Une région plus millionnaire

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Frédéric Laurin

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Marc Rochette
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Les chances de croiser un millionnaire en Mauricie et au Centre-du-Québec sont non seulement de plus en plus grandes, mais le taux de croissance régional de cette catégorie de personnes riches dépasse même la moyenne provinciale des cinq dernières années. Voilà ce qui ressort des données obtenues par Le Nouvelliste auprès de Revenu Québec.

En 2011, on dénombrait 24 citoyens millionnaires sur le territoire mauricien alors que dans la dernière année fiscale, ils étaient 29. Cette augmentation de 21 % surpasse la hausse de 19,4 % observée sur la rive sud durant la même période où le nombre de millionnaires est passé de 31 à 37. Pendant ce temps, dans l'ensemble du Québec, la progression des travailleurs et retraités ayant déclaré un revenu égal ou supérieur à un million de dollars n'aura été que de 11,5 %, passant de 2871, en 2011, à 3200 en 2015.

Le professeur en économie de l'UQTR, Frédéric Laurin, attribue cette progression à la vigueur entrepreneuriale. 

«Ce n'est pas en étant dans des postes de hauts cadres ou de fonctionnaires qu'on obtient des millions. Il faut que ce soit de l'entrepreneuriat à quelque part. Ça signale qu'au Québec, il y a plus d'entrepreneuriat. Un cadre dans une entreprise privée peut faire 200 000 $, 300 000 $, 500 000 $. Avec les bonus, dans le domaine financier, on peut faire peut-être plus qu'un million. À ce moment-là, on est plutôt à Montréal. Sinon, des secteurs qui donnent des salaires d'un million, il n'y en a pas tant que ça. À mon avis, c'est vraiment tourné vers des nouveaux entrepreneurs. Et à Drummondville, c'est beaucoup lié au tissu de PME qui se développe», avance-t-il comme explication.  

Selon lui, la hausse du nombre de millionnaires en région pourrait aussi être attribuable au retour de retraités. «C'est un phénomène qui a lieu à Trois-Rivières. Je ne sais pas s'ils sont millionnaires, mais je sais que ce sont des gens qui ont fait leur carrière et leur argent ailleurs, qui ont vendu leur maison ou leur condo à Montréal, que ça leur a rapporté beaucoup d'argent et qu'ils viennent à Trois-Rivières pour profiter de la qualité de vie à leur retraite», suggère le spécialiste.

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Patrick Charlebois

Andréanne Lemire

Pour sa part, le conseiller en placement chez Financière Banque Nationale, Patrick Charlebois, présume qu'il y a beaucoup d'entrepreneurs qui vendent leur entreprise pour toutes sortes de raisons, dont des cas de transfert générationnel.

«En Mauricie, il y a beaucoup d'argent que j'appelle du vieil argent. On voit beaucoup de personnes âgées qui, ayant accumulé un patrimoine, vendent éventuellement un immeuble à logements, capitalisent un gain important et, peut-être d'une façon ponctuelle, déclarent un revenu très élevé», a-t-il remarqué.

«C'est sûr que ce n'est pas nécessairement répétitif, mais la masse fait en sorte qu'à chaque année, il y a une progression qui est effectivement modeste, mais une progression année après année des gens qui déclarent un revenu imposable au-dessus d'un million $», renchérit ce gestionnaire de portefeuille.

À son avis, le vieillissement de la population n'est pas étranger à cette courbe ascendante de millionnaires. 

«Les gens pensent à la retraite et décident de vendre leurs actifs. J'en vois des clients qui vendent leurs immeubles à revenus et qui arrivent avec des gros dépôts. Même chose pour les entreprises qui décident de vendre à leurs enfants ou à une tierce partie. Ce sont des gens qui déposent énormément d'argent. C'est un phénomène qu'on voit de plus en plus. Je le vois dans mon travail au quotidien. Mais ce n'est pas une rente, ce n'est pas quelque chose qui va être récurrent», a-t-il ajouté. 

C'est ce qui peut se cacher derrière les fluctuations des dernières années. Par exemple, en 2013, pas moins de 419 riches contribuables ont quitté le club sélect dans l'ensemble de la province, dont 13 en Mauricie et 15 au Centre-du-Québec. L'année précédente, on retrouvait un sommet quinquennal de 33 millionnaires sur la rive nord et 53 en sol centricois.

«En 2009, 2010, j'aurais compris une diminution, en raison de ceux qui avaient mis leur argent à la bourse», a confié Frédéric Laurin, faisant allusion à la crise financière de 2008.

Finalement, ce dernier ne croit pas que les inégalités entre les riches et les pauvres soient un gros facteur pour les deux régions, alors que certains peuvent y voir un écart plus grand entre les deux groupes, à la lumière de ces statistiques.

«Habituellement, la croissance des inégalités est créée par le fait qu'il y a des secteurs d'économie comme la finance, les technologies de l'information et l'entrepreneuriat, là où il y a des grosses possibilités de faire de l'argent. Les technologies de l'information et la finance, il y en a en Mauricie et au Centre-du-Québec, mais ce n'est pas comme à Montréal. C'est sûr que quelqu'un qui devient millionnaire, ça crée de l'inégalité, mais je ne pense pas que c'est aux dépens des autres. Comme on a tous les mêmes taux de taxation, on ne peut pas expliquer les différences régionales», a-t-il conclu.

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