Une nouvelle version du phénix

Installés au DigiHub en septembre, Sylvie Rioux et... (Stéphane Lessard, Le Nouvelliste)

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Installés au DigiHub en septembre, Sylvie Rioux et Bertrand Gauvreau ont fait d'Andromedia Technologies le leader du nouveau pôle de l'usine intelligente 4.0.

Stéphane Lessard, Le Nouvelliste

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Guy Veillette
Le Nouvelliste

(Shawinigan) Sylvie Rioux et Bertrand Gauvreau possédaient le profil caractéristique d'employés bénéficiant d'une enviable sécurité d'emploi dans le milieu industriel, qui aurait pu les mener jusqu'à la retraite sans le moindre souci.

Leur fibre entrepreneuriale a cependant cassé ce moule, au point où leur entreprise, Andromedia Technologies, a été désignée leader d'un nouveau pôle spécialisé du DigiHub, celui de l'usine intelligente 4.0.

Le lancement a été réalisé en fin de matinée mercredi. Le pôle de l'usine intelligente 4.0 devient le deuxième d'une série de quatre créneaux d'excellence qui seront développés au DigiHub. La semaine dernière, celui de la muséologie et du patrimoine numérique avait été inauguré. 

Maire de Shawinigan et président du conseil d'administration du DigiHub, Michel Angers avoue que ce nouveau pôle revêt une connotation toute particulière en raison du passé de sa ville.

«J'ai l'impression que l'histoire nous fait un clin d'oeil», image-t-il, en rappelant qu'il y a une soixantaine d'années à peine, les gens venaient de partout pour travailler à Shawinigan en raison de l'abondance industrielle.

Aujourd'hui, le tissu économique se transforme. Voilà pourquoi ce pôle d'innovation a été surnommé le Phénix, pour illustrer la renaissance du milieu. 

Les dirigeants d'Andromedia Technologies croient pouvoir apporter une contribution significative à cette transformation. La création de leur entreprise sort déjà de l'ordinaire.

Pour Mme Rioux, le déclic s'est produit en 2012, lorsqu'elle a perdu son emploi lors du processus de restructuration de l'usine de General Cable à Shawinigan. 

«Je suis alors arrivée à la maison et j'ai dit à Bertrand que je me lançais en affaires!», sourit-elle. «C'était un rêve que je n'avais jamais réalisé parce que j'avais toujours de bons emplois avec la sécurité, le fonds de pension, les assurances... Cette fois, j'avais un prétexte. Ça m'a fouettée!»

Mme Rioux crée alors AméliorAction, une firme qui accompagne des gestionnaires d'usine dans l'implantation de formulaires mobiles, l'amélioration continue et l'élaboration de tableaux de bord de gestion intelligents. Cette entreprise fait d'ailleurs également partie du pôle de l'usine intelligente 4.0 du DigiHub.

De son côté, happé par la crise de la quarantaine, Bertrand Gauvreau décide de biffer sa sécurité d'emploi chez Rio Tinto Alcan comme mécanicien d'entretien, puis superviseur d'opérations et d'entretien.

«J'avais une belle carrière, mais je sentais qu'il y avait quelque chose que je n'avais pas réalisé dans ma vie», raconte-t-il. «Depuis que j'étais haut comme ça, j'étais passionné par l'informatique. À 40 ans, j'ai décidé de revenir à l'université, à Trois-Rivières, pour mon baccalauréat.»

Il a alors lancé une entreprise de développement d'applications mobiles, Andromedia Technologies. Des contrats l'ont déviée vers l'informatique industrielle.

Porte d'entrée

L'expertise développée par Mme Rioux lui a permis de constater les immenses retards technologiques dans la grande usine.

«Je voyais énormément d'opportunités pour aider les entreprises manufacturières, les gestionnaires à améliorer leur performance», explique-t-elle. «Il y a encore trop d'usines qui n'ont pas d'ordinateurs sur le plancher, qui sont bourrées de papier.»

«Les gestionnaires sont conscients que leurs employés sont utilisés aux mauvais endroits», renchérit M. Gauvreau. «Pour un mécanicien d'entretien, c'est fou la quantité de papier qu'il doit remplir dans le cadre d'inspections. Pourtant, ce n'est pas là qu'il excelle, c'est à réparer des machines!»

«L'idée de l'usine intelligente n'est pas d'attaquer la main-d'oeuvre», poursuit l'homme d'affaires. «On sait qu'on a un déficit démographique, surtout dans le milieu manufacturier. Nous voulons donc mieux utiliser les employés déjà en place pour répondre à la demande.»

Mme Rioux mentionne que pour le moment, Andromedia Technologies se consacre à la première étape de l'usine intelligente, soit l'élimination de la paperasse. «Ça amène à parler d'autres choses, car c'est sûr qu'il y a un retard sur le plan technologique dans les entreprises manufacturières au Québec.»

Par exemple, M. Gauvreau explique comment la machine intelligente peut prévoir ses propres bris, rendant ainsi possible à l'avance un entretien correctif.

Le couple a donc décidé d'unir ses forces pour créer le pôle spécialisé en usine intelligente 4.0. Pour le moment, la grappe comprend aussi GFX, J Innovations, Rum & Code et Virtuelis, pour un total de six entreprises.

Mario Lamontagne, président de la Chambre de commerce et d'industrie de Shawinigan, se réjouit qu'un pôle du DigiHub soit consacré à l'une des quatre grandes priorités identifiées par son organisation en 2016-2017, le manufacturier innovant.

«À la vitesse que se font les changements, il faut être innovant à tous les jours», fait-il remarquer. «Il faut être créatif, voir à l'extérieur du cadre. Je salue la mise en place de ce pôle et le courage des gens qui le composent.»

«Shawinigan a été le berceau de l'industrie en Amérique du Nord», conclut M. Gauvreau. «On pense qu'il y a moyen que Shawinigan le redevienne, mais autrement.»

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