C'est à Trois-Rivières que le coût de la vie est le plus avantageux

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C'est à Trois-Rivières que le coût de la vie est le plus avantageux, selon la récente étude produite par l'IRIS.

François Gervais, Le Nouvelliste

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Marc Rochette
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Le salaire minimum, qui augmentera à 11,25 $ lundi prochain, sera encore loin d'un salaire viable. Mais c'est à Trois-Rivières que le manque à gagner se veut le moins dommageable avec un coût de la vie qui est le plus avantageux. C'est ce que conclut, entre autres, l'Institut de recherche et d'informations socioéconomiques (IRIS), qui met à jour ses données pour une troisième année consécutive.

«En faisant une moyenne pondérée, le salaire viable pour le Québec atteint cette année 13,15 $. Cela veut donc dire que le gouvernement n'offrira toujours pas aux travailleuses et travailleurs au bas de l'échelle un salaire de marché leur permettant de se sortir la tête de l'eau», affirme Philippe Hurteau, chercheur à l'IRIS et auteur de la note. 

Or, pour Trois-Rivières, le salaire viable pour une personne seule a été fixé à 13,08 $. Seule la région de Saguenay affiche un résultat plus bas, à 13,03 $. Mais pour qu'une famille trifluvienne de quatre, composée de deux parents et de deux enfants, puisse acquitter le panier de dépenses de base considéré par l'étude, elle doit pouvoir compter sur un revenu disponible de 49 849 $, le niveau le plus faible des sept villes répertoriées.

Selon M. Hurteau, cela s'explique par des coûts de loyer les plus bas (7044 $) et des dépenses en transport (7020 $) moins élevées qu'au Saguenay (11 517 $).

Si une personne seule a besoin d'un revenu annuel de 21 963 $ à Trois-Rivières, ce qui place la ville comme étant la deuxième plus économique dans cette catégorie (Saguenay étant à 21 894 $), le coût de la vie y est le plus bas pour une personne monoparentale avec un enfant en CPE (30 988 $ nécessaires). 

«La situation à Trois-Rivières est assez avantageuse, mais c'est quand même un manque à gagner de 1,83 $ pour un salarié moyen qui vit seul», fait remarquer Marc Benoît, coordonnateur du Regroupement des organismes d'éducation populaire autonome de la Mauricie. 

À son avis, il faut percevoir la hausse du salaire minimum comme un important stimulus économique pour la société en général. «Les travailleurs à bas salaire, quand ils reçoivent une hausse, ont une forte tendance à réinvestir cet argent de manière locale, ce qui favorise le développement économique des PME régionales, comme à Trois-Rivières. Et on observe un phénomène quasi inverse quand les gens plus fortunés reçoivent une hausse salariale», souligne ce participant à la marche du 1er mai au parc Champlain qui vise justement à réclamer des conditions de travail décentes.

S'il admet que l'allocation canadienne pour les enfants donne des effets positifs, le représentant du ROEPAM trouve que les gouvernements ratent leur cible du côté des personnes qui vivent seules. «C'est pénalisant de vivre seul. Il n'y a aucune mesure fiscale pour ces personnes», déplore-t-il.

D'ailleurs, l'auteur du rapport souligne que la moyenne de 13,15 $ camoufle de grandes disparités entre les villes étudiées, mais surtout entre les personnes ayant des enfants à charge et les personnes seules. En effet, en retirant les personnes avec des enfants du calcul, le salaire viable remonte à 15,04 $ de l'heure.

«Comme les personnes seules représentent 57 % de la population couverte par notre échantillon, nous croyons qu'il est légitime de poursuivre l'objectif d'un salaire minimum à 15 $ de l'heure, car ces travailleurs et travailleuses ne peuvent compter que sur un salaire de marché pour s'extirper de la pauvreté», analyse Philippe Hurteau. 

Pourquoi le salaire viable a-t-il autant diminué depuis l'an dernier?

«C'est parce que le gouvernement continue de compenser pour le secteur privé qui se déresponsabilise en n'offrant pas des salaires qui permettent aux gens qui travaillent à temps plein de s'en sortir. Cette année, c'est le gouvernement fédéral qui a donné un solide coup de main aux familles avec l'Allocation canadienne pour enfants. Mais l'État ne peut compenser davantage pour les entreprises qui offrent des mauvais salaires à leurs employés, d'où l'importance d'augmenter significativement le salaire minimum», poursuit le chercheur.

Pour sa part, le professeur en économie de l'UQTR, Frédéric Laurin, se montre favorable à une augmentation graduelle du salaire minimum. 

«La petite logique économique habituelle, c'est de dire que si on augmente le salaire, les entreprises vont avoir plus de difficultés, qu'elles vont peut-être avoir moins de croissance ou même licencier pour éviter de payer plus cher et donc, que c'est une conséquence négative. Mais en fait, ça arrive rarement comme ça alors que les entreprises ont besoin de main-d'oeuvre et qu'il y a des pénuries», soutient-il.

De toute façon, ajoute l'expert, chaque augmentation du salaire minimum «ne crée pas de grands problèmes en économie».

«Pour que les entreprises puissent vendre, il faut vendre à quelqu'un et il faut que les gens aient suffisamment de revenus. En quelque sorte, ça soutient la consommation et l'économie. Et c'est pour ça que des pays à salaires élevés comme la Suisse, la Finlande, la Suède sont des pays où ça va bien parce qu'on sait qu'on est capable de compter sur une classe moyenne qui a l'argent», élabore M. Laurin. 

Si, d'un côté, le faible coût de la vie lui est profitable à titre personnel, de l'autre, cela reflète «une demande qui est faible et une pauvreté qui est latente». «Et ça, c'est la mauvaise nouvelle», affirme l'économiste.

Pour Philippe Hurteau, une hausse du salaire minimum est non seulement une bonne chose pour les travailleurs, mais son impact sur les pertes d'emploi est évalué à 2 % et moins.

«Ainsi, 98 % des gens verraient des augmentations importantes de leur revenu, ce qui se traduit en augmentation de consommation et à terme, en stimulation économique. Ça reste une politique publique intelligente, car ça dit également augmentation des revenus fiscaux du gouvernement», a-t-il conclu.

La note socioéconomique de l'IRIS inclut les calculs de salaire viable pour les villes de Montréal, de Québec, de Sherbrooke, de Gatineau, de Trois-Rivières, de Sept-Îles et de Saguenay (Chicoutimi) en analysant trois cas types: une famille monoparentale avec un enfant, deux parents travaillant à temps plein avec deux enfants, et une personne seule.




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