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Ancienne Wabasso: le maire Angers ne comprend pas la timidité de Québec

La nouvelle phase de travaux au DigiHub vient... (François Gervais)

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La nouvelle phase de travaux au DigiHub vient à peine de s'amorcer. On aperçoit Philippe Nadeau (directeur général), Michel Angers (maire et président du DigiHub) et Denis Morin (directeur général du CEADS).

François Gervais

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Guy Veillette
Le Nouvelliste

(Shawinigan) Prévue au printemps, la nouvelle phase de travaux qui permettront d'ajouter 9100 pieds carrés d'espace locatif au DigiHub s'est plutôt amorcée le 19 septembre. Ce contretemps n'a toutefois pas permis à la Ville de Shawinigan d'obtenir une aide financière bonifiée du gouvernement du Québec, au grand désespoir du maire, Michel Angers.

«Il existe toutes sortes de programmes gouvernementaux», observe-t-il. «On parle de la stratégie maritime, du Plan Nord... Toutes sortes de choses qui permettent aux villes positionnées dans ces axes de développer des projets. Ici, unanimement, on nous dit que c'est un bâtiment exceptionnel, que c'est l'avenir de la Ville...» 

Malgré les superlatifs de plusieurs ministres et même du premier ministre Philippe Couillard au sujet du Centre d'entrepreneuriat Alphonse-Desjardins et du DigiHub, l'aide gouvernementale se fait toujours attendre pour compléter l'ambitieux projet de reconversion. En fait, le maire de Shawinigan constate une absence de réponse.

«Moi, je commence à être essoufflé, en toute honnêteté», confie M. Angers. «Ça fait des années qu'on demande de l'aide au gouvernement. On travaille avec des équipes réduites, alors que plus on avance, plus il y a du monde et plus il y a des besoins. À quelque part, il faudrait entrer dans les cartons du gouvernement. Il y a une stratégie du numérique et Philippe (Nadeau, directeur général du DigiHub) y travaille, il participe à toutes sortes de choses. Mais à un moment donné...»

En 2013, le Parti québécois avait annoncé une aide financière d'un million de dollars provenant du Fonds Résolu et de 1,2 million $ du Fonds de diversification économique du Centre-du-Québec et de la Mauricie. Dans les travaux en cours, Québec a débloqué un montant de près de 349 000 $ du Fonds Résolu, sur un projet évalué à 817 000 $. La Société de développement de Shawinigan, propriétaire de l'immeuble, assumera donc la plus grande partie de cette nouvelle phase.

Sans dénigrer les montants issus du Fonds Résolu, le maire fait remarquer que ces subventions proviennent d'une enveloppe de dix millions de dollars versés par la multinationale pour venir en aide aux communautés touchées par des fermetures d'usines. La caisse est administrée par le gouvernement du Québec, qui procède aux annonces, mais qui n'injecte lui-même aucune somme dans ce fonds.

«Nous avons perdu des usines!», rappelle M. Angers. «Il y a eu des pertes énormes en terme de revenus fonciers, en salaires. Je pense que c'est un minimum qu'on puisse en retirer une petite, petite partie. Ce n'est pas un cadeau!»

Les travaux en cours prévoient l'intégration d'une salle de serveurs, d'une douzaine de bureaux d'affaires et d'un vestibule. Ces aménagements permettront d'accueillir «plusieurs entreprises» qui attendent l'opportunité de s'installer au DigiHub, glisse M. Angers.

Normalement, le chantier sera terminé juste avant la fin de l'année, permettant aux premières entreprises d'intégrer ce nouvel espace en janvier.

Idéalement, Denis Morin, directeur général du Centre d'entrepreneuriat Alphonse-Desjardins de Shawinigan, estime à 2,5 ou 3 millions de dollars les sommes nécessaires pour compléter la transformation de l'ancienne Wabasso. À sa séance régulière du 13 septembre, le conseil municipal s'est porté caution en faveur de la SDS pour un emprunt de 2,250 millions $ pour la poursuite de ces travaux. 

Cette résolution constituait pratiquement une copie d'un engagement semblable formulé lors de la séance régulière du 6 octobre 2015. Pour l'approuver, le ministère des Affaires municipales et de l'Occupation du territoire exigeait toutefois que la demande de cautionnement se fasse en vertu de la Loi sur les immeubles municipaux, plutôt que selon la Loi sur les cités et villes. Ce détail réglementaire a nécessité l'adoption d'une nouvelle résolution et repoussé le début des travaux de cinq mois.

Éventuellement, une mezzanine est prévue au DigiHub pour maximiser l'espace. La finition de la façade qui donne sur l'avenue de la Station constituera une autre occasion de solliciter l'aide du gouvernement du Québec.

«Compte tenu que notre projet est unique au Canada, il faudrait qu'on entre dans un programme à quelque part», insiste le maire.

Complémentaire ou compétiteur?

Novocis, le nouvel incubateur spécialisé dans les technologies de l'information inauguré au début septembre au Parc Micro-Sciences de Trois-Rivières, devient un outil supplémentaire pour attirer les développeurs du vaste univers numérique. Nouvelle collision frontale à prévoir entre les deux principales villes de la Mauricie?

«Ce n'est pas en annonçant un pôle du numérique qu'on viendra nous concurrencer», prétend Philippe Nadeau, directeur général du DigiHub. «Ce qu'on fait ici, personne d'autre ne le fait, même à Trois-Rivières ou ailleurs. On n'a pas peur de la concurrence, parce que nous avons choisi des créneaux très attractifs. C'est d'ailleurs pourquoi nous avons besoin de place.»

M. Nadeau arrive d'une courte mission à Ottawa pour renforcer un partenariat avec la Société canadienne des musées de sciences et technologies du Canada. Une entente avait été signée le 27 juillet. Le volet «patrimoine et muséologie» fait partie des quatre pôles qui sont développés au DigiHub. Le député de Saint-Maurice - Champlain, François-Philippe Champagne, a aussi accueilli la délégation dans la capitale fédérale.

«Nous devenons un incontournable au Canada», croit M. Nadeau. «Nous avons rencontré la ministre (Mélanie) Joly et elle était étonnée de voir quelque chose comme ça à Shawinigan, qu'on signait déjà des contrats avec des musées canadiens qui viennent chercher notre expertise.»

Shawinigan avait été identifiée par l'ex-ministre Élaine Zakaïb comme le troisième pôle du jeu vidéo au Québec, mais le DigiHub ne se limite pas à ce créneau. L'émergence d'un nouveau site à Trois-Rivières pourrait-il lui faire ombrage?

«Nous avons été innovateurs là-dedans», rappelle le maire, Michel Angers. «Nous sommes allés au Japon, nous avons vu ce qui se passait et nous avons mis en place notre station du numérique. Si Trois-Rivières décide de faire quelque chose qui nous ressemble, on n'a rien contre leur décision. Mais ce qu'on souhaite, c'est que notre centre soit régional, comme le centre d'entrepreneuriat. Des gens de toutes les municipalités environnantes viennent se former et travailler ici.»

«Est-ce qu'on se tire dans le pied en doublant des éléments qui peuvent se ressembler?», demande M. Angers. 

«Il faudrait poser la question à Trois-Rivières», renchérit M. Nadeau. «Pourquoi réinventer la roue alors que nous sommes déjà là?»

Jean Côté, directeur général adjoint chez Innovation et développement économique Trois-Rivières, fait remarquer que le Parc Micro-Sciences a été créé en 2008, donc avant l'arrivée du DigiHub. Déjà à ce moment, les technologies de l'information, un monde qui ratisse très large fait-il remarquer, étaient annoncées comme un axe de développement. L'inauguration officielle de Novocis, qui accueillera ses premiers locataires en octobre, ne fait que confirmer cette intention. «Le premier bâtiment inauguré en 2009, le Technocentre, a été construit pour ça», explique M. Côté. «Des espaces étaient dédiés aux bioprocédés, mais aussi aux entreprises en microélectroniques, en TI.»

M. Côté précise que le Novocis misera plus particulièrement sur les télécommunications. 

«Si je me souviens bien, DigiHub se positionne comme étant le troisième pôle dans l'industrie du jeu numérique», soulève-t-il. «On n'est pas là-dedans.»

«Nous sommes en prospection sur le plan international», poursuit M. Côté. «Nous ne faisons aucune prospection au Québec. On construit des infrastructures pour accueillir des firmes internationales, le plus possible. (...) Je ne vois pas où il y a des dédoublements.»

De toute manière, le directeur général adjoint d'IDÉ Trois-Rivières fait remarquer que toute la planète se tourne vers la nouvelle économie. «Toutes les villes du monde font de la prospection en technologie de l'information», souligne-t-il. «Pas seulement Trois-Rivières et Shawinigan.»

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