Colloque Export: l'indice de l'incertitude atteint un sommet

Le vice-président et économiste en chef du Mouvement... (Sylvain Mayer)

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Le vice-président et économiste en chef du Mouvement Desjardins, François Dupuis, prenant la parole à l'ouverture du colloque Export 2017 à Trois-Rivières pour traiter des perspectives économiques.

Sylvain Mayer

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Marc Rochette
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Au départ, les organisateurs du colloque Export 2017 Mauricie-Rive Sud n'auraient jamais pu imaginer que le président américain volerait autant la vedette pour cette première édition. Or, Donald Trump s'est invité sur le parquet du Delta Marriott à Trois-Rivières en teintant les enjeux sur lesquels se sont penchés les quelque 150 participants.

«L'incertitude est au sommet», a lancé l'économiste en chef du Mouvement Desjardins, François Dupuis, graphique de l'indice mondial à l'appui pour évaluer les incertitudes de politiques économiques. Et si des tarifs douaniers de 10 % devaient apparaître à la frontière, «ce serait un carnage», a-t-il confié en entrevue au Nouvelliste.

Selon lui, le discours présidentiel de l'Amérique d'abord est injustifié et irrationnel au point de vue économique et les mesures adoptées, soit le protectionnisme, l'endettement public et l'immigration, «ne sont pas intelligentes», d'autant plus qu'elles ont donné lieu à un «désastre» dans les années 30. «Il y a des gens qui vont le bloquer», croit-il.

Déjà, le nombre d'entraves et de barrières au commerce était à la hausse depuis la crise dans les pays du G20 alors que les accords de libre-échange sont en perte de vitesse. Dans ce contexte, la renégociation des accords commerciaux n'a rien de rassurant pour le Canada alors que «les exportations devraient normalement bénéficier d'une croissance de la demande américaine». «On verra jusqu'où il veut aller. Mais c'est tellement malheureux de briser ce système-là», a lancé le conférencier invité, faisant allusion à l'ALENA. 

Présente à l'événement, la ministre de l'Économie, de la Science et de l'Innovation, Dominique Anglade, a rappelé que le plan de match québécois est à l'offensive. «On peut faire beaucoup de spéculations, mais on contrôle notre destin», a-t-elle indiqué en point de presse.

Quant au bois d'oeuvre, «les Américains ne nous feront pas de cadeau», a-t-elle avoué avant d'ajouter «qu'il faut se préparer à la guerre», multipliant les rencontres avec les acteurs de l'industrie.

Pour le spécialiste François Dupuis, le protectionnisme a un coût pour les États-Unis. Par exemple, une anticipation d'une amélioration de la balance commerciale amène une appréciation de la devise, ce qui nuit aux exportations et minimise l'effet voulu des tarifs ou des contraintes sur les importations.

C'est sans compter que les tarifs font augmenter les coûts pour les importateurs, avec une hausse du prix des intrants. Il peut alors en résulter une baisse de l'investissement à cause des coûts de l'équipement importé. Et une augmentation des prix à la consommation a pour effet de réduire le revenu disponible réel et la marge de manoeuvre de la politique monétaire. Une réduction de l'efficacité économique se traduirait par une diminution de la productivité et de la croissance économique potentielle. À tout cela viendraient s'ajouter de possibles récidives et des guerres commerciales.

Or, les politiques de l'administration Trump surviennent au moment même où l'économie américaine va plutôt bien avec un indice de confiance des consommateurs et des petites entreprises en hausse. Avec une situation de plein emploi, M. Dupuis craint d'ailleurs que la diminution du nombre d'immigrants ne vienne priver le pays d'une bonne main-d'oeuvre. «Ça joue sur la productivité», admet-il.

Celui-ci ajoute dans la balance les promesses coûteuses du nouveau président, avec la baisse des impôts des particuliers et des entreprises, de même que l'augmentation des investissements en infrastructures et des dépenses militaires.

«L'économie internationale connaît une période de profonds changements avec une baisse du potentiel de croissance, une hausse importante de l'endettement national et mondial, une très forte concurrence sur les marchés d'exportation, la montée du protectionnisme et beaucoup d'incertitude à la suite de l'élection de Donald Trump», a résumé M. Dupuis.

Par ailleurs, une faiblesse prolongée des économies émergentes, notamment en Chine, et des négociations difficiles sur le Brexit risquent également de bouleverser les scénarios de croissance.

Au pays, les perspectives des entreprises s'améliorent et le secteur de l'énergie reprend de la vigueur. Mais encore là, le climat d'incertitude mondial, accentué par l'arrivée de Donald Trump, pourrait expliquer que les investissements des entreprises soient au beau fixe.

Pour le vice-président chez Desjardins, les incertitudes demeurent nombreuses au Canada. Entre autres, il se questionne sur l'impact véritable du plan de relance du gouvernement fédéral et l'ampleur du ralentissement attendu au sein de l'habitation.

À son avis, un tel contexte, marqué par une faible inflation, devrait favoriser un prolongement du statu quo des taux d'intérêt directeurs jusqu'à la fin de 2018. «Il y a même un risque de baisse», a-t-il laissé entendre tout en prédisant un huard vers les 70 cents US.

Au Québec, les exportations reprennent de la vigueur dans la plupart des secteurs. Alors que son principal marché montre des signes inquiétants, l'accord entre le Canada et l'Union européenne s'annonce profitable à l'économie québécoise, ce qui représente une «porte de sortie», selon un autre conférencier, Louis J. Duhamel, conseiller stratégique chez Deloitte. 

Le colloque Export 2017 était présenté par la Chambre de commerce et d'industries de Trois-Rivières, le Carrefour Québec International et les Manufacturiers Mauricie-Centre-du-Québec.

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