Doral International: l'usine se vide lentement

Comme tout le monde, Luc Beaulieu est peiné... (François Gervais)

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Comme tout le monde, Luc Beaulieu est peiné de la fermeture de Doral, mais il se réjouit d'avoir pu mettre la main sur l'une des dernières pièces produites par ce fabricant de bateaux de luxe.

François Gervais

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Guy Veillette
Le Nouvelliste

(Shawinigan) Le fabricant de bateaux Doral International attire une activité et une fébrilité rarement observées depuis quatre ans à l'usine. Pas en raison de la relance si longtemps désirée, mais bien de la présence de nombreux acheteurs qui viennent prendre possession des biens acquis lors de l'encan du 28 juin, un succès qui a enfoncé le dernier clou dans le cercueil.

«Je voyais sortir tout ça pour des peanuts... Ça m'a empêché de dormir!», soupire Jean-Paul Trudel, qui a travaillé à cette usine pendant une trentaine d'années, jusqu'à la faillite de 2009.

«Il y avait des polisseuses à air», illustre-t-il. «On achetait ça à 600 $ l'unité. J'en ai vu sortir à 75 $ pour un lot complet! Ça a pris 40 ans pour monter cette compagnie et en une journée, on la ferme pour des peanuts.»

Les acheteurs doivent cueillir leur matériel d'ici au 15 juillet, ce qui provoque une activité inhabituelle dans ce secteur ces jours-ci. Tout a été vendu, à l'exception de plusieurs dizaines de moules servant à fabriquer ces croiseurs de luxe, dont la marque résonne toujours dans le milieu nautique. Ces signatures artisanales constituaient les points de mire de l'encan, d'où la surprise de constater qu'elles n'ont toujours pas trouvé preneur. «Les mises n'étaient pas assez élevées», indique Bruno DeGagné, responsable de la liquidation pour l'encanteur Hilco Industrial et ex-directeur de l'usine. Une offre tombera sans doute d'ici le 15 juillet, mais elle ne permettra pas de ressusciter Doral.

«C'est fini», laisse tomber M. DeGagné. «Il n'y a plus d'équipement. Si des gens achètent des moules, ils vont les envoyer ailleurs.»

Le coeur de l'ancien directeur se serrait en voyant d'anciens employés se présenter à l'encan pour faire l'acquisition de certains outils avec lesquels ils avaient travaillé au fil des années. «Le sentiment d'appartenance était très fort», insiste-t-il. «Plusieurs avaient 25 ou 30 ans d'expérience. C'est sûr que pour certains, il y avait de la déception, parce qu'ils attendaient que ça reparte. Vous savez, tant que ce n'était pas mort...»

Difficile de résister

Doral International a cessé son exploitation au printemps 2012. À ce moment, trois bateaux se trouvaient sur la chaîne de production. Ils ont tous trouvé preneur, même s'il reste entre 10 % et 60 % du travail d'assemblage à compléter avant de pouvoir naviguer.

Luc Beaulieu, un homme d'affaires de la région, possédait déjà un bateau, mais ne pouvait laisser passer l'opportunité de mettre la main sur un produit Doral à une fraction du prix. «Je ne pensais jamais pouvoir en acheter un neuf un jour!», souriait-il en fin d'après-midi lundi, visiblement fier de sa prise quelques minutes après l'avoir sortie de l'atelier qui l'avait vu naître.

Son nouveau modèle Prestancia n'a pas de moteur, ce qui représentera un investissement d'au moins 40 000 $. M. Beaulieu a également dû acquérir divers accessoires pour compléter l'assemblage de cette pièce de collection, puisqu'il s'agit de l'un des derniers bateaux portant la signature Doral à avoir été conçus à l'usine du secteur Grand-Mère.

«J'aurais préféré acheter le premier plutôt que l'un des derniers», fait remarquer M. Beaulieu. «J'aurais aimé mieux que l'usine continue ses activités, mais que voulez-vous... »

Un autre particulier avait mis la main sur son bateau hier matin. Le troisième a été soigneusement emballé lundi en vue d'un départ d'ici quelques jours. Ce modèle Boca Grande valait quelques centaines de milliers de dollars sur le marché.

Ainsi s'éteindra un joyau industriel créé en 1972, qui a navigué en mers agitées à de nombreuses reprises étant donné que ces produits de luxe résistent mal aux ralentissements économiques. Mais à certaines périodes, comme à la fin des années 90, Doral International employait plus de 300 personnes. «C'est très désolant», résume M. Trudel.

«À Shawinigan, le moulin à papier de Grand-Mère a fermé, l'Alcan a fermé, Belgo a fermé... J'ai des immeubles à logements et je ne suis plus capable de louer des loyers. Les jeunes s'en vont; il n'y a plus d'ouvrage pour eux.»

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