Alcoa veut renégocier l'électricité pour son usine de Bécancour

L'épée de Damoclès vient de réapparaître au-dessus de... (François Gervais)

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L'épée de Damoclès vient de réapparaître au-dessus de l'Aluminerie de Bécancour.

François Gervais

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Marc Rochette
Le Nouvelliste

(Bécancour) Deux ans après la signature d'une entente d'approvisionnement en électricité avec Hydro-Québec, Alcoa désire la renégocier afin d'obtenir des rabais pour son aluminerie de Bécancour. Or, à défaut d'un nouvel accord, la multinationale a laissé savoir qu'elle pourrait être obligée de prendre des décisions difficiles, allant jusqu'à la fermeture de cette usine de 1000 employés.

«Nous examinons toujours tous nos actifs et nous n'écartons aucun scénario», a affirmé le président d'Alcoa Groupe Produits primaires, Roy Harvey, au cours d'une entrevue accordée mercredi à La Presse Canadienne à l'occasion de son passage à Montréal.

Celui-ci a alors souligné que la facture énergétique de l'A.B.I. était la plus élevée au pays, une situation qui, à son avis, ne peut plus durer. Il a toutefois pris soin d'ajouter que Bécancour était «une aluminerie importante» dans laquelle Alcoa espérait pouvoir continuer à investir, mais qu'il était actuellement difficile de le faire compte tenu des coûts d'approvisionnement en énergie. Le Québec représente le tiers de la capacité de production d'aluminium d'Alcoa.

S'il est actuellement encore trop tôt pour évoquer des réductions de personnel afin de réduire les coûts à Bécancour, M. Harvey a également refusé d'écarter cette avenue lorsque la question lui a été posée.

«Nous examinons toujours les façons d'augmenter la productivité et nous n'écartons jamais ces options. Nous nous penchons sur notre stratégie en matière de personnel et sur les ententes que nous avons à cet endroit en particulier, et nous regardons les occasions pour forger des partenariats, que ce soit avec nos employés ou nos fournisseurs», a-t-il dit.

Après avoir menacé de quitter le Québec en 2013, Alcoa avait conclu une nouvelle entente d'approvisionnement avec Hydro-Québec jusqu'en 2030 pour ses alumineries de Bécancour, Deschambault et Baie-Comeau. Au total, les trois alumineries comptent quelque 2700 travailleurs.

Or, les tarifs varient d'une aluminerie à l'autre et l'usine de Bécancour n'est pas rentable, plaide

M. Harvey. Il juge impératif de trouver une solution avant la scission d'Alcoa. La multinationale doit se diviser plus tard cette année en deux entreprises distinctes - une qui se concentrera sur la production d'aluminium et une autre sur les produits fabriqués pour les industries automobile et aéronautique.

Le grand patron s'est également défendu de négocier à nouveau sur la place publique en laissant planer le doute sur le futur de l'aluminerie de Bécancour. «Nous tentons d'être aussi directs et honnêtes que possible», s'est-il limité à dire sur le sujet.

Pour la ministre de l'Économie, de la Science et de l'Innovation, Dominique Anglade, il n'est justement pas question de négocier sur la place publique. «On a toujours été un partenaire d'Alcoa qui a une grande présence au Québec. Je suis très ouverte à les rencontrer. Je pense qu'ils ont des tarifs très concurrentiels. S'ils ont autre chose à mettre sur la table, nous, on est à l'écoute. L'important pour nous, ce sont les travailleurs», a-t-elle fait savoir au Nouvelliste.  

Une situation menaçante

Pour le maire de Bécancour, Jean-Guy Dubois, la situation est menaçante. «C'est majeur. On va donner tout ce qu'on a dans le corps pour conserver cet élément-là chez nous. D'ailleurs, la conservation des acquis fait partie de notre stratégie de développement», a-t-il commenté.

Celui-ci rappelle que l'aluminerie représente 20 % du budget d'opération de la Ville. «Les retombées sont énormes au niveau régional», fait remarquer celui qui entend suivre ce dossier «d'extrêmement près». Entre autres, il entend contacter son homologue de la rive nord, Yves Lévesque, pour qui «les menaces peuvent devenir des réalités». «C'est une grande entreprise avec beaucoup d'emplois. On n'a pas les moyens d'en perdre. Si jamais ça fermait, ça serait épouvantable», a avoué le maire de Trois-Rivières.

Le premier magistrat dit s'en remettre aux spécialistes pour déterminer «s'il y a un problème au niveau du coût d'électricité de cette usine par rapport à d'autres». «Il faut mettre les chiffres sur la table et apporter une solution pour s'assurer de ne pas perdre les emplois. C'est au gouvernement à prendre acte de la situation», soutient

M. Lévesque.

Pour sa part, le président-directeur général de la Société du parc industriel et portuaire de Bécancour, Maurice Richard, a renchéri sur «l'impact énorme de l'aluminerie au niveau des emplois chez nous». «Ce que je souhaite, c'est que ça se règle et qu'Alcoa investisse au niveau de l'usine de Bécancour», a-t-il exprimé.

De son côté, le député de Nicolet-Bécancour, Donald Martel, aurait aimé entendre un discours plus positif de la part du dirigeant d'Alcoa après les accords de 2013. «On ne peut pas marcher toujours avec du chantage. Si on a accepte de renégocier les ententes d'électricité, il faut que la compagnie s'engage à être là pour longtemps et à moderniser. Mais on ne peut pas échapper cette entreprise là», a précisé le représentant caquiste.

À la Chambre de commerce et d'industrie du Coeur-du-Québec, la direction entend «garder un oeil là-dessus» et offre son soutien pour «conserver ce qu'on a ici».

Même s'il dit s'étonner de la façon dont Alcoa procède dans ses négociations sur les tarifs d'électricité, le président de la section locale 9700 du Syndicat des Métallos, Clément Masse, souscrit néanmoins à l'idée que l'aluminerie de Bécancour devrait pouvoir bénéficier de tarifs aussi avantageux que ce qu'Hydro-Québec garantit ailleurs.

«Il est cependant dommage que la compagnie procède encore une fois par des menaces qui insécurisent les travailleurs et leurs familles», a déploré celui qui croit que de tels tarifs devraient s'accompagner d'exigences en matière d'emplois et d'investissements. 

Pour le représentant syndical, le projet de scission a pour effet de mettre «beaucoup de pression» sur la rentabilité. «Ça ne m'inquiète pas. Ils ne peuvent pas se débarrasser d'une usine aussi importante. Ils veulent mettre de la pression sur Hydro-Québec et le gouvernement pour renégocier les contrats», a-t-il conclu. 

En collaboration avec La Presse Canadienne

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