Cadet d'une famille de quatre enfants, son père Claude n'était pourtant pas dans l'industrie papetière. Travailleur chez Bell, il est toutefois un héros aux yeux de son fils pour avoir complété ses études secondaires, collégiales et universitaires «par des cours du soir» et accédé à des postes supérieurs.
«C'est mon beau-frère qui m'a amené dans les pâtes et papiers alors que j'étais au cégep», raconte l'homme de 50 ans, intrigué par l'usine de Baie-Comeau.
Celui-ci s'est donc orienté vers le génie chimique, à l'École polytechnique de Montréal, mais il aura fait ses stages d'été dans le secteur pétrolier.
«J'avais cette frustration de ne pas pouvoir travailler dans les pâtes et papiers parce que mon père n'y travaillait pas», confie celui qui, depuis qu'il est gérant d'usine, ne réserve d'ailleurs que la moitié des embauches aux enfants d'employés.
À la fin de sa formation, Stéphane Rousseau amorce sa carrière pour le compte de la CIP, à Pointe-aux-Trembles, comme ingénieur au centre de recherche sur les emballages. Des travaux qui étaient en lien avec les produits de niche faits... à La Tuque.
En 1985, on lui offre justement de joindre les installations latuquoises à titre d'ingénieur au contrôle de procédés. Et les choses se précipitent alors que dans la même semaine, il débarque à l'usine CIP, trouve un logement sur la rue Saint-Paul et se retrouve sous la tente du Festival de chasse.
«C'était super», se rappelle-t-il, ayant même servi le petit déjeuner et vécu «la grosse soirée» du Festival.
Par ailleurs, Stéphane Rousseau aura rencontré l'amour à La Tuque, lui qui a vite découvert la célèbre «soirée des dames» de l'hôtel Windsor et ce, après une bonne partie de flag-football.
Son épouse depuis 23 ans, Agathe Plante, travaillait alors au bureau du comptable agréé Pierre Morissette. Il aura donc marié une Latuquoise, même si la fille de Norbert Plante a plutôt grandi à Matane.
Or, c'est là qu'il se retrouvera en 1994, après deux années à Montréal comme ingénieur senior de projets pour Walsh Automation, devenant à 33 ans «gérant d'usine» pour le compte de Cartons Saint-Laurent.
Les sept années passées à La Tuque, de 1985 à 1992, l'auront bien préparé à chausser les bottes de directeur, ayant assumé, entre autres, des fonctions de surintendant pour Produits forestiers Canadien Pacifique (PFCP), soit l'ancienne CIP.
Et durant cette première période en sol haut-mauricien, il sera devenu le père de Julie et Philippe, les deux enfants latuquois étant maintenant âgés de 22 ans et 19 ans.
En 1996, la compagnie Cartons Saint-Laurent le rapatrie à Montréal à titre de vice-président, recherche et technologies. «Ce fut mes premières démarches d'apprentissage en matière d'acquisitions», se souvient-il.
Deux ans plus tard, c'est un retour à La Tuque, mais cette fois, comme directeur de l'usine Cartons Saint-Laurent (l'ancienne PFCP et CIP). L'entreprise passera aux mains de Smurfit-Stone en 2000 pendant qu'il est toujours vice-président aux opérations dans le haut Saint-Maurice.
Un changement de culture qui ne lui aura pas facilité la tâche jusqu'à son départ en 2002 pour l'entreprise Kruger, à Trois-Rivières.
Ce qui ne l'empêche pas de conserver de bons souvenirs de ces quatre années passées à la barre de l'usine latuquoise. «Je suis un gérant différent des autres, j'aime prendre du temps avec les employés», affirme celui qui se plaît à raconter les tours qui se jouaient à l'interne, son appui envers les pompiers de l'usine pour qu'ils participent à des concours ou, encore, la débrouillardise des travailleurs pour contourner une manifestation de Greenpeace.
Si le développement du «social» à l'intérieur des murs lui tenait à coeur, il était tout aussi intéressé par ce qui se passait à l'extérieur, d'où son implication dans la communauté via la Chambre de commerce ou, encore, le conseil d'administration de l'hôpital.
«Il n'y a pas de meilleur spot que La Tuque pour fonder une famille, c'est un milieu extraordinaire, j'ai aimé ça, c'est là que j'ai appris le plus, et j'aimerais bien y avoir un pied-à-terre pour ma retraite et y retrouver ainsi mon bon ami Michel Savignac», conclut celui qui, aujourd'hui, continue d'assumer de hautes fonctions au sein du groupe Kruger, dont présentement à Terre-Neuve, en plus d'être membre d'un bon nombre d'organisations papetières.