L'insaisissable magie du conte

Le conte fantastique qu'est le film Henri Henri... (Photo: Christal/Séville)

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Le conte fantastique qu'est le film Henri Henri permet de belles compositions graphiques dans la photographie comme cette scène onirique impliquant le personnage de Henri (Victor Andrés Trelles Turgeon).

Photo: Christal/Séville

Le NouvellisteFrançois Houde 2/5

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François Houde
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Un ovni fort sympathique. Voilà comment on pourrait qualifier le film Henri Henri apparu vendredi sur nos écrans et présenté au cinéma Fleur de Lys. Ovni que ce conte naïf et optimiste qui se démarque non seulement de la production commerciale courante par sa forme mais aussi par son message aux antipodes du cynisme dans lequel baigne notre monde.

Scénariste et réalisateur de ce premier long métrage en carrière, Martin Talbot a créé un personnage improbable comme axe central autour duquel se tisse son récit. Un personnage auquel on a envie de croire.

Il s'agit de Henri (Victor Andrés Trelles Turgeon), un jeune adulte qui, pendant toute sa vie d'orphelin, a vécu grâce aux soins d'une communauté religieuse dans leur couvent où il avait pour fonction de remplacer les ampoules brûlées; il donne de la lumière.

Timide et réservé, il est si discret que quand les soeurs ont décidé d'abandonner leur couvent, elles l'ont oublié. Il se retrouve seul dans le vaste monde. Se fiant aveuglément aux signes qu'il décèle autour de lui, il se déniche un emploi dans une petite boutique de lampes.

En allant remplacer des ampoules chez un mystérieux richard, M. Binot (Marcel Sabourin), il se lie d'amitié avec cet excentrique bougon qui cherche à retrouver les émotions de ses belles années et comme il le fait instinctivement pour tout le monde, Henri met de la lumière dans sa vie. Pareil pour Hélène, cette charmante guichetière désabusée du cinéma du coin avec qui il noue une relation au sceau de la plus pure candeur et d'un amour secret.

Martin Talbot s'est lancé dans un périlleux exercice de style en empruntant un genre marginal et exigeant qui force un délicat travail d'équilibriste entre débordement et finesse pour faire évoluer des personnages insensés dans une histoire insensée sans que les spectateurs ne décrochent en cours de route.

Bien qu'imparfait, son film y réussit. Pourquoi? Un certain charme qu'il distille. Ce n'est pas Le fabuleux destin d'Amélie Poulain mais la candeur du personnage principal justifie notre adhésion plutôt que de nous irriter.

Certaines références poétiques, dans les dialogues, notamment, pèsent quand même un peu sur l'ensemble. Les jeux de mots, les allusions constantes au thème de la lumière, sont parfois un peu lourdes. À certains moments, le scénario s'essouffle et peine à conserver un rythme et le charme qui fait la nécessaire magie. Certains traits d'humour (l'apparition de Noé durant une averse intense dans un rêve de Henri, par exemple) redonnent heureusement un peu d'élan.

Ce ne sont pas les interprètes qu'il faut blâmer autant que les personnages qu'ils incarnent qui manquent de sève ou de substance. Le Monsieur Binot aurait pu être une occasion en or pour Marcel Sabourin de s'éclater généreusement et on l'en sait capable. On a plutôt l'impression que son personnage le restreint un peu. C'était le bon interprète, et peut-être le bon personnage, mais il aurait fallu lui donner plus de folie.

Il reste que le merveilleux à l'écran est rafraîchissant et on ne peut que louer l'audace d'un jeune réalisateur d'oser en faire le matériau essentiel de son premier long métrage. Je dirais même qu'il justifie son choix en nous offrant un divertissement frais auquel il fait bon s'abandonner.

On a aimé sa mise en scène, artificielle mais fignolée jusque dans de petits détails, le soin mis aux décors et costumes. On aurait peut-être pu aller plus loin encore, à la façon du Jacques Demy des Parapluies de Cherbourg ou des Demoiselles de Rochefort, qu'il cite pourtant comme inspiration, qui s'éclate dans une orgie de couleurs criardes et invraisemblables pour notre plus grand plaisir. On pense forcément aussi à Wes Anderson.

Talbot fait preuve de plus de retenue tablant sur une magie un peu plus subtile mais qui s'étiole par moments. On pense notamment au rendez-vous romantique des amoureux sur la croix du Mont-Royal qui n'arrive pas à nous charmer.

De la même façon, la trop nombreuse famille du collègue de Henri devrait nous surprendre et nous réjouir mais l'élément reste, tout au mieux, anecdotique. La relation amoureuse de Henri ne nous fait pas non plus cabrioler le coeur

C'est certes un peu dommage mais convenons aussi que cela ne gomme pas tout le plaisir de ce film atypique et charmant à plus d'un égard.

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