De Nash Shirt à Chez Boris...

Le couple Nicole Campeau et Denys Guévin posant... (Marc Rochette, Le Nouvelliste)

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Le couple Nicole Campeau et Denys Guévin posant devant leur immeuble, Chez Boris, en présence d'anciens employés.

Marc Rochette, Le Nouvelliste

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Marc Rochette
Le Nouvelliste

(Saint-Léonard-d'Aston) Même si l'ancienne manufacture de vêtements de Saint-Léonard-d'Aston a cessé ses opérations en 1983, les souvenirs restent encore frais chez plusieurs anciens employés de la Nash Shirt.

C'est donc avec émotion qu'ils ont assisté, mardi, à l'inauguration de panneaux historiques apposés sur la bâtisse industrielle qui porte dorénavant le prénom de son fondateur, Chez Boris.

«Boriz Katz aura été un précurseur au niveau de l'économie sociale, ce qui est représentatif de notre communauté», a fièrement indiqué le propriétaire, Denys Guévin, qui risque de passer lui-même à l'histoire par ses efforts de revitalisation du bâtiment acquis il y a près de trois ans.

Sur le premier panneau De la Nash Shirt Ltd à Chez Boris, on y raconte comment, en 1928, un jeune homme venu de Russie sillonnait les rangs de la région avec une charrette remplie de vêtements et d'articles ménagers à vendre. Commerçant dans l'âme, il ouvre un magasin de vêtements sur la rue Principale.

«Un jour, furieux de n'avoir pas reçu à temps ses chemises pour Noël, il entreprend de les fabriquer lui-même. Ainsi commence en 1949 l'histoire de la Nash Shirt Limited qui donnera du travail jusqu'à 225 personnes, surtout des couturières», s'est plu à lire à haute voix Nicole Campeau.

Le second tableau a justement pour thème Couturières à la Nash, «la seule manufacture à la ronde à offrir de l'emploi aux femmes, qui travaillent à l'usine ou à la maison».

«À la Nash, c'est le travail à la chaîne, de 7 heures à 17 heures, et le samedi matin. Une heure pour dîner, dix minutes de pause. Les salaires sont modestes. Ça commence à 9,60 $ par semaine au début des années 1950. Les plus rapides travaillent à la pièce pour gagner davantage», décrit-on.

Troisième acte: Saint-Léonard-d'Aston habille le Canada. La Nash Shirt ouvre ses portes au deuxième étage de J. Allyson Ltée, une manufacture de vêtements de travail bâtie par Joseph Allyson en 1943.

Les affaires vont si bien que la Nash occupe bientôt tout le bâtiment. Puis, avec son neveu et associé, Georges Nashen, Boris Katz fait construire un deuxième immeuble, rue de la Station, avant d'acheter et d'annexer l'ancienne salle de quilles voisine, rue Fleury.

La production a le vent dans les voiles: aux chemises s'ajoutent les pantalons de travail et de sport, les vêtements de denim, dont les salopettes, qui donneront naissance au fameux jean, vêtement emblématique de la modernité. «Les créations de la Nash Shirt prennent la route du Québec et de la plupart des provinces canadiennes» souligne-t-on.

La quatrième station a pour titre Chez Boris se souvient. Le petit marchand ambulant d'origine juive avait quitté sa Russie natale pour échapper à la montée de l'antisémitisme. En 1971, plus de 500 personnes lui rendent hommage au cours d'un banquet. À sa mort, l'année suivante, une délégation de 150 employés et villageois se rend à Montréal pour assister à ses funérailles.

La Nash Shirt ferme ses portes en 1983. Elle lui aura survécu 11 ans. «Tout près d'ici, le secteur des rues Dubé et des Forges garde encore l'empreinte de Boris Katz. La petite Russie rassemble les maisons au style identique qu'il a fait construire et vendues à prix raisonnable à plusieurs de ses employés. Saint-Léonard-d'Aston se souvient. Chez Boris aussi», peut-on lire.

L'histoire continue. Voilà comment se termine ce voyage dans le temps. Après la fermeture de la Nash Shirt, «plusieurs passagers ont embarqué dans ce grand bateau des rues de la Station et Fleury, entre autres, le Syndicat de gestion agricole d'Aston et le Centre médical après l'incendie de ses locaux», rappelle-t-on. Et c'est sans compter plusieurs entreprises locales dans le secteur de la ventilation.

Après avoir été inoccupé durant quelques années, l'ensemble des bâtiments reprend vie en 2014. À nouveau, des rêves et des projets y prennent place, dit-on. Il porte désormais le prénom de celui qui fut au coeur de son histoire. 

Et Denys Guévin veille à donner à l'ancien site industriel une triple vocation, soit communautaire, sportive et culturelle. Déjà, le bâtiment est occupé par l'organisme communautaire Ludolettre et la Ligue de Jorkyball de Saint-Léonard-d'Aston. Un Centre de pédiatrie sociale y ouvrira sous peu. Enfin, Chez Boris inaugurera sa vocation culturelle le 17 novembre prochain en accueillant le GalArt 2016, de Culture Centre-du-Québec, «dans un décor underground inusité», précise-t-on.

Le projet des panneaux historiques fut réalisé avec l'appui de la Caisse Desjardins Godefroy et du Fonds de soutien aux initiatives culturelles de Nicolet-Yamaska.

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