Chorus: la mort, la vie, l'amour

Le NouvellisteFrançois Houde 3/5

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François Houde
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Allez savoir pourquoi, le deuil est devenu un sujet tabou. En même temps qu'on banalise comme jamais meurtres et assassinats à travers toutes sortes d'images de plus en plus explicites, il semble que son effet, que le phénomène de la perte, lui, est évacué, nié. Les rites de départ s'amenuisent pour se limiter souvent à leur plus simple expression.

C'est de cette perte dont il est question dans Chorus, le plus récent film de François Delisle, son troisième en cinq ans. Il signe ici un film sobre mais intense. Un film où le silence est dialogue, où l'émotion est retenue mais s'exprime néanmoins grâce notamment à des interprètes exceptionnels. Fanny Mallette incarne Irène et Sébastien Ricard, Christophe. Ils sont les parents d'Hugo, un enfant de huit ans disparu dix ans auparavant et dont on n'avait encore jamais retrouvé le corps. Cette disparition a provoqué la rupture du couple, Christophe allant vivre au Mexique dans l'espoir d'oublier pendant qu'Irène restait au Québec. Quand les restes d'Hugo sont retrouvés, Christophe revient pour clore le dossier. Il se rapproche d'Irène pour constater qu'ils n'ont pas dérivé si loin l'un de l'autre pendant cette longue solitude. Si la douleur est encore profonde, les rapprochements circonspects, ils arrivent tant bien que mal à se consoler et à s'unir pour affronter ce dernier chapitre. Mais la vie peut-elle reprendre sa place quand elle s'est arrêtée si longtemps et ce, même si l'amour existe encore? Que reste-t-il de deux êtres quand ils perdent un enfant, une part d'eux même?

François Delisle a été cohérent avec son sujet en se montrant avare de paroles banales. Deux personnes séparées et isolées l'une de l'autre pendant dix ans pour anesthésier leur douleur ne se retrouvent pas dans un déluge de mots. L'essentiel se fout des mots. François Delisle va puiser chez ses protagonistes l'émotion avec une caméra pénétrante mais néanmoins discrète et sobre. La mise en scène tend à disparaître à nos yeux de spectateurs, preuve de son efficacité. On adhère à l'émotion de ses personnages parce que les silences sont vrais et justes.

Aussi, parce que Sébastien Ricard et Fanny Mallette sont tous les deux troublants de vérité. Aucun n'affiche une volonté perceptible d'en faire un peu trop, d'agir au lieu de ressentir. Leur retenue se nourrit d'intensité qui ne semble jamais feinte. J'ai cru à leur immense culpabilité refoulée, à une certaine colère qu'aucune parole ne vient trahir. J'ai senti aussi qu'ils étaient restés près l'un de l'autre sans l'avoir voulu. J'ai été touché par leur souffrance tout en n'étant pas submergé par elle.

François Delisle doit être un sacré directeur d'acteurs parce que personne ne détonne dans cette distribution minimale. On retient la présence de Geneviève Bujold dans le rôle de la mère d'Irène, personnage ambiguë qui colle singulièrement au rôle à cause de la ressemblance physique inusitée entre les deux femmes. On savait Pierre Curzi capable de finesse et de tendresse, ce qu'il prouve encore avec doigté dans la peau du père de Christophe, un homme accablé par une peine évidente devant son fils qui lui échappe mais un homme résigné.

Ce qu'il reste du film en bout de ligne, c'est une émotion très habilement distillée par une oeuvre lourde, grave mais dessinée en touchantes nuances. On retient aussi l'étonnante et magnifique musique, d'autant plus troublante qu'elle est plutôt rare dans le film, venue de motets médiévaux interprétés par le choeur auquel se consacre Irène, et qui élèvent certaines scènes à un niveau supérieur d'émotion.

Voilà un très beau film, honnête, respectueux, intense mais très finement dirigé par un cinéaste aguerri qui offre un remarquable aperçu de son talent. Du cinéma ramené pratiquement à sa plus simple expression, à rebours des oeuvres commerciales dont on ressort grandi, plus riche de l'expérience. C'est précieux.

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