Première safranière biologique au Canada

Isabelle Forgues, propriétaire de la Ferme la Poule... (Sylvain Mayer)

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Isabelle Forgues, propriétaire de la Ferme la Poule aux Champs, est l'une des premières à se lancer dans la culture du safran au Canada.

Sylvain Mayer

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Albert Brunelle
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Rares sont les cultivateurs de safran au Canada. Encore plus rares sont ceux qui peuvent se targuer de détenir une certification biologique. En fait, à la grandeur du pays, une seule safranière l'a obtenue, et elle est située en Mauricie.

Jointe en plein désherbage de son champ de 15 000 bulbes de safran, Isabelle Forgues s'est lancée dans la culture de cette épice il y a à peine deux ans.

«J'ai eu un coup de coeur en écoutant l'émission La Semaine verte. J'étais dans un tournant de ma vie et je me demandais quoi faire. Mon conjoint et moi avons toujours voulu être propriétaires d'une ferme. Après le reportage de l'émission en février 2015, ça a été un coup de foudre instantané», relate-t-elle.

C'est alors que le couple s'est mis à la recherche d'un terrain afin de pouvoir démarrer la culture du safran. «On a trouvé deux terres à Sainte-Flore avec une maison, on a été chanceux. Rien n'y avait été cultivé depuis longtemps alors c'était propice pour la certification bio», explique Mme Forgues.

En effet, le délai de certification passe de 3 ans à 15 mois si on cultive une terre qui n'a pas été exposée aux pesticides et aux engrais chimiques dans un passé rapproché.

Alors que le couple a finalisé l'achat des terres en novembre 2015, Mme Forgues s'était déjà envolée, en septembre 2015, en France pour suivre une formation sur la culture du crocus sativus, la plante qui génère le safran. 

«Le cours est orienté sur la fleur en tant que telle, sur la cueillette de la fleur, sur la façon dont on fait l'émondage, sur la déshydratation, sur l'arrachage des bulbes, sur la plantation et un peu sur le côté recettes», explique-t-elle.

Outre l'achat du terrain et les frais liés à sa formation, un investissement considérable fut nécessaire pour l'achat des bulbes.

«Leur prix oscille entre 80 cents et un dollar le bulbe. Ma production m'a donc coûté 15 000 $», indique l'agricultrice. En terme de rendement, on doit compter environ 150 fleurs afin de produire un gramme de safran sec, qui se vend entre 50 et 60 dollars par gramme au Québec.

«Le safran est considéré comme un produit de luxe parce qu'il est cher au gramme. Toutefois, utilisé comme il le faut, le prix en vaut la peine. Lorsqu'on l'infuse dans le repas 24 heures avant, on n'a besoin de presque rien. Il ne faut pas attendre à la fin avant de l'ajouter. Si on sait l'utiliser, un gramme peut suffire pour parfumer 150 repas», ajoute-t-elle.

Plus difficile que prévu

Alors que la culture du safran est souvent dépeinte par les médias comme facile, il ne s'avère pas si simple à récolter au Québec.

«Quand le pays est propice, ça va bien. Mais au Québec, on a des problèmes qu'on va devoir résoudrer dû au fait que notre été n'est pas chaud assez longtemps. On ne réussit pas encore à en vivre, il y a encore trop d'inconnus à régler encore», explique Mme Forgues.

D'ailleurs, comme elle fait partie des premiers cultivateurs à se lancer dans le safran au Québec, le MAPAQ a cru bon de lancer un projet de recherche sur la majorité de ses 15 000 bulbes. À terme, l'étude devrait dresser un portrait au niveau de la fertilisation et des insecticides. Dans la province, seulement trois producteurs ont entre quatre et cinq années d'activités, ce qui démontre à quel point les connaissances sur le safran au Québec sont récentes.

Loin de baisser les bras, Mme Forgues est en plein processus de mécanisation de sa production. «Cet été, on s'attaque à la mécanisation de la plantation et de l'arrachage. La cueillette, elle, se fera toujours à la main. On espère que cela assurera la viabilité du projet à long terme, mais on ne le sait pas encore», indique-t-elle.

Elle estime que cela prendra encore de deux à trois ans avant de trouver la bonne façon de le cultiver. Actuellement, la propriétaire est aidée par un employé qui travaille avec elle. 

Si la culture de la plante est un défi en soit, les habitudes de consommation des Québécois en est un autre. «Il faut amener les Nord-Américains à l'intégrer dans leur nourriture. Ça ne se compare à rien qu'on connaît et ça s'intègre de l'entrée au dessert. C'est vraiment à découvrir», soutient la femme d'affaires.

L'hiver, lorsque le travail extérieur demande moins de temps, Isabelle Forgues travaille justement à mettre au point des recettes afin de mettre en valeur le safran. 

Jusqu'à maintenant, sous le nom de marque Safrana, la propriétaire propose aux consommateurs quatre produits à base de safran. On y compte de la gelée, des meringues, du sirop et des biscuits.

Ses produits sont maintenant disponibles chez Passion Lavande, au Domaine et Vins Gélinas, à la Fabrique Gourmande, au Marché Champêtre de Saint-Narcisse et directement à la ferme La Poule aux Champs.




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