Des progrès «énormes» à Trois-Rivières

Selon Carolyn Wilkins, de la Banque du Canada,... (François Gervais, Le Nouvelliste)

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Selon Carolyn Wilkins, de la Banque du Canada, Trois-Rivières a fait des progrès énormes en plus de diversifier son économie.

François Gervais, Le Nouvelliste

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Marc Rochette
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) «Notre approche en matière de formulation de la politique monétaire est axée sur la gestion des risques. C'est-à-dire que nous tenons compte à la fois des risques qui pèsent sur les perspectives d'inflation et de ceux liés à la stabilité financière».

Voilà l'un des nombreux messages lancés jeudi, à l'UQTR, par la première sous-gouverneure de la Banque du Canada, Carolyn Wilkins.

D'entrée de jeu, la conférencière a rappelé comment les usines de pâtes et papiers ont été le moteur économique de la région pendant longtemps. «Trois-Rivières est une ville qui a une histoire longue et fascinante. Elle a aussi connu une transformation profonde et son économie est plus diversifiée», a-t-elle déclaré.

Du même souffle, Mme Wilkins reconnaît que ces changements ont été parfois pénibles.

«Les gens qui ont vécu des moments difficiles dans les années 1990 le savent bien. Lorsque les usines ont fermé, le taux de chômage a dépassé les 10 %. Le taux de chômage dans la région a diminué et s'approche maintenant de la moyenne pour le Québec et le reste du Canada.

Trois-Rivières a fait des progrès énormes avec un taux de chômage en deçà de ces moyennes. Je sais que la ville mise sur une expansion du secteur de la culture et du tourisme et que votre nouvel amphithéâtre connaît déjà un succès qui dépasse les attentes», a-t-elle mentionné devant un auditoire réuni à l'Atrium du Pavillon Ringuet.

Par ailleurs, la première sous-gouverneure a souligné que l'économie canadienne faisait toujours face à des pressions pour qu'elle s'adapte. Non seulement elle se remet de la crise financière mondiale d'il y a huit ans, mais elle a subi les vents contraires provenant de la crise de la dette en Europe, des compressions budgétaires aux États-Unis et, plus récemment, du Brexit. 

«Tous ces événements ont miné la confiance. Et le Canada est encore aux prises avec l'effondrement des prix du pétrole. Rappelons-nous que le cours du pétrole dépassait les 100 dollars le baril en juin 2014, par rapport à environ 45 dollars actuellement. Cela a un effet direct sur environ 10 % de notre PIB. Et les prix d'autres produits de base importants pour le Québec, comme le minerai de fer et le nickel, ont aussi baissé considérablement», a-t-elle fait remarquer.

«Tout ce qui touche à la situation de l'économie canadienne est important pour nous car, comme vous le savez, l'une des grandes fonctions de la Banque est de maintenir l'inflation à un niveau bas, stable et prévisible. Cela offre à l'économie la base nécessaire pour s'adapter de façon aussi harmonieuse que possible à une nouvelle réalité, comme un avenir où les prix du pétrole sont plus bas qu'avant», renchérit Mme Wilkins.

La Banque du Canada vise donc un taux d'inflation de 2 %, à l'intérieur d'une fourchette cible qui va de 1 à 3 %. Selon elle, l'objectif est que les familles, les investisseurs et les propriétaires d'entreprise puissent prendre des décisions à long terme avec plus de confiance que si l'inflation était volatile et imprévisible.

«Pour prendre les bonnes décisions en matière de politique monétaire, nous devons savoir ce qui se passe actuellement dans l'économie et quelle sera sa trajectoire au cours des prochaines années, parce que la croissance et l'inflation sont reliées», a-t-elle expliqué.

En termes simples, l'inflation a tendance à être plus élevée quand l'économie fonctionne à un niveau plus élevé que celui de son potentiel. Pourquoi? Parce que les entreprises qui font face à des contraintes de capacité ont tendance à augmenter davantage les prix de leurs produits et services. Et parce que les travailleurs ont tendance à exiger des salaires plus élevés quand la main-d'oeuvre est rare. À l'inverse, l'inflation a tendance à être plus basse quand les ressources économiques, telles que la main-d'oeuvre et le capital, sont sous-utilisées, comme c'est le cas aujourd'hui.

À son avis, si les années qui se sont écoulées depuis la crise ont été difficiles pour l'économie canadienne, c'est en grande partie à cause de deux changements profonds survenus au même moment: vieillissement de la population et ralentissement de la croissance de la productivité.

«L'un des secteurs où l'on prévoit une croissance est celui des biens exportés hors produits de base. Ces secteurs, comme l'aérospatiale, l'équipement de transport, et la machinerie et l'équipement, sont d'importantes sources d'exportations pour le Québec. Ici dans la région, la fabrication de produits en bois est particulièrement importante. Les exportations devraient profiter de deux facteurs : une croissance de l'économie américaine solide et la dépréciation passée du dollar canadien», a-t-elle signalé.

De manière plus générale, la croissance des revenus des ménages est soutenue par l'activité dans le secteur des services. «Il est important de le souligner, car les services comptent pour environ 70 % de l'économie et pour quatre emplois sur cinq. Je sais que les secteurs liés au tourisme et aux services professionnels et scientifiques sont en pleine croissance ici dans la région», tient à indiquer l'invitée du jour.

Dans son allocution, cette dernière a traité de la façon dont les responsables de la formulation de la politique monétaire à la Banque du Canada analysent la situation économique, alors qu'ils établissent le taux directeur de manière à atteindre la cible d'inflation de 2 %. 

Elle a ainsi décrit trois ajustements économiques que les membres du Conseil de direction suivent de près en prévision de l'annonce de la décision concernant le taux directeur et de la publication du Rapport sur la politique monétaire, le 19 octobre prochain : la stabilisation dans le secteur de l'énergie, le redressement soutenu des exportations hors produits de base et la croissance soutenue dans le reste de l'économie.

Interrogée au sujet de l'influence de la Fed sur les décisions de la Banque du Canada, lors d'une entrevue exclusive accordée au Nouvelliste, Mme Wilkins a mentionné que les deux pays avaient des politiques monétaires indépendantes. Quant au protectionnisme américain, elle admet que «tout ce qui est un pas en arrière n'est pas nécessairement une chose positive pour l'économie».

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