Les grévistes de Delastek gardent espoir

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Les signes de la grève chez Delastek sont encore bien visibles avec une roulotte syndicale transformée en véritable maison mobile.

Sylvain Mayer

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Marc Rochette
Le Nouvelliste

(Shawinigan) «La vapeur va changer de bord un jour.» Seule dans la roulotte syndicale, transformée en véritable maison mobile tout près de l'usine Delastek, Nicole Dupuis garde espoir, malgré 21 mois de conflit. Montant la garde pendant 24 heures, soit l'horaire des Fêtes pour les grévistes, cette préposée en électronique dit faire confiance à ses dirigeants syndicaux.

«Le moral est bon. On est une belle grande famille. Et il n'y a pas une grosse différence avec notre salaire», confie celle qui apprécie ses revenus hebdomadaires de l'ordre de 325 dollars provenant du fonds de grève et de divers dons versés par les autres sections locales.

Cette ancienne agente de sécurité était heureuse de joindre l'entreprise de Grand-Mère en avril 2013. Après avoir vécu des périodes de mises à pied et des affectations à l'entretien ménager, elle avait enfin trouvé sa niche. «Je venais de me sortir la tête de l'eau quand le 31 mars 2015, à midi trente, on m'a demandé de ramasser mes affaires», raconte Mme Dupuis.

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Nicole Dupuis est l'une des grévistes chez Delastek qui aura tenu le fort pendant 24 heures au cours de la période des Fêtes.

Sylvain Mayer

Depuis ce temps, une cinquantaine de syndiqués sont en grève alors qu'ils voient un nombre équivalent de travailleurs non syndiqués assurer la bonne marche de Delastek. D'ailleurs, pour le syndicat, le noeud du problème est le fait que l'employeur profite de l'exception de la R & D pour réduire la portée du certificat d'accréditation syndicale. Dans les faits, le syndicat est convaincu qu'une partie du travail de la production est réalisée par le département de la R & D.

En juillet dernier, le syndicat avait vu la majorité de ses plaintes être rejetées par le Tribunal administratif du travail. Dans une décision alors rendue par la juge Hélène Bédard, on apprenait que Delastek avait contrevenu aux dispositions antibriseurs de grève dans quatre cas alors que les instances syndicales avaient plutôt rapporté une quinzaine de situations problématiques. Et on y rappelait que les parties ne s'entendent pas sur la frontière entre le secteur de la production et celui de la recherche et développement, «ce qui est l'un des enjeux de la négociation de la convention collective».

«Tout le monde le sait. Il y en a des briseurs de grève. Avant le conflit, il y avait cinq personnes qui étaient litigieuses en R & D. Lors de la dernière inspection à l'automne 2015, on parlait de 12, 13 personnes qui faisaient de la R & D. Là, le parking est plein. Il y a des étudiants qui rentrent par en arrière le soir, deux à trois fois par semaine. C'est qui ces personnes-là? C'est clair qu'il y a plein de scabs là-dedans. C'est full de scabs», affirme sans détour le représentant national Unifor, Luc Deschênes.

Alors que l'impasse perdure dans les négociations, 2017 sera donc «une année de poursuites, de visites d'inspecteur», laisse entendre le porte-parole syndical. «On va faire valoir nos droits», promet-il.

Lors de la dernière rencontre de conciliation du 12 décembre 2016, «initiée pas mal par Unifor», précisera M. Deschênes, aucune discussion n'a eu lieu. Et la contre-proposition syndicale qui s'en est suivi fut rejetée quelques jours plus tard par l'employeur.

Malgré cela, le moral des troupes reste excellent alors que les syndiqués ont même tenu un «party de vacances du temps des Fêtes» le 22 décembre dernier sur la ligne de piquetage. En cette période de l'année, «le nombre de grévistes a été réduit au minimum parce qu'il n'y a pas d'activités à l'usine», explique-t-il tout en précisant que le syndicat a encore les moyens financiers de livrer bataille.

De son côté, le président de Delastek, Claude Lessard, confirme que les négociations sont au beau fixe. «Ils ne veulent pas respecter la conclusion du Tribunal administratif du travail. Le jour où ils vont penser à leurs membres au lieu de leur guerre, nous allons progresser. Après 21 mois de grève, nous n'avons pas parlé des salaires. Étrange non?», a-t-il commenté par courriel.

Pendant ce temps, Delastek adapte son modèle d'affaires. «Nous progressons. En 2017, Delastek est différent de 2015. Le monde change et nous devons évoluer. Je sais que je peux compter sur ma gang non syndiquée pour amener Delastek plus loin. La vocation première de Delastek Grand-Mère était la recherche et développement et cela restera», soutient l'homme d'affaires.

Ce dernier rapporte que les choses vont bien à son usine de production aux États-Unis. «Nous avons de bons employés», souligne-t-il. Finalement, son nouveau bureau de vente en Chine lui permet de surveiller de près les moindres opportunités. «C'est un marché qui demande de la patience. À suivre», a-t-il conclu.

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