Défis et opportunités pour l'industrie du meuble

Le président et chef des opérations de Canadel,... (François Gervais, Le Nouvelliste)

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Le président et chef des opérations de Canadel, Michel Deveault, et le président-directeur général de l'AFMQ, Pierre Richard, ont dressé le portrait de l'industrie du meuble

François Gervais, Le Nouvelliste

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Marc Rochette
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) «Avec 81 entreprises générant plus de 2000 emplois en Mauricie et plus de 8 % de la masse salariale en région, l'industrie du meuble est un secteur que l'on doit prendre au sérieux.»

Voilà l'un des messages lancés, mercredi, par le président et chef des opérations de Canadel, Michel Deveault, lors d'un dîner organisé par la Chambre de commerce et d'industries de Trois-Rivières, en collaboration avec Innovation et Développement économique Trois-Rivières.

D'ailleurs, le modèle d'affaires de son entreprise familiale, fondée en 1982, et qui mise sur la collaboration avec les sous-traitants, donne du travail à un millier de personnes. Et depuis sa création, ce fleuron de Louiseville a réalisé des ventes dépassant les deux milliards de dollars.

«On est le plus important fabricant nord-américain dans la catégorie Casual Dining et avec Bermex, la Mauricie représente la capitale nord-américaine en cette matière», a fièrement fait savoir M. Deveault.

Au quotidien, Canadel produit plus de 1150 chaises, 200 tables et 60 buffets et huches, pour «des millions de combinaisons possibles» avec ses sept collections, ses nombreux modèles, ses couleurs variées et ses quatre finis disponibles.

Or, cette personnalisation des produits, dont il est le précurseur, fait partie des atouts ayant permis à l'industrie du meuble de survivre à la crise économique et financière de 2008-2009.

Acquisition d'équipements de pointe, formation du personnel, élaboration de designs novateurs et de produits de niche et réduction des délais de livraison: voilà les autres avenues gagnantes identifiées par l'autre conférencier du jour, le président-directeur général de l'Association des fabricants de meubles du Québec (AFMQ), Pierre Richard, pour qui le statu quo n'est jamais une option.

«Ils se sont réinventés», a-t-il indiqué dans son allocution.

Car, depuis 2000, ses membres ont eu à composer également avec la forte présence de produits en provenance de pays à faibles coûts de production (plus de 50 % des meubles résidentiels sont importés de la Chine) et la hausse du dollar canadien. Conséquence? Le nombre d'emplois dans l'industrie du meuble au Canada est passé de 117 200 en 2000 à 72 005 en 2014. 

Mais avec ses 24 000 emplois au Québec, l'industrie du meuble constitue l'un des sept principaux employeurs du secteur manufacturier et, dit-il, «un pilier du développement économique du Québec». Et la province fournit 37 % des emplois dans ce domaine au Canada.

D'ailleurs, les statistiques provinciales se veulent plutôt impressionnantes: 1485 établissements, des livraisons pour 2,1 milliards de dollars, un chiffre d'affaires annuel de 3,4 milliards de dollars, des dépenses de production annuelle de 2,3 milliards de dollars uniquement pour les meubles de maison, de bureau et institutionnels et des revenues en parafiscalité de 207 millions de dollars.

Par ailleurs, M. Richard a souligné la contribution du secteur du meuble à la chaîne de valeur de l'industrie du bois alors que 76 % des meubles résidentiels sont fabriqués en bois.

Selon lui, l'industrie du meuble est confrontée à plusieurs enjeux. D'abord, la pénurie de main-d'oeuvre spécialisée, accentuée en région, compromet la croissance de certaines entreprises. Ensuite, l'industrie est en retard en matière de commerce électronique. Environnement, sécurité des produits de consommation et manque de notoriété: voilà d'autres préoccupations chez les fabricants de meubles.

Par contre, le grand patron de l'AFMQ n'a pas manqué d'énumérer les avantages concurrentiels de cette même industrie. Car, à son avis, les meubles du Québec se démarquent par la qualité du produit fini, des matériaux et de l'assemblage, le confort, le design novateur et raffiné, la durabilité, la personnalisation, le service et l'excellence du rapport qualité-prix.

Quant aux occasions d'affaires, il y a cette proximité du principal marché des fabricants de meubles québécois, soit les États-Unis, alors que 94 % des exportations de meubles du Québec y sont destinées, pour un chiffre d'affaires de 743 millions de dollars. C'est sans compter la récente reprise de l'économie américaine, la baisse de la valeur du dollar canadien, la capacité accrue de production avec des équipements de pointe et les activités de promotion par l'AFMQ qui portent fruit. 

Vieillissement de la population, réduction des espaces résidentiels, multifonctionnalité des espaces de bureaux et E-commerce: voilà autant d'opportunités de niche. «Du meuble, il va toujours s'en faire», fait remarquer M. Richard.

Pour son président du conseil d'administration, Michel Deveault, tout peut se copier «sauf la capacité d'une organisation à apprendre et à s'améliorer». «On ne peut ignorer Internet. Il faut suivre l'exemple de l'industrie automobile. Il n'a pas de secteur mou, il y a seulement des gens mous», a soutenu l'homme d'affaires au franc-parler.

Reconnu pour ne pas avoir la langue de bois, celui-ci a admis que les 52 % d'analphabètes fonctionnels au Québec et ce discours en faveur «d'une société du savoir versus les emplois dans l'industrie du meuble» venaient compliquer le recrutement de personnel et la croissance des entreprises.

D'autant plus que chez Canadel, le bilinguisme est de mise, les trois quarts de ses ventes se faisant aux États-Unis, avec d'importants clients américains tels que Berkshire Hatheway et LaZBoy. Canadel fabrique des produits de catégories moyen et moyen-haut de gamme. 

«Et dans un contexte de mondialisation, il faut préserver toutes nos industries qui transforment nos ressources naturelles», croit-il.

Pour l'homme d'affaires, les défis sont les suivants: concurrencer avec les meubles importés d'Asie et composer avec l'arrivée de nouveaux concurrents en ligne (Wayfair, Josh & Main, etc.), la transformation du commerce de détail et le manutailer, ces manufacturiers qui ouvrent des boutiques et vendent leurs produits directement aux consommateurs comme, par exemple, Ashley.

Devant ce nouveau paysage commercial, l'AFMQ a procédé à des études sur le processus d'acquisition par le consommateur et le comportement du consommateur américain. Et un sondage a été mené auprès des consommateurs québécois sur le meuble du Québec.

«Il faut trouver notre recette pour améliorer l'expérience du consommateur», ajoute celui qui a évoqué un configurateur UDesign, soit un outil en ligne de personnalisation des produits, et l'implantation de cette technologie dans les boutiques pour que les vendeurs les utilisent avec les clients.

Finalement, ce dernier prône un programme de gestion des planchers pour améliorer le rendement au pied carré. «C'est une belle histoire de tradition québécoise», a conclu Pierre Richard par rapport à une industrie du meuble plus active auprès des gouvernements.

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