Plus forte croissance en dix ans à Trois-Rivières

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L'économie de Trois-Rivières affiche une belle vigueur avec, entre autres, le développement du port et les investissements chez Kruger.

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Marc Rochette
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) L'économie de Trois-Rivières vient de connaître sa plus forte croissance des dix dernières années avec une hausse de 2,7 % du PIB en 2016 tandis que les prévisions de 1,7 % pour 2017 placent l'agglomération trifluvienne derrière Sherbrooke, à 2,0 %. C'est ce qui ressort de la Note de conjoncture métropolitaine du Conference Board du Canada - Été 2017, publiée jeudi.

«Même si la croissance économique ralentira quelque peu à Sherbrooke et Trois-Rivières cette année, ces deux villes peuvent tout de même s'attendre à une bonne performance grâce à la vigueur du secteur de la fabrication», soutient Alan Arcand, directeur associé du Centre des études municipales du Conference Board du Canada. 

Car si l'économie de Trois-Rivières continue de se diversifier et de reposer davantage sur le secteur des services, cela n'empêche pas celui de la fabrication de demeurer important, représentant près de 15 % du PIB total.

«Le fait que le secteur de la fabrication soit celui qui enregistre la plus forte croissance à Trois-Rivières ces trois dernières années est donc une excellente nouvelle», peut-on lire dans le rapport.

De 2014 à 2016, la production manufacturière a affiché une hausse moyenne de 5,2 % par année. Cette vigueur peut en partie être attribuée à la dépréciation du dollar canadien, qui rend les biens produits au Canada plus compétitifs à l'étranger, de même qu'au raffermissement de l'économie américaine, le principal marché d'exportation du pays.

Les entreprises locales, fonctionnant pratiquement au maximum de leurs capacités, ont réagi à la hausse de la demande de leurs produits en investissant dans l'agrandissement ou la rénovation de leurs usines, ainsi que dans de nouvelles technologies visant à automatiser la production ou à augmenter la productivité. 

Cela devrait permettre à la région de demeurer l'un des principaux exportateurs de produits manufacturés de la province. De fait, près de la moitié des exportations provinciales de matériel et d'outillage est imputable aux fabricants de Trois-Rivières et des régions avoisinantes.

Le scénario devrait se répéter cette année alors que la production de l'industrie devrait progresser de 3,5 % en 2017, mais ralentir à 2,1 % en 2018, selon le Conference Board. «Les récents investissements et travaux de modernisation effectués par les entreprises locales commenceront à porter fruit, comme la récente conversion chez Kruger d'une machine à papier journal en machine à carton doublure recyclé. Le nouveau produit sera utilisé pour l'expédition de colis, un marché aux débouchés croissants à la faveur de l'essor du cybercommerce», explique-t-on.

L'étude relève une «autre bonne nouvelle» : certains fabricants d'acier à Trois-Rivières se sont vu attribuer des contrats pour bâtir des composantes du nouveau pont Champlain à Montréal.

«Cela dit, ces prévisions pourraient varier à la baisse, principalement en raison de la rhétorique protectionniste de l'actuelle administration américaine, ce qui explique en grande partie son intention de renégocier l'Accord de libre-échange nord-américain. Cette mesure et d'autres pourraient restreindre l'accès des fabricants canadiens aux États-Unis, un marché d'exportation vital», précise-t-on.

Frédéric Laurin perplexe

Or, le professeur en économie, Frédéric Laurin, se montre perplexe envers les constats du Conference Board. «J'essaie de comprendre. On dit que la fabrication va bien, mais quand on regarde les chiffres, il y a des pertes d'emplois pour 2017 et il y en a eu pour 2014», fait-il remarquer.

Ce qui ne l'empêche pas de partager l'affirmation de l'organisme selon laquelle le «virage est entamé pour l'économie trifluvienne». «On est comme sorti du plancher, on n'est plus dans une régression, on est sur la progression. Avec les PME manufacturières, les technologies de l'information, le port de Trois-Rivières, on a plus que comblé Gentilly-2 et quelques grandes fermetures», soutient le spécialiste.

Après de longues années de vaches maigres, le marché local de l'emploi a rebondi de 2014 à 2016, enregistrant des hausses de 3,2 % par an. En d'autres termes, il s'est ajouté à l'économie au total quelque 6700 emplois au cours des trois dernières années, ce qui a fait plus que compenser les 2800 emplois perdus de 2006 à 2013. 

Mais comme la croissance économique ralentit, on s'attend à ce que celle de l'emploi ne dépasse pas 0,5 % par an pendant les deux prochaines années. La population active s'accroîtra à un rythme semblable, tout aussi modeste. Par conséquent, le taux de chômage devrait passer de 7,0 % en 2016 à 7,1 % en 2018.

Pour Frédéric Laurin, la note conjoncturelle gagnerait à avoir «une connaissance un peu plus fine» du tissu industriel de Trois-Rivières pour y aller de prédictions.

«Kruger, c'est seulement la pointe de la pointe de l'iceberg. Il y a des PME qui sont en train vraiment de croître à un très fort rythme dans le domaine du manufacturier. Il y a des gens qui sont en train d'embaucher énormément, mais ça passe essentiellement sous le radar. Les grands projets, il y a du retard, mais ce n'est pas annulé pour le moment», renchérit M. Laurin.

À l'instar du secteur de la fabrication, la progression des services de transport et d'entreposage ainsi que des services aux entreprises aura été soutenue par la faiblesse du dollar canadien, des investissements publics et privés, la diversification de certaines industries traditionnelles et l'effervescence de l'activité des petites et moyennes entreprises.

L'économie devrait donc demeurer en mode expansion à court terme, bien qu'à un rythme de croissance plus modeste. Si le Conference Board prévoit une augmentation du PIB réel de 1,7 % en 2017, la croissance sera plutôt de 1,4 % en 2018. Le secteur de la fabrication, les services aux entreprises et les services de transport et d'entreposage afficheront encore une vigoureuse croissance de 2 % ou plus en 2017, mais ces progrès seront neutralisés par des gains plus modestes dans d'autres secteurs, dont le commerce de gros et de détail et les services non commerciaux.

Finalement, le secteur de la construction se maintiendra à flot à court terme grâce à de plus petits projets non résidentiels, dont le nouveau centre des congrès à Trois-Rivières et la construction du colisée dans le District 55. En outre, l'Administration portuaire de Trois-Rivières achève cette année des travaux supplémentaires sur ses quais et ses aires d'entreposage.

On investit dans nos infrastructures économiques. On voit le virage sur le terrain. On est en train de diversifier notre économie. Cette croissance a été faite sans aucune grosse annonce au niveau de Bécancour et malgré les mauvais coups tels que la fermeture de la centrale nucléaire et la pyrrhotite. Et au niveau touristique, on a une augmentation de 20 % cette année», conclut le maire de Trois-Rivières, Yves Lévesque, qui rêve toujours au train à grande fréquence.




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