La chanson de l'éléphant: qui est le chat, qui est la souris?

Xavier Dolan et Bruce Greenwood sont en vedette... (Photo: Sébastien Raymond)

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Xavier Dolan et Bruce Greenwood sont en vedette dans le film de Charles Binamé.

Photo: Sébastien Raymond

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François Houde
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Tout juste avant Noël 1966, le directeur d'un hôpital psychiatrique, le docteur Green (Bruce Greenwood) entreprend d'interroger un patient pour comprendre ce qui est arrivé au docteur Lawrence (Colm Feore) disparu depuis la veille. Michael (Xavier Dolan), est le dernier à avoir vu son médecin traitant.

S'installe alors entre les deux hommes, un jeu du chat et de la souris constamment en faveur du patient, un être supérieurement intelligent, manipulateur et fourbe. Celui-ci entraîne son interrogateur sur de nombreuses fausses pistes, le laissant décontenancé et fragilisé par ce que ce jeu de manipulation réveille en lui de blessures intimes: la relation difficile qu'il entretient avec son épouse et l'autre, ambiguë, qui le lie à l'infirmière Petersen (Catherine Keener).

Celle-ci tente, tant bien que mal, de le prévenir du danger que constitue Michael pour quiconque, allant même jusqu'à intervenir dans le processus, mais le jeu profondément malsain qui s'élabore entre les deux hommes ne peut qu'avoir de lourdes conséquences.

Sortir du théâtre

Le film est tiré de la pièce de théâtre du même titre écrite par Nicolas Billon. Charles Binamé a fait un travail considérable pour faire exploser le huis clos initial et y arrive plutôt bien même si ça reste le film d'une confrontation verbale entre deux hommes.

Le réalisateur fait écho au jeu qui se tisse entre les deux protagonistes en faisant ricocher son récit en plusieurs références temporelles pour rythmer le dialogue. On voit notamment le directeur qui, à rebours, relate son entretien avec le patient à un troisième médecin (Guy Nadon) venu faire la lumière sur cette affaire. Également, on évoque des souvenirs d'enfance du patient, des sauts dans la vie familiale tordue du médecin, etc. Ce qui paraît compliqué sur papier ne l'est pas à l'écran. On comprend immédiatement où et quand on se retrouve dès que le contexte change. Binamé contrôle parfaitement un récit, ma foi, fluide.

Sa mise en scène est d'une très grande précision qui se laisse pourtant oublier parce que la multiplicité et la complexité des plans disparaissent derrière l'intention. 

De plus, comme c'est souvent le cas avec lui, le réalisateur a travaillé avec énormément de minutie à recréer l'atmosphère de l'époque et il est vrai qu'il nous plonge 50 ans en arrière. Il y arrive non seulement par les décors, mais aussi les éclairages accentués par le travail d'étalonnage sur la copie maîtresse qui donne à l'image une teinte très particulière qui colore complètement notre regard. L'ensemble m'a semblé peut-être un peu trop léché pour être complètement réaliste mais l'effet est impressionnant. 

Le scénario a l'intelligence de ne jamais jouer la forme pour la forme. Ainsi, en offrant des éléments périphériques au duel patient-médecin qui sert d'axe au film, Binamé réussit à conférer plus d'humanité aux protagonistes en plus de faire exploser la forme linéaire de la pièce de théâtre. Les sauts temporels par les souvenirs des protagonistes font écho à leur fragilité qui émerge graduellement à travers les dialogue et qui trouve son sens dans ce passé. Ce sous-texte psychologique est aussi bien maîtrisé que la chronologie et s'intègre sans cahot dans le récit, venant même simplement lui donner du poids.

Voilà donc un film impeccablement mis en scène qui avait besoin d'excellents interprètes pour lui donner de l'altitude. On est, là encore, admirablement servis. Xavier Dolan compose avec talent et justesse un personnage complexe. Son arrogance convainc à chaque moment. Il arrive même à négocier avec justesse la transition vers la fragilité. Personne, après ça, ne pourra contester sa prétention maintes fois invoquée, d'être d'abord un acteur qui s'est mis à la réalisation pour se donner des rôles à jouer. 

Cependant, il est moins bon, dans un registre aux antipodes il est vrai, que Bruce Greenwood, magnifique de retenue et de sobriété, suggérant ses émotions plus qu'il ne les expose. Catherine Keener est égale à elle-même, c'est à dire parfaite.

Il est difficile de reprocher quoi que ce soit à La chanson de l'éléphant mais on ne peut pas dire que malgré toutes ses qualités, le film soit transcendant. C'est un film intelligent, particulièrement bien réalisé mais qui n'est pas arrivé à m'émouvoir profondément. Peut-être parce qu'il est plutôt froid. Mais je ne doute pas que plusieurs, contrairement à moi, puissent en être bouleversés.

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