La chanson de l'éléphant: l'art complexe d'être transparent

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Après quelques années d'absence, le réalisateur Charles Binamé revient au cinéma avec La chanson de l'éléphant qui prend l'affiche vendredi au cinéma Fleur de Lys.

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François Houde
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Il y avait longtemps qu'on n'avait vu la sortie d'un film avec Charles Binamé à la réalisation. Ça remontait à 2008 avec Le piège américain, un échec commercial qui a peut-être plombé sa carrière québécoise. Il aura fallu La chanson de l'éléphant et Xavier Dolan en vedette pour le ramener au grand écran.

Dolan, tout comme l'ensemble de la prestigieuse distribution, ont sans doute moins influencé Binamé que les personnages qu'ils interprètent. C'est manifestement l'être humain, dans toute sa complexité, qui passionne Charles Binamé d'abord et avant tout. Il en trouve, dans ce film qui prendra l'affiche vendredi, de bien dodus, riches de plusieurs couches d'intelligence, d'émotion et de fragilité.

Mais filmer la vérité des êtres demeure extraordinairement complexe. «Pour bien réussir sa mise en scène, il faut qu'elle soit transparente et c'était particulièrement vrai dans ce film basé sur une pièce de théâtre qui se résumait à une confrontation de deux personnages dans une seule et même pièce. Il faut beaucoup d'heures de vol au réalisateur pour bien connaître ses outils, savoir quel effet donnera telle lentille, trouver le bon angle pour donner tout son sens à chaque plan et dynamiser un dialogue. Je ne suis pas un trippeux de quincaillerie mais je sais l'importance de bien maîtriser la technique pour qu'elle serve toujours le propos du film. Le piège dont il faut constamment se méfier, c'est celui de faire de la forme pour la forme.»

«Ce film peut paraître simple au premier regard mais c'est celui qui, dans ma carrière, m'a fait le plus peur et qui a été le plus difficile à réaliser parce qu'il fallait que je trouve la façon de faire en sorte que le spectateur ne se lasse jamais de regarder deux personnages se parler. Il fallait donner du rythme sans être maniéré. C'est pourquoi le film s'est enrichi de plusieurs histoires secondaires en comparaison avec la pièce de théâtre. J'ai ajouté des aspects en périphérie de l'histoire centrale qui ont donné de la texture aux personnages et au scénario.»

La chanson de l'éléphant est un film au propos complexe que le réalisateur peine à résumer en quelques mots. «Ça parle de l'abîme intérieur, de la complexité de l'être humain. Jusqu'où peut-on aller pour arriver à ses fins? C'est un film un peu inclassable parce qu'il n'y a pas qu'une seule ligne narrative qui dicte le propos. Ça couvre plusieurs sujets selon le personnage auquel on s'attache: le patient ou le médecin. J'ai été surpris de constater à la sortie d'un visionnement comment plusieurs spectateurs avaient été émus par des aspects différents du film. Ça dépend de qui on est et de comment on le regarde.»

Le réalisateur admet volontiers qu'il a été servi par des interprètes de haut niveau. On parlera évidemment beaucoup de Xavier Dolan, non sans raison, au cours des prochaines semaines à cause du rôle pivot et du personnage très intéressant qu'il interprète mais Charles Binamé n'a pas été moins impressionné par Bruce Greenwood, acteur canadien de grande renommée qui lui donne la réplique.

«Quand on va chercher des acteurs qui travaillent aux États-Unis, on ne fait pas d'auditions. On part de ce qu'on connaît d'eux et notre agent parle avec leur agent à eux sans même être certains qu'ils lisent notre scénario. S'ils acceptent, c'est comme un blind date: on ne sait jamais si ça va vraiment cliquer ou si on va comprendre le personnage de la même façon. J'ai été extrêmement choyé avec Bruce, Catherine Keener et Colm Feore: on s'est entendu à la perfection, ils ont été extrêmement professionnels et m'ont donné tout ce que je souhaitais.»

«Pour ce qui est de Xavier, il a aussi été fantastique. Il a été totalement docile, ne sortant jamais de son statut d'interprète. Mais comme il est un réalisateur, il m'a donné un boni parce qu'il adaptait son jeu à l'angle de caméra qu'on adoptait, au cadrage: il comprenait tout ça. Il a été magnifique et c'est d'autant plus méritoire de sa part que quand on tournait, il prenait une courte pause entre son propre tournage de Mommy et sa post-production. Il a quand même été d'une totale disponibilité et son interprétation est fabuleuse.»

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