Monopole de la SAQ: «Ça ne tient pas la route»

Frédéric Laurin... (Photo: François Gervais)

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Frédéric Laurin

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Marc Rochette
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Selon trois experts indépendants, dont Frédéric Laurin, de l'UQTR, le maintien du monopole de la Société des Alcools du Québec (SAQ) n'est pas à l'avantage des Québécois.

Intitulée Monopole Inc: Pour une ouverture du commerce des vins et spiritueux, l'étude expose sans complaisance les inconvénients du monopole que détient la SAQ sur le commerce des vins et spiritueux au Québec.

«À priori, notre conclusion, c'est que le système de monopole ne tient pas la route, d'un point de vue de consommateur, de contribuable», a confié au Nouvelliste l'auteur de l'essai Où sont les vins?

Pour cette nouvelle enquête, il est accompagné d'Yves Mailloux, président-fondateur, Club des Dégustateurs de Grands Vins et chroniqueur vin au Huffington Post Québec, et de Paul Daniel Müller, MA, économiste en politiques publiques, qui est l'initiateur du présent projet.

«À l'heure des restrictions budgétaires, il importe d'exposer au public comment le système monopolistique actuel ne sert en réalité que les intérêts d'un petit nombre de parties prenantes. Une démonopolisation du commerce des vins et spiritueux permettrait des économies à la fois sur le coût des produits et sur le coût de leur distribution», a affirmé ce dernier.

Et pour le professeur en économie de l'UQTR, une démonopolisation permettrait une nouvelle expérience de dégustation et de découvertes.

«Un peu de concurrence apporterait non seulement une plus grande incitation à mieux négocier les prix du gros et à diminuer les coûts, mais aussi amènerait plus de diversité de produits et un service à la clientèle plus personnalisé et dynamique, surtout grâce à une meilleure éducation du client», soutient-il.

Celui-ci prône toujours une libéralisation partielle du marché des vins et alcools au Québec.

«La SAQ, elle est toujours là, mais on permet à des petites boutiques de pouvoir ouvrir et venir compléter le marché», souhaite M. Laurin. «Il y a beaucoup de produits qui existent dans le monde que je ne peux pas retrouver à la SAQ», renchérit-il.

En entrevue, le spécialiste de Trois-Rivières a expliqué que l'objectif de l'exercice n'était pas de chiffré une solution, mais de faire un diagnostic complet de toutes les problématiques liées à la SAQ.

Selon une idée reçue, un monopole public a une politique de prix plus équitable qu'une entreprise privée. Or, le taux de la majoration appliquée par la SAQ diminue à mesure que le prix du vin augmente.

«Ainsi, les clients plus aisés, qui ont les moyens d'acheter des vins plus dispendieux, ont davantage de vin dans leur verre pour chaque dollar dépensé», a déclaré Yves Mailloux. La majoration de la SAQ est donc une forme de taxation régressive selon ce chroniqueur en vin.

L'étude propose un examen du modèle de distribution des vins et des alcools au Québec du point de vue des consommateurs et contribuables. Elle est totalement indépendante des parties prenantes organisées qui régissent le monde de l'alcool. Aucune entreprise, syndicat ou institution n'a contribué à son financement. Il s'agit d'une initiative 100 % citoyenne.

L'étude de 44 pages porte sur sept sujets: le manque de diversité de l'offre et de choix effectif offert aux consommateurs; la comparaison des prix de détail et le magasinage hors Québec; l'iniquité des prix, avec la présence d'une taxe régressive; les coûts et l'inefficacité du système actuel et les recettes tirées par l'État; les difficultés de développement d'une industrie locale de vins et de spiritueux; la démonopolisation, la prévention de l'alcoolisme et la santé publique; l'éducation des consommateurs

Parmi les faits saillants du rapport, les experts relèvent qu'à plusieurs reprises, la SAQ s'est vantée d'avoir amélioré son efficience.

Selon ses dires, «en 2005, il en coûtait 25 cents pour générer un dollar de ventes, il en coûte aujourd'hui moins de 19 cents». Cette affirmation est vraie, disent-ils, mais en choisissant 2005 comme point de comparaison, la SAQ créée une illusion d'amélioration. Un regard à plus long terme montre que cet indicateur n'a fait que redescendre au niveau auquel il se situait à la fin des années 1990.

Finalement, les auteurs partagent les objectifs de politique publique que sont la prévention d'une consommation excessive d'alcool, le financement des services publics par la taxation de l'alcool, et le développement d'une industrie locale de vins et spiritueux. Leur étude montre qu'il n'est pas nécessaire d'endurer les inconvénients d'un monopole pour les atteindre.

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