Pénurie de couturières

Jadis une pépinière de couturières, la Mauricie manque... (Stéphane Lessard, Le Nouvelliste)

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Jadis une pépinière de couturières, la Mauricie manque de professionnelles de l'aiguille. La rareté de cette main-d'oeuvre est telle que le secteur du vêtement doit souvent mettre de côté des projets de développement, comme c'est le cas de Chemise Empire.

Stéphane Lessard, Le Nouvelliste

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Martin Lafrenière
Le Nouvelliste

(Louiseville) Jadis une pépinière de couturières, la Mauricie manque de professionnelles de l'aiguille. La rareté de cette main-d'oeuvre est telle que le secteur du vêtement doit souvent mettre de côté des projets de développement, comme c'est le cas de Chemise Empire.

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François Lizotte est le directeur général de Chemise Empire de Louiseville.

Stéphane Lessard, Le Nouvelliste

Cette véritable institution régionale de la confection de chemises de policiers, pompiers et autres corps de métier peine à recruter du personnel pour son département de la production. Quelque 85 employés, dont 70 à la production, gagnent leur vie à cette manufacture de Louiseville.

Mais l'entreprise a besoin d'environ 10 nouveaux employés par année pour remplacer son personnel qui quitte pour la retraite, car la moyenne d'âge des employés de production est de 56 ans. Malgré de nombreux affichages depuis plusieurs mois, 10 postes sont toujours ouverts.

«Notre objectif est de maintenir notre nombre d'employés. On a la capacité d'augmenter notre production à l'usine. Mais c'est impossible actuellement, car on a de la misère à recruter. Les gens doivent faire du temps supplémentaire. Je n'ai pas d'autre choix si je veux être en mesure de répondre à mes clients», raconte François Lizotte, directeur général de Chemise Empire depuis 2014.

M. Lizotte a fait entrée au sein de cette entreprise en 2006. Il se souvient qu'à ce moment, Chemise Empire regroupait 145 employés.

«Personne n'a été congédié, rappelle François Lizotte. La plupart des gens sont partis à la retraite. Ce n'est pas à cause d'une baisse de production qu'on a moins d'employés. C'est ça, la réalité.»

Il y a une quinzaine d'années, Chemise Empire a intégré à son modèle d'affaires la fabrication de chemises en Asie. Sur près de 300 000 chemises fabriquées annuellement, 100 000 proviennent de l'Asie. Le manque de personnel à Louiseville force Chemise Empire à transférer en Asie la production d'entre 10 000 et 15 000 chemises.

«Le manque de personnel est un frein au développement. Chemise Empire est présent essentiellement au Québec et en Ontario. On a un taux de change favorable avec le dollar américain. On ne va pas sur le marché américain, car on ne peut pas répondre à la demande. On pourrait aller chercher 100 000 chemises de plus par année. Mais j'aurais besoin de 40 employés de plus.

Le plus gros défi qui met en jeu la pérennité de notre entreprise manufacturière est le recrutement. Si le modèle ne change pas, on devra s'ajuster. C'est le défi de la main-d'oeuvre qui fera en sorte qu'après plus de 100 ans à Louiseville, on sera peut-être vu davantage comme un importeur d'ici cinq ans. Ça se pourrait que la production soit moindre ici.»

Meubles Canadel est une autre entreprise de la MRC de Maskinongé confrontée à la rareté des couturières. Le fabricant de meubles a besoin de quatre à six personnes pour compléter l'équipe de 50 personnes affectées au département de couture et de rembourrage.

«Le problème est que la population est vieillissante, fait remarquer Guy Brassard, le directeur du personnel de Canadel. La moyenne d'âge de nos couturiers et rembourreurs est de plus de 50 ans. D'ici la prochaine décennie, il y aura une pénurie. La main-d'oeuvre est le défi des dix prochaines années. On suffit à la demande pour l'instant mais il ne faut pas se laisser devancer par des choses qui vont nous empêcher d'avancer à long terme.»

Selon M. Brassard, la demande pour des produits rembourrés est en hausse chez Canadel. L'entreprise ne perd pas de contrats en raison de cette situation, mais elle consacre des efforts afin de rendre le recrutement plus efficace.

«On a toujours presque une personne à temps plein à la recherche de candidats. On essaie d'être attractif. On travaille sur une vidéo corporative pour dire que la couture, ce n'est plus comme dans le temps de nos grands-mères! On a des tailleurs automatiques maintenant. On veut revaloriser ce secteur», raconte M. Brassard, qui est à la recherche d'un maître rembourreur.

La moyenne d'âge des employés de Chemise Empire oblige l'entreprise à procéder à un recrutement efficace au cours des prochaines années. Il pourrait même passer par l'arrivée de travailleurs étrangers, un peu comme cela se passe dans le secteur de l'agriculture.

La solution pourrait également être dans la formation. Via le comité sectoriel de la main-d'oeuvre dans le textile, un programme de 360 heures pourrait être lancé au début de 2017 avec une dizaine de participants.

«On savait que des entreprises avaient des difficultés à recruter cette main-d'oeuvre et on l'a constaté de nouveau au dernier Salon de l'emploi de Trois-Rivières et Bécancour. Il y avait des postes ouverts et les entreprises n'arrivaient pas à trouver la main-d'oeuvre qu'elles désiraient. Il y a pourtant de beaux succès dans la couture. C'est un métier à valoriser, car c'est utilisé dans le domaine du cuir, des filtres, du rembourrage, du vêtement, des abris de toile», dit Lise Bourdages, directrice des projets structurants à Innovation et Développement économique Trois-Rivières, qui a joué le rôle de facilitateur pour les entreprises dans leurs démarches de recrutement.

Une demande de financement pour ce programme de formation a été déposée le 30 septembre à Emploi-Québec. Une réponse devrait être livrée au début du mois de décembre.

Entre-temps, les entreprises comme Chemise Empire recrutent du mieux qu'elles peuvent. Cette compagnie embauche des gens qui souvent n'ont aucune expérience du domaine de la couture et qui n'ont pas besoin d'avoir une cinquième secondaire pour y travailler. Une personne de l'entreprise travaille à temps plein à former ces nouveaux employés sur place.

Les efforts de recrutement ont beau être intenses, MM. Lizotte et Brassard reconnaissent que le milieu manufacturier n'est pas fait pour tout le monde. La rétention du personnel est aussi un défi pour ces entreprises qui doivent souvent recommencer le processus, car nombreux sont les nouveaux arrivés qui quittent peu de temps après avoir fait leur entrée.

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