bonne chose pour le succès du film qu'il sorte à ce moment-ci, alors qu'on baigne dans la politique. La réflexion que nous proposons est beaucoup plus vaste que ce que propose la campagne électorale.»

«D'ailleurs, un des compliments qui m'a fait le plus plaisir, c'est quand une journaliste japonaise m'a accosté à la sortie de la projection du film au Festival de Toronto et m'a dit qu'elle avait fait un lien direct avec la situation politique dans son propre pays. Ce n'est pas qu'un film sur notre système politique, malgré ce qu'on pourrait croire; c'est plus large que ça.»

Dans le cynisme ambiant et le désintéressement d'un large pan du public pour ces questions, comment croit-il que son film peut susciter l'intérêt? «Nous aussi, les citoyens, nous sommes des créatures politiques. Nous avons des intérêts à défendre à l'intérieur d'un corps de métier, d'un syndicat ou de toutes sortes d'associations, par exemples. Le film pose un peu la question de notre rôle à chacun en démocratie: doit-on voter selon nos intérêts particuliers ou faut-il le faire en fonction du bien collectif?»

«D'où mon choix de la comédie, parce que ça ne m'oblige pas à prendre de posture morale. Je peux me permettre de tirer un peu sur tout le monde incluant ceux qui ont des positions qui sont très proches des miennes, moi qui suis de gauche, en faveur de la paix, etc. Le constat final que je trace est peut-être quelque peu cynique, mais je l'amène de manière comique alors, ça crée une certaine distance qui n'a pas le même impact sur le spectateur. D'ailleurs, je n'ai pas l'impression de céder au cynisme comme de céder au réalisme, plutôt.»

Autre aspect du film qui le caractérise, c'est que Falardeau pose un regard plutôt bienveillant sur son personnage principal, un modeste député d'arrière-ban, ancienne vedette de hockey. «C'est facile et de bon goût de ''varger'' sur les politiciens, et à raison ajouterais-je, mais ils ne sont pas tous ministres et ils ne sont pas tous corrompus. Plusieurs sont là pour les bonnes raisons et je pense que c'est le cas de mon Steve Guibord. Seulement sa bonne volonté se heurte à notre système politique qui est passablement rigide.»

«Après chaque élection, on réclame un système électoral plus représentatif. Moi, je fais de ce film un laboratoire où j'explore l'hypothèse où un simple député hérite de plus de pouvoir. Et on découvre que ce n'est plus facile pour autant.»

Tout le scénario tourne autour du travail de député de Steve Guibord mais dans son comté éloigné, immense et rural, c'est une politique de proximité et le travail implique souvent la famille qui devient même un élément important de l'intrigue. «J'ai internalisé les conflits politiques à l'intérieur de la famille et à la fin du film, il y a un regard humaniste qui s'impose. Les aspects humains ne sont pas écartés et ils survivent même aux méandres de la politique; pour moi, c'est important. Le député que je décris ici est un homme ordinaire qui n'est pas cet objet qu'on aime souvent présenter comme une incarnation de la malhonnêteté et de la fourberie. Ce serait trop facile. Il y a aussi des enjeux émotionnels derrière les enjeux politiques parce qu'il y a des humains qui les incarnent.»

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