Une économie portes ouvertes

Avoir une économie ouverte, quoique pas à n'importe... (François Gervais, Le Nouvelliste)

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Avoir une économie ouverte, quoique pas à n'importe quel prix, peut comporter des avantages, c'est autre chose que d'avoir une économie «portes ouvertes».

François Gervais, Le Nouvelliste

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Le Nouvelliste

À la suite de l'acquisition de Rona par l'entreprise américaine Lowe's, le premier ministre Couillard, assis sur ses mains, a déclaré: «Il faut que le Québec envoie un message qu'il est dans une économie ouverte».

Cette formule de circonstance évacue habilement l'impact potentiel de cette importante transaction sur l'économie et l'emploi au Québec.

Ce même gouvernement qui promettait de créer 50 000 nouveaux emplois par année lors de la dernière campagne électorale alors qu'il s'en est créé seulement 42 700 depuis son élection il y a 22 mois a-t-il quelque garantie un tant soit peu solide à donner quant au maintien des 17 000 emplois actuels au sein de Rona. Même si la nouvelle ministre de l'Économie, Dominique Anglade, s'est dite satisfaite des assurances données par Lowe's à ce sujet, il est permis de douter de la solidité des engagements pris par les firmes étrangères qui acquièrent d'importants maillons de notre économie. La façon dont Rio Tinto et Loblaws ont donné suite aux leurs à la suite de l'acquisition d'Alcan et de Provigo devrait nous le rappeler.

Et qu'en est-il des fournisseurs actuels de Rona? On en retrouve au moins cinq dans la Mauricie ou au Centre-du-Québec: CBV inc. (transformation de bois) à Saint-Étienne-des-Grès), Duchesne et fils (matériaux de construction) à Yamachiche, Les Bois Martek (bois de construction) à Grand-Mère, Les moulures Boulanger à Warwick et Venmar (système de ventilation) à Drummondville. Rona fait présentement près de 50 % de ses achats au Québec, soit plus de 1,5 G$ de produits d'ici chaque année. D'ailleurs l'entreprise affirmait engendrer pour le Québec des retombées totales de plus de 2 G$. Ses principaux fournisseurs, au nombre desquels on compte 11 entreprises québécoises dont les ventes à Rona représentent de 20 à 75 % du chiffre d'affaires, emploient plus de 33 000 Québécois. La loi du marché étant ce qu'elle est, comment peut-on croire que Lowe's, entreprise américaine oeuvrant à l'échelle des États-Unis, sera fidèle à ses fournisseurs actuels si elle a la possibilité d'acheter à moindres coûts ailleurs?

Les opinions divergent quant au caractère stratégique d'une entreprise comme Rona. Il n'en demeure pas moins que ce cas d'espèce démontre que, dans le contexte actuel, tout gouvernement responsable se doit d'adopter une approche préventive en proposant des mesures visant à garder sous gouverne québécoise des entreprises qui occupent une place stratégique dans l'économie du Québec et à maintenir ainsi les emplois qu'elles génèrent.

Le Québec dispose d'ailleurs de leviers importants permettant d'agir en ce sens, notamment la Caisse de dépôt et placement du Québec dont on prévoyait dès sa création qu'elle contribuerait, par le biais de ses actifs, au développement économique du Québec. Encore faut-il que l'actuel gouvernement partage toujours cette vision de départ.

Il faut également, dans le contexte de l'économie mondiale actuelle, s'interroger sur les vertus, vantées par les gouvernements en place, d'une ouverture tous azimuts des économies nationales telle que favorisée par les multiples traités de libre-échange négociés dans le plus grand secret, à l'abri du regard de la majorité de nos élus. C'est le cas de ceux actuellement à l'étude en vue de libéraliser les échanges entre le Canada et les pays de la zone Euro d'une part, et les pays de la zone Pacifique d'autre part. Ces traités, en plus de créer les meilleures conditions pour les prises de contrôle étrangères, conduisent plus souvent qu'autrement, sous prétexte de compétitivité, à une détérioration des protections sociales et des conditions d'emploi. Avoir une économie ouverte, quoique pas à n'importe quel prix, peut comporter des avantages, c'est autre chose que d'avoir une économie «portes ouvertes».

La transaction Lowe's-Rona en plus de révéler l'absence patente de politiques ayant pour objet d'éviter la mise aux enchères des belles entreprises qui nous restent met en lumière le fait que, de Plan Nord en Stratégie maritime, le gouvernement libéral navigue à vue en matière d'économie.

Denis Hébert

Jean-Claude Landry

Membres de Québec solidaire

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