Travaux à Shawinigan: de la poussière naquit l'entreprise

Un chantier comme celui qui se déroule actuellement... (Sylvain Mayer)

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Un chantier comme celui qui se déroule actuellement sur le boulevard de Shawinigan-Sud pourrait inspirer Mélanie Gélinas et son équipe du Groupe MG20.

Sylvain Mayer

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Guy Veillette
Le Nouvelliste

(Shawinigan) Qui aurait pu prévoir que la longue série d'inconvénients et de déveines vécus lors des travaux de réfection et d'embellissement au centre-ville de Shawinigan stimuleraient la création d'une entreprise? C'est le défi auquel s'attelle maintenant Mélanie Gélinas, ex-commissaire au commerce au Centre local de développement, qui a décidé d'utiliser son expérience d'agente de liaison pendant le chantier de l'avenue de la Station, en 2014, pour éviter les pièges.

Le Groupe MG20 doit lancer ses activités au cours des prochains jours. Sa mission consistera essentiellement à mesurer les impacts d'un chantier de construction sur les commerçants, les citoyens, la municipalité, les entrepreneurs et coordonner tous les acteurs afin que les manoeuvres se déroulent dans la plus grande sérénité possible.

Mme Gélinas avait été propulsée comme agente de liaison pendant l'été 2014. À ce moment, Shawinigan n'avait jamais connu un chantier pouvant entraîner de tels impacts dans sa communauté. La commissaire au tailleur et talons hauts a dû apprendre sur le tas et c'est justement ce que la nouvelle entreprise cherchera à éviter. Plutôt que gérer les problèmes en catastrophe, la femme d'affaires veut les voir venir et sensibiliser les municipalités à l'importance d'agir en amont.

Les commerçants et les automobilistes ont ragé bien des fois au sujet des travaux de l'avenue de la Station en 2014. La présence d'une agente de liaison, un concept inspiré de Drummondville, a permis de réagir rapidement aux doléances des uns et des autres. 

Par exemple, qui ne se souvient pas de l'impact de l'ajout de signaleurs en cours de chantier? Leur présence a sans doute sauvé bien des cas de rage au volant, même s'il s'en est tout de même produit, rapporte Mme Gélinas.

La Ville de Shawinigan n'a pas hésité à reprendre l'initiative de l'agent de liaison pour les travaux sur la 5e Rue, l'été suivant. Mais Mme Gélinas avait profité de la dissolution du CLD pour se réorienter... et mijoter son projet. 

Prévention

La femme d'affaires sait que le post-mortem sur les travaux de Shawinigan se promène à travers le Québec. Cet intérêt lui donnait un indice sur la pertinence de sa démarche de créer une entreprise spécialisée dans la gestion des impacts des chantiers importants. Mme Gélinas sera appuyée d'une ingénieure, d'un comptable, d'un entrepreneur devenu enseignant et de son mari Francis Trudel, un policier de la Sûreté du Québec qui siégeait au comité de coordination lors des travaux au centre-ville de Shawinigan.

«Je pense qu'il faut intervenir avant même le processus d'appel d'offres», suggère-t-elle. «Il faut prévenir les addendas! Le devis doit être construit en fonction de tout ce qu'on veut contrôler et les commerçants doivent être avisés le plus longtemps possible à l'avance.»

Mme Gélinas considère que dans le monde d'aujourd'hui, où les réputations peuvent se défaire en un seul clic, les municipalités doivent s'attarder aux impacts des travaux majeurs sur le regard des citoyens comme sur celui des visiteurs.

«Elles gèrent encore les chantiers comme dans les années 60 ou 70», observe-t-elle. «Avant, on exprimait nos frustrations à notre voisin en lui parlant de l'autre côté de la clôture. Aujourd'hui, avec les réseaux sociaux, ça prend une fraction de seconde avant que le pays soit au courant! Il faut donc que la façon de gérer les travaux change aussi.»

«Une Ville veut respecter le calendrier et les coûts, mais c'est plus complexe que ça. Elle doit aussi éviter les atteintes à sa réputation ou à la crédibilité des élus, la perte d'achalandage commercial et touristique ou même, une baisse démographique parce que ses résidents sont tannés de se promener à travers les cônes oranges. Les municipalités mettent beaucoup d'efforts sur le contrôle des coûts, mais on dirait que pour le reste, elles attendent que ça leur pète en pleine face.»

Par exemple, le chantier de 2014 avait confirmé l'importance que l'entrepreneur nettoie bien les rues en fin de journée pour que la poussière n'incommode pas trop les visiteurs pendant les soirs et les week-ends. Des notes avaient aussi été prises sur l'entreposage des matériaux, afin qu'il soit circonscrit dans le même périmètre que le chantier pour éviter de donner l'impression que tout le centre-ville est assiégé.

Le moindre détail peut éviter une tragédie. Avoir su ce que l'expérience lui a appris, Mme Gélinas recommanderait fortement à un médecin de l'Hôpital du Centre-de-la-Mauricie d'être hébergé au Comfort Inn plutôt qu'à l'Auberge Gouverneur pendant les travaux de 2014. «S'il avait un appel d'urgence à midi moins quart, ça ne passait pas», rappelle-t-elle.

L'excuse facile

Dans ses fonctions de commissaire au CLD, Mélanie Gélinas a vécu de très près l'évolution commerciale du centre-ville de Shawinigan au cours des dernières années. 

Elle sursaute toujours quand elle prend connaissance des désastreux impacts d'un chantier sur les ventes à certaines adresses, qu'elle se garde bien de nommer. Elle suggère d'analyser l'historique pour se faire une idée plus juste des déboires.

«Plein de facteurs peuvent influencer un chiffre d'affaires», fait-elle remarquer. «Est-ce que le produit répond encore à un besoin? Est-ce que le service était apprécié? Est-ce que la qualité du produit est satisfaisante? Est-ce que d'autres joueurs sont arrivés et divisent la même tarte? Comment était la météo?»

«C'est trop facile de dire qu'un chantier a fait perdre autant d'argent», ajoute-t-elle. «Pourquoi un commerçant perd 55 % alors que le voisin perd 18 % et celui de l'autre côté de la rue se maintient? Pour moi, ce ne sera jamais un facteur de mesure de l'impact d'un chantier. Parfois, le commerce était sur le respirateur artificiel bien avant.»

Certains commerçants ont longtemps souhaité un dédommagement sur leur compte de taxes ou une campagne de promotion plus intense pour rappeler aux gens que les boutiques et restaurants demeuraient ouverts pendant la période des travaux. 

Mme Gélinas estime ces attentes peu réalistes.

«Le rôle des élus, c'est d'être très présents, donner de l'information», opine-t-elle. «Les gens d'affaires doivent animer leur secteur, se soutenir, gérer différemment leur planification financière, voir ce qui va bien dans les circonstances plutôt que s'arrêter à ce qui va mal. Il faut prendre ses responsabilités plutôt que d'envoyer ça dans la cour du voisin.»

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