Le virage, ce n'est pas le fil d'arrivée

La patience demeure de mise avant de juger... (Stéphane Lessard, Le Nouvelliste)

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La patience demeure de mise avant de juger les résultats d'initiatives comme le Centre d'entrepreneuriat Alphonse-Desjardins et le DigiHub (notre photo), croit Pierre Duhamel, directeur général de la Fondation de l'entrepreneurship.

Stéphane Lessard, Le Nouvelliste

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Guy Veillette
Le Nouvelliste

(Shawinigan) Une main-d'oeuvre qui a pu compter sur des conditions de travail enviables pendant plusieurs décennies vivra péniblement une reconversion de son tissu économique comme celle que traverse Shawinigan.

Il s'agit toutefois d'un passage courageux et nécessaire qui exige de la patience, mais qui rapportera à long terme, selon Pierre Duhamel, directeur général de la Fondation de l'entrepreneurship.

En poste depuis près d'un an, l'ex-journaliste se dit impressionné par ce qu'il observe à Shawinigan. Comme chroniqueur spécialisé dans le monde des affaires, il possédait déjà une idée des efforts de reconversion du milieu, après les glorieuses années du papier et de l'aluminium.

Mardi matin, il ouvrait la saison des déjeuners-conférences de la Chambre de commerce et d'industrie de Shawinigan, sous le thème «Partager l'entrepreneuriat». Une trentaine de personnes ont participé à cette activité.

M. Duhamel avoue que traditionnellement, personne n'associait les technologies de l'information à Shawinigan. Aujourd'hui, le DigiHub procède à un nouvel agrandissement pour accueillir encore plus d'entreprises en démarrage. Évidemment, ces idées qui jaillissent n'entraînent pas, à court terme, des résultats spectaculaires en termes de salaires ou de créations d'emplois. Il s'agit toutefois d'un passage obligé lors de la transition d'une économie manufacturière à celle du savoir.

«Je suis très admiratif du travail qui a été fait», commente M. Duhamel. «Les gens ont d'abord posé le constat selon lequel le passé ne serait plus garant du présent. La collectivité a décidé d'embrasser l'entrepreneuriat pour faire de Shawinigan une ville modèle au Québec.»

«Ce n'est pas facile; les résultats ne sont pas automatiques», concède-t-il. «Mais le revirement est spectaculaire. La participation de l'ensemble de cette communauté à ce virage est assez remarquable. C'est un bel exemple pour d'autres villes manufacturières au Québec.»

La patience demeure de mise avant de juger les résultats d'initiatives comme le Centre d'entrepreneuriat Alphonse-Desjardins et le DigiHub, croit le conférencier.

«L'entrepreneuriat, c'est compliqué!», rappelle-t-il. «C'est la multiplication de petites équipes par rapport à des projets qui embauchaient des centaines d'employés, comme dans l'ancienne économie. La comparaison est pitoyable! Ça prend beaucoup de jeunes pousses pour remplacer les mégaemployeurs. Il faut donc prôner la patience. Faire un virage, c'est une chose. Mais ça ne veut pas dire qu'on est arrivé.»

Pour illustrer son propos, M. Duhamel compare le nombre de personnes qui travaillent pour Facebook par rapport à General Motors à ses belles années. «Le nouvelle économie est plus parcellaire», fait-il remarquer. «Elle est composée d'une multitude de petits projets, dont certains deviendront gros mais n'auront jamais le même nombre d'employés que les grandes usines d'antan.»

Progrès et défis

La conférence de M. Duhamel portait notamment sur l'évolution de l'intérêt des Québécois pour lancer et développer leur propre entreprise. Il a d'ailleurs utilisé une kyrielle de statistiques provenant de la Fondation de l'entrepreneurship pour illustrer son propos. Son récent essai écrit en collaboration avec Jacques Nantel et Jean-Marc Léger, Code Québec, l'a aussi beaucoup inspiré.

Ainsi, il en ressort que les Québécois valorisent de plus en plus l'entrepreneuriat, au point où aujourd'hui, la proportion d'entre eux qui expriment la volonté de se lancer en affaires a été multipliée par trois depuis 2009. Si un adulte sur cinq manifeste cette intention, la strate des 18-34 ans semble particulièrement fébrile à cette idée. En effet, pas moins de 42 % d'entre eux veulent se lancer dans un défi entrepreneurial aujourd'hui.

Dans les éléments à travailler, M. Duhamel note que les femmes expriment beaucoup moins cette volonté que les hommes. Leur spectaculaire rattrapage sur les bancs d'universités lui laisse tout de même entrevoir qu'il s'agit d'une pépinière pour les futurs créateurs d'entreprises, d'autant plus que la formation constitue déjà un enjeu dans ce domaine.

Le conférencier indique aussi que les Québécois devront transformer leurs intentions d'entreprendre en action. Il souligne qu'entre 2009 et 2013, il s'est créé, en moyenne, 55 510 entreprises par année en Ontario, contre seulement 23 742 au Québec. La Belle province a aussi perdu, durant la même période, une moyenne de 22 650 entreprises par année...

Des solutions ont déjà été apportées pour améliorer la situation, mais M. Duhamel insiste particulièrement sur deux éléments: l'innovation et le mentorat. Ce dernier élément constitue justement la raison d'être du Réseau M de la Fondation de l'entrepreneurship, mais cette forme d'accompagnement demeure encore sous-exploitée, observe-t-il.

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