Lowe's acquiert Rona

Robert Chevrier, président du conseil d'administration de Rona... (La Presse Canadienne)

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Robert Chevrier, président du conseil d'administration de Rona (à gauche), et Richard Maltsbarger, président du conseil d'administration de Lowe's International, ont officialisé la transaction qui fait passer l'entreprise québécoise dans le giron du géant américain.

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Julien Arsenault
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Préoccupé par les effets négatifs qu'aurait eu une expansion de Lowe's au Québec, le quincailler Rona (TSX:RON) a changé son fusil d'épaule et choisi de passer sous le contrôle du détaillant américain.

Près de quatre ans après une première approche qui avait provoqué une levée de boucliers, le numéro deux de la rénovation aux États-Unis mettra finalement la main sur le fleuron québécois fondé en 1939 en contrepartie d'une somme de 3,2 milliards $ en espèces.

«Si nous n'avions pas bougé et que Lowe's avait ouvert entre 20 et 30 magasins au Québec, c'est certain qu'on aurait géré de la décroissance», a expliqué mercredi le président et chef de la direction de Rona, Robert Sawyer, au cours d'une conférence de presse à Montréal.

Si les représentants du détaillant américain n'ont pas clairement confirmé qu'une expansion figurait dans leurs plans, les dirigeants de Rona, eux, en étaient convaincus.

Lowe's, qui compte actuellement 42 magasins au pays, avait par ailleurs alimenté les rumeurs entourant une percée au Québec en rencontrant, en octobre dernier, de nombreux fournisseurs québécois.

De part et d'autres, on a vanté la transaction en affirmant que ce regroupement constituerait la plus grande chaîne spécialisée dans la rénovation au pays, et qu'il serait mieux équipé pour concurrencer Home Depot.

D'ici cinq ans, Lowe's (NYSE:LOW) désire doubler la rentabilité de ses activités canadiennes, ce que Rona aurait été dans l'impossibilité de réaliser. «Sans transaction, nous n'aurions pas disparu, mais soyez assuré que lorsqu'un concurrent avec les poches creuses arrive, cela met de la pression sur les résultats», a expliqué M. Sawyer.

Le ton était ainsi bien différent de celui de 2012, lorsque Lowe's avait offert 1,76 milliard $ pour acquérir Rona, ce qui avais suscité un tollé au sein du conseil d'administration, du gouvernement du Québec ainsi que des marchands indépendants du quincaillier.

Bien que l'entreprise québécoise n'ait jamais été officiellement à vendre, le conseil d'administration n'a eu d'autre choix que d'évaluer une offre «alléchante» présentée l'automne dernier, a expliqué son président, Robert Chevrier. «À un certain moment, votre maison n'est peut-être pas à vendre, mais si le prix est vraiment alléchant, vous n'avez pas le choix (d'y penser)», a-t-il dit.

Pour tenter d'apaiser les craintes, Lowe's s'est engagé à conserver le siège social des activités canadiennes à Boucherville - lequel sera dirigé par son président au Canada, Sylvain Prud'homme - et à garder les «multiples bannières» de Rona, la «vaste majorité» des employés actuels ainsi que des «hauts dirigeants clés». «Nous avons un modèle d'affaires où les activités canadiennes sont gérées ici, a assuré M. Prud'homme. Je peux vous assurer que les décisions (...) seront prises à Boucherville.» «Il serait ridicule que Lowe's se prive de l'expertise de ce siège social puisque le Québec représente 50 % du chiffre d'affaires de Rona, a ajouté M. Chevrier. Ce sont des gens qui connaissent le marché.»

À travers son réseau, Rona exploite près de 500 établissements corporatifs et magasins affiliés indépendants, qui, ensemble, emploient plus de 23 000 personnes. Dans la région, l'entreprise exploite neuf commerces et emploie près de 150 personnes. Sue Cavallucci du service des communications de Rona affirmait mercredi que les projets de développement, comme celui d'établir une bannière Réno-Dépôt au centre commercial Les Rivières, ne sont pas mis sur la glace par cette vente.

Aux côtés du président du conseil de Lowe's Canada, Richard Maltsbarger, M. Prud'homme a toutefois été moins clair quant au nombre d'employés qui conserveront leur poste.

Questionné à ce sujet, il a répondu que le modèle du détaillant américain était «basé sur la croissance» et que cela devrait «amplement suffire» pour les employés et fournisseurs canadiens.

Néanmoins, il semble peu probable, pour le moment, de voir le nom Lowe's coiffer des magasins au Québec. «C'est trop tôt pour en parler, a répondu M. Prud'homme. Rona a une excellente marque de commerce. Il faudrait que le consommateur envoie un signal très fort pour changer.»

Si les deux conseils d'administration des deux sociétés ont approuvé à l'unanimité cette transaction, elle devra néanmoins recevoir l'aval des autorités réglementaires ainsi que des actionnaires de Rona lors d'un vote qui se tiendra au plus tard le 8 avril.

La clôture est prévue d'ici la fin du deuxième semestre.

Une prime généreuse

owe's offre 24 $ par action ordinaire de Rona, soit une prime de 104 % par rapport au cours de clôture du titre de l'entreprise québécoise, mardi, à la Bourse de Toronto.

Cela a répondu aux attentes de la Caisse de dépôt et placement du Québec - le plus important actionnaire de Rona avec une participation de 17 % - puisqu'elle a confirmé son intention de déposer ses actions. «Dans l'ensemble, la Caisse estime que la transaction mènera au maintien de la croissance de l'activité économique générée par les bannières de Rona au Québec», a-t-elle fait valoir, par voie de communiqué.

Lowe's compte 1845 magasins en Amérique du Nord, dont 42 répartis en Ontario, en Alberta, en Colombie-Britannique ainsi qu'en Saskatchewan. En comparaison, son principal concurrent, Home Depot, compte 182 établissements au pays et 2264 en Amérique du Nord.

Avec la collaboration de Gabriel Delisle

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