Maudit bonheur

Le sapin de Noël a été reconduit à... (Photo: François Gervais Le Nouvelliste)

Agrandir

Le sapin de Noël a été reconduit à l'écocentre où il avait une activité de récupération avec d'autres vétérans de 2014.

Photo: François Gervais Le Nouvelliste

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
François Houde
Le Nouvelliste

Bon. Le sapin de Noël a été reconduit à l'écocentre où il avait une activité de récupération avec d'autres vétérans de 2014, le semi-remorque venu ramasser les aiguilles tombées dans la voiture est parti, le salon de la maison est redevenu une pièce de séjour et non plus une succursale de la section du Biodôme consacrée à la forêt boréale. Même mon rhume des fêtes est sur le point de prendre congé de moi pour écoeurer quelqu'un d'autre. Il ne reste que le poinsettia sur la table pour rappeler l'orgie de cadeaux échangés et le tsunami de papiers d'emballage déchirés qui s'est abattu sur nous il y a quelques jours à peine.

Le petit répit qui vient après pareille opération de nettoyage incite à la réflexion. C'est bête: je ne sais pas du tout quoi dire de l'année qui vient de se terminer. Je comprends, parce que je ne suis pas une andouille intégrale et que je lis et écoute les informations, que c'était une sorte d'annus horribilis occidentale particulièrement dure ici. Mais en même temps, je ne l'ai pas intimement vécue comme telle. Je ne l'ai pas ressentie tellement pire que les autres qui l'ont précédée.

Peut-être que je ne devrais pas dire ça, parce que le bonheur simple et sans histoire n'a pas la cote dans les médias mais malgré tout, j'ai été heureux en 2014 et je ne vois pas trop pourquoi ça ne serait pas encore le cas en 2015.

Je trouve ça quasiment indécent de le dire. J'ai l'impression qu'il conviendrait que je sois irrémédiablement indigné par les injustices, de plus en plus criantes, que nous vivons, révolté contre les abus dont nous sommes collectivement et individuellement victimes et outré par tout le reste. Je le suis, notez bien: j'ai mes furieux moments d'indignation. Des périodes entières, où je rêve d'arracher, poil par poil, la barbe de Philippe Couillard, de dépeigner Stephen Harper ou de faire livrer des millions de dollars de pizza au palais de Vladimir Poutine.

Mais en toute sincérité, je suis dans la triste obligation de vous dire que malgré cela, je suis heureux et que je pense/souhaite/estime poursuivre sur une similaire lancée pour les douze prochains mois. Et même les suivants. Voyez: j'ai le bonheur arrogant, en plus.

Je suis conscient que c'est un bien-être que je vais payer de taxes et d'impôts de plus en plus lourds pour des services publics moindres, de plus angoissantes incertitudes économiques, de perspectives d'avenir glauques dans un environnement de moins en moins hospitalier et, ultimement, de plus en plus hospitalier. Tout cela est douloureusement vrai, mais malgré tout, je continue de me sentir très privilégié et d'estimer qu'il est de mon devoir de m'y arrêter de temps en temps pour le savourer.

Est-ce que c'est grave, docteur?

C'est probablement une forme aiguë d'aveuglement volontaire. Je devrais intervenir: porter attention aux messages sataniques subliminaux derrière les chansons de Vincent Vallières, consulter le Doc Mailloux, joindre un groupe d'entraide, écrire à mes députés ou lire les chroniques de Richard Martineau. On commence comme ça et selon les résultats, on avisera.

Ce dont je peux être certain, c'est que l'année qui vient ne manquera pas d'excellents motifs d'être en colère, anxieux, cynique ou découragé. Rien qu'à penser à la campagne électorale fédérale, aux entrepreneurs escrocs qui vont s'en mettre plein les poches avec les grands chantiers à venir ou aux nouveaux mensonges que vont inventer les pétrolières pour nous empoisonner impunément, je ressens les premiers symptômes d'une poussée d'urticaire. Mais je vous promets néanmoins qu'il en faudra beaucoup plus pour altérer mon bonheur. Que le Canadien ne fasse pas les séries, par exemple.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer