L'ONE plie dans la controverse

Suspendues, notamment, en raison de gestes violents commis... (Patrick Sanfaçon, Archives La Presse)

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Suspendues, notamment, en raison de gestes violents commis lundi, les audiences montréalaises sur le projet d'oléoduc Énergie Est n'ont pas repris mardi.

Patrick Sanfaçon, Archives La Presse

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La Presse Canadienne

L'Office national de l'énergie (ONE) a décidé de suspendre les séances que le comité d'audience devait tenir à Montréal cette semaine sur le projet d'oléoduc Énergie Est.

L'organisation a indiqué, mardi, que la décision avait été prise en raison des perturbations la veille au premier jour des audiences à Montréal. Selon l'ONE, des gestes de violence soulèvent des préoccupations quant à la sécurité.

De telles perturbations compromettent la capacité de l'Office de mener ses séances de façon sécuritaire, en plus d'empêcher les intervenants d'être entendus, de faire part de leur opinion et de poser des questions, a-t-on fait valoir par communiqué.

En fait, le comité ne devrait pas tenir d'autres audiences publiques avant le 7 septembre.

L'ONE a rappelé que deux requêtes ont été déposées demandant que des membres du comité se récusent. Compte tenu du fait que l'Office a sollicité des commentaires par écrit sur cette question au plus tard le 7 septembre, le comité ne tiendra plus de séances tant qu'une décision n'aura pas été rendue à ce sujet, a-t-on indiqué.

Des informations, dont avait d'abord fait état le National Observer, révèlent que les membres du comité Jacques Gauthier et Lyne Mercier ont rencontré en privé l'ancien premier ministre Jean Charest au début de 2015, alors qu'il était consultant pour TransCanada (TSX:TRP), l'entreprise gérant le projet Énergie Est de 15,7 milliards $.

Plusieurs groupes environnementaux ont appelé les deux membres à se récuser de l'examen à cause d'une apparence de parti pris à l'endroit du projet.

«Le gouvernement Trudeau et l'ONE mesurent bien mal le niveau d'indignation de la population suite aux nombreuses révélations qui remettent l'impartialité de l'ONE en question. L'affaire Charest n'est que la pointe de l'iceberg et il y a une panoplie d'autres problèmes à régler au sein de l'ONE avant qu'il ne puisse être considéré comme crédible», a indiqué Greenpeace, par voie de communiqué.

L'ONE a déjà dit que les responsables de l'organisme n'avaient autorisé à aucun moment durant les rencontres avec des parties prenantes au Québec des discussions inappropriées sur des projets d'oléoduc qui sont placés sous examen.

Lundi, des manifestations et le retrait des municipalités ont forcé la suspension de la première journée de la portion québécoise des audiences de l'Office national de l'énergie sur le controversé projet d'oléoduc.

La responsabilité de prendre une décision quant aux commissaires de l'ONÉ ne revient pas au gouvernement fédéral, a fait valoir le ministre des Ressources naturelles, Jim Carr, mardi. «C'est à l'Office de gérer la situation», a-t-il affirmé de Calgary. Il a ses directives. Il a ses propres statuts. Il est un organisme indépendant. Je suis convaincu qu'il examine tout cela très sérieusement. Nous attendons voir comment il résoudra ce problème.»

Un ancien président et directeur général de BC Hydro, Marc Eliesen, estime pour sa part que l'ONE subit les revers d'une «pétro-culture». M. Eliesen s'était retiré du processus d'évaluation du projet de prolongement de l'oléoduc Trans Mountain de la compagnie Kinder Morgan. «Je crois que toute la nature des audiences de Trans Mountain était une farce et je crois que (cette farce) s'est poursuivie avec le projet Énergie Est», a-t-il soutenu, joint à Whistler, en Colombie-Britannique.

La ministre albertaine de l'Énergie, Margaret McCuaig-Boyd, a quant à elle dit que les perturbations lors des audiences au Québec étaient déconcertantes et ne contribuaient pas au débat.

Mme McCuaig-Boyd a affirmé que le gouvernement de l'Alberta était déterminé à aller de l'avant et travaillerait à renforcer son message sur l'importance d'assurer le transport du pétrole vers les côtes pour l'exportation.

Le gouvernement néo-démocrate albertain de Rachel Notley a adopté des mesures ces derniers mois - incluant des frais plus élevés pour les plus grands émetteurs de gaz à effet de serre - afin d'écarter les critiques sur le bilan environnemental de l'Alberta du débat sur les projets d'oléoducs.

Le chef du parti d'opposition Wildrose en Alberta, Brian Jean, a dit croire que les perturbations à Montréal démontraient que le plan sur le climat de Mme Notley constituait un échec dispendieux.

«Les Albertains s'étaient fait dire qu'en échange de 9 milliards $ en taxes sur le carbone au cours des cinq prochaines années, des projets comme Énergie Est se verraient accorder un traitement équitable par la gauche radicale et ses activistes dans le mouvement environnemental», a déclaré M. Jean.

Les deux commissaires n'auraient pas dû avoir un entretien avec Jean Charest, croit un spécialiste des impôts de l'Université de Calgary, Jack Mintz, aussi membre du conseil d'administration de la pétrolière Imperial. Il n'a toutefois pas lieu de conclure, selon lui, que l'ONE fait face à une crise de légitimité.

TransCanada a dit pour sa part attendre les directives de l'ONE pour reprendre les séances à Montréal «de façon respectueuse et constructive», ajoutant qu'elles constituent «l'occasion de poursuivre le dialogue avec les Québécois à propos d'Énergie Est».

L'entreprise a fait valoir qu'il y avait eu précédemment cinq séances «productives et respectueuses» au Nouveau-Brunswick. Durant la suspension des audiences, l'entreprise dit vouloir continuer d'échanger avec les municipalités, les propriétaires fonciers, les communautés autochtones et les autres parties prenantes.

Le projet de 15,7 milliards $ vise à acheminer quotidiennement 1,1 million de barils de pétrole des sables bitumineux de l'Alberta jusqu'à Saint-Jean, au Nouveau-Brunswick.

Selon plusieurs élus, dont le maire de Montréal, Denis Coderre, et des groupes environnementaux, ce controversé projet comporte trop de risques pour les sources d'eau et les retombées économiques pendant la phase d'exploitation de l'oléoduc sont insuffisantes.

M. Coderre devait être le premier intervenant entendu aux audiences, lundi.

Des séances devaient aussi se tenir au début octobre à Québec.

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