Relance de Doral: les derniers espoirs s'envolent

Depuis novembre, Denis Poliseno a tout tenté pour... (Sylvain Mayer)

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Depuis novembre, Denis Poliseno a tout tenté pour relancer Doral International. Le dernier chapitre de cette entreprise fondée en 1972 doit s'écrire mardi, lors d'une vente par encan.

Sylvain Mayer

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Guy Veillette
Le Nouvelliste

(Shawinigan) Les rumeurs de relance du fabricant de bateaux Doral International, dans le secteur Grand-Mère, resteront visiblement à ce stade. Le 28 juin dès 10 h, les derniers équipements qui ont autrefois contribué à l'expansion de la prestigieuse marque seront écoulés lors d'un encan organisé par l'entreprise torontoise Hilco Industrial.

Au cours des derniers mois, un homme d'affaires a pourtant bien tenté de remuer les cendres de Doral International, qui cherchait une étincelle depuis 2012. Il a communiqué avec des acheteurs en Europe, en Afrique, aux États-Unis et en Amérique du Sud pour s'assurer que l'étiquette rayonnait toujours dans le milieu. L'automne dernier, il a commandé une étude qui lui confirmait que «le marché existe, la marque est connue et le chemin vers la croissance n'est pas impossible».

En janvier, l'individu est parvenu à se faire approuver un prêt de deux millions de dollars de la firme Maynards Capital services, à Toronto. En avril, il a déposé une offre d'achat des actifs au montant de 750 000 $ au syndic Litwin Boyadjian. Mais pour encaisser son prêt, il devait obtenir une garantie de perte et c'est à cette étape qu'il a frappé un mur.

Cet homme d'affaires se nomme Denis Poliseno et il sait très bien qu'il traînait un piano pendant qu'il multipliait ses démarches. En avril 2011, Investissement Québec consentait un prêt de deux millions de dollars à Doral, alors que M. Poliseno avait été présenté comme le sauveur un an auparavant. Mais au printemps 2012, l'entreprise se plaçait sous la protection de la Loi sur la faillite et l'insolvabilité.

En 2013, les syndiqués signaient une nouvelle convention collective pour appuyer un projet de relance mené par un homme d'affaires de Blainville, Alain Chayer. Les employés n'ont finalement jamais été rappelés au travail. Par la suite, Michel Forand, un homme d'affaires de Saint-Lambert, s'est également intéressé à une relance, sans succès.

Au cours des dernières années, le nom de M. Poliseno ne se trouvait jamais bien loin des rumeurs de reprise d'activités chez Doral. Il avait d'ailleurs acquis l'immeuble en mai 2014.

Outre la faillite, M. Poliseno reconnaît que certaines relations d'affaires, sur lesquelles il ne veut pas élaborer publiquement, ont provoqué un pas de recul chez des partenaires potentiels. Mais, du même souffle, il fait remarquer que personne d'autre que lui n'a fait des pieds et des mains pour que Doral reprenne ses lettres de noblesse.

«C'est un joyau reconnu mondialement», résume l'homme d'affaires, ajoutant que le taux de change s'ajoute actuellement aux éléments favorisant une relance. «Ce qui est plate, c'est qu'on ne veut pas me voir dans le dossier à cause du passé, mais ils sont prêts à sacrifier une entreprise qui peut revigorer l'économie du secteur. Je suis le seul clown qui a travaillé pour redémarrer cette entreprise, mais parce que c'est moi, on préfère la laisser partir. C'est totalement illogique.»

L'encan de mardi peut-il réserver une surprise? Le Nouvelliste a appris qu'au printemps, un homme d'affaires de Matane avait manifesté un intérêt pour Doral International. Il demeure possible qu'une offre soit déposée au cours des prochaines heures pour satisfaire le principal créancier de la dernière faillite, Continental Capital Investments, qui cherche à récupérer 600 000 $.

«Une compagnie américaine va se présenter, va acheter les moules et la marque de commerce et va sacrer le camp dans son usine aux États-Unis», prédit M. Poliseno. «Ils vont être morts de rire! Pendant ce temps, ici, les gens vont continuer à collecter leur chèque de bien-être. Ça n'a aucun sens. Si j'étais aux États-Unis, ça ferait longtemps que ce serait reparti.»

L'encanteur estime à un million de dollars la valeur de l'inventaire. L'inspection des équipements se déroulera lundi, de 9 h à 17 h.

Chat échaudé...

Luc Arvisais, directeur de la Division développement économique de la Ville de Shawinigan, reconnaît avoir participé à une rencontre avec Denis Poliseno pour la relance de Doral au début du printemps, à la suite d'une communication de François Massicotte, directeur du bureau de circonscription du député fédéral François-Philippe Champagne. Il a cogné aux portes, sans succès.

«Quand je l'ai rencontré, je lui ai demandé s'il était conscient qu'on ne partait pas avec une feuille blanche», raconte M. Arvisais. «Les conditions gagnantes n'étaient pas réunies pour qu'on puisse avoir un dossier pour lequel des partenaires auraient pu avoir de l'appétit.»

M. Poliseno a aussi sollicité une rencontre avec la députée de Laviolette et ministre responsable de la Mauricie, Julie Boulet. Il n'a pas senti un accueil très enthousiaste, mais son attachée politique, Amina Chaffai, mentionne que la fin de session parlementaire ne permettait pas d'organiser un rendez-vous rapidement. La fenêtre du début juillet apparaissait plus réaliste. Cette rencontre risque de tomber à l'eau.

Du côté d'Investissement Québec, la porte-parole Chantal Corbeil indique qu'elle n'a pas entendu parler du fabricant de bateaux depuis la faillite.

«À ce moment, nous avions même fait une lettre d'intention au client pour l'aider pour la relance, qui n'a pas été acceptée», précise-t-elle.

M. Poliseno a senti un peu plus d'intérêt du côté du gouvernement fédéral. M. Massicotte l'a mis en contact avec Exportation et Développement Canada, de même que Développement économique Canada. Personne n'est toutefois parvenu à lui fournir une garantie de perte pour son prêt de deux millions $, à sa grande déception.

M. Arvisais fait remarquer que si une entreprise de la réputation de Doral International n'a pu attirer un investisseur vraiment sérieux pour relancer la fabrication depuis quatre ans, il fallait en prendre bonne note.

«Il y a des joueurs importants dans cette industrie», observe-t-il. «S'il y avait eu vraiment un potentiel, l'un d'eux aurait sans doute été intéressé à reprendre les activités. On n'a vu personne.»

En mars 2015, une compagnie à numéros de M. Poliseno avait dû céder l'immeuble à Olymbec Finance, à la suite d'un jugement en délaissement. La firme immobilière offre des espaces à louer de 10 000 à 248 000 pieds carrés à l'intérieur de l'usine.

«Nous attendons la liquidation des biens. Nous n'avons pas le choix avant de passer à autre chose», indique Marc Laliberté, directeur des opérations d'Olymbec en Mauricie.

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