Paul à Québec: un bouleversant hymne à la vie

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Le film Paul à Québec émeut profondément sans donner l'impression de chercher à le faire.

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François Houde
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) C'est peu dire que Paul à Québec était attendu des cinéphiles. C'est peu dire que Paul à Québec est une réussite.

Le réalisateur et scénariste François Bouvier a réussi à adapter la bande dessinée en en conservant l'essence tout en réalisant un film qui va plus loin que le récit dessiné déjà très touchant. Un film magnifique, puissant, un glorieux hymne à la vie et à la famille devant lequel je ne vois pas comment on peut rester froid.

Dans sa version filmée qui réfère régulièrement et adroitement à la bande dessinée qui l'a inspirée, Paul à Québec émeut profondément sans donner l'impression de chercher à le faire. C'est un hommage au talent de scénariste de François Bouvier qui fait preuve d'une délicatesse et d'une magnifique sensibilité pour créer un film qui flotte brillamment entre le drame et l'anecdote tirant de chacun ce qu'il a d'essentiel.

C'est par ailleurs un hommage au cinéaste qui a su créer par une mise en scène très accomplie mais discrète ce qu'il faut de légèreté pour qu'on puisse aborder le drame avec toute la lucidité qu'il nécessite pour qu'il soit porteur de vérité.

Le récit est tout simple. C'est Paul (François Létourneau) qui raconte l'histoire. Paul qui est en couple avec Lucie (Julie Le Breton) issue  d'une famille tissée serrée autour du noyau formé de Roland (Gilbert Sicotte) et Lisette (Louise Portal) qui habitent en banlieue de Québec. Par tradition, la famille se réunit quelques fois l'an pour des occasions spéciales. C'est la famille ordinaire, forte d'amour, de manies, de traditions, de blagues potaches, de petits secrets, de tensions. 

Roland a beau en vouloir à Paul de ne jamais avoir demandé sa fille en mariage, une certaine complicité pudique s'est créée entre les deux. Au point de se confier discrètement à lui, un jour, sur son enfance malheureuse qui l'a amené à se bâtir une vie confortable à force d'acharnement.

Quand Roland entre d'urgence à l'hôpital pour une occlusion intestinale, le médecin se voit contraint d'annoncer à la famille la vérité que Roland et Lisette n'ont pas osé dire à leurs enfants: Roland souffre d'un cancer incurable et il lui reste peu de temps à vivre.

La famille, plus soudée que jamais, accompagne Roland et Lisette dans l'ultime aventure qui passe bientôt par un centre de soins palliatifs. 

C'est donc un film sur la mort. Le film s'y engouffre résolument avec pourtant une immense pudeur qui est plus une volonté d'aller à l'essentiel que d'éviter de choquer. L'essentiel? L'amour, la dignité, la peine, le courage. La vie.

Pourtant, et c'est bien là la plus belle qualité de ce film, tout cela est proposé avec une délicatesse et une légèreté délicieusement dosée qui n'est jamais une fuite. C'est le ton de la vie qui bat, qui se poursuit même quand quelqu'un nous quitte en emportant une petite part de nous. La vie plus grande que la mort. La vie, immense dans la petitesse de son quotidien, la vie magnifiée par les petits riens qui la composent.

Je suis sorti de ce film profondément ému, intimement gratifié par l'émotion ressentie, reconnaissant de ce cadeau et habité par l'envie de revoir le film immédiatement. Nullement abattu malgré le propos.

Il importe de souligner la cohérence remarquable de toute la mise en scène élaborée par François Bouvier. Une mise en scène qui disparaît tellement elle est au service d'un récit qui ne comporte pas le moindre temps mort. Chaque truc, chaque trouvaille narrative s'intègre dans la fluidité de l'ensemble. Tout ça paraît anodin mais nous captive néanmoins et finit par nous bouleverser. 

Le jeu des interprètes reproduit parfaitement le ton doux-amer de cette histoire, la sensibilité et la bonhomie de sa narration. François Létourneau se fond apparemment sans le moindre effort dans la peau de Paul comme chaque interprète dans celle de son personnage mais c'est Gilbert Sicotte qui, en Roland, trouve la grâce. Tout en justesse, en nuances, en pudeur, en intériorité et en intensité. On croit à chaque geste de son personnage comme à chaque seconde de sa marche vers l'au-delà. Une autre interprétation exceptionnelle dans une opulente carrière. 

Je n'aime rien davantage que d'être profondément ému par un film. Celui-ci m'a atteint de la plus belle des façons. Ce n'est pas un film génial ou inattaquable mais pour la qualité de son émotion, en ce qui me concerne, il mérite amplement quatre brillantes étoiles.

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