Quand la soie met KO les produits pétroliers

Le directeur de la Régie d'incendie du Centre-Mékinac,... (Sylvain Mayer, Le Nouvelliste)

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Le directeur de la Régie d'incendie du Centre-Mékinac, René Tourigny, montre une feuille absorbante fabriquée avec la soie de l'asclépiade alors que François Simard, président d'Encore 3, présente une feuille absorbante utilisée actuellement lors de déversements d'hydrocarbures. Les deux feuilles ont été trempées dans la même quantité d'huile, mais celle d'asclépiade montre une plus grande efficacité.

Sylvain Mayer, Le Nouvelliste

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(Saint-Tite) La soie de l'asclépiade n'a que des avantages. Produite à partir d'une plante indigène, cette soie naturelle a de remarquables capacités isolantes et d'absorption d'hydrocarbures. Et c'est justement pour cette deuxième qualité que des services de sécurité incendie, dont celui de Centre-Mékinac, vont commencer à l'utiliser.

Plusieurs représentants de services de sécurité incendie ainsi que de la Garde côtière canadienne ont assisté mercredi matin à Saint-Tite à une démonstration des capacités absorbantes des produits fabriqués avec la soie de l'asclépiade.

Encore 3, l'entreprise qui possède une usine de transformation à Saint-Tite, a lancé le programme RIDA, pour réponse immédiate en cas de déversement accidentel, qui s'adresse justement aux services d'urgence appelés à intervenir en cas de déversements.

«Tant qu'à avoir une usine dans la région qui fabrique des absorbants pétroliers, aussi bien en profiter pour rendre accessible l'inventaire immédiatement en cas d'urgence», affirme d'emblée le président et chef de la direction d'Encore 3, François Simard.

Une simple démonstration est suffisante pour saisir toute l'efficacité de l'asclépiade. Lorsqu'on utilise une feuille absorbante conçue à partir de cette soie, celle-ci est cinq fois plus absorbante qu'une fabriquée avec des fibres synthétiques. Un seul kilogramme de soie d'asclépiade peut absorber 50 litres d'huile. Étant hydrophobe mais oléophile, la soie naturelle de cette plante indigène flotte également à la surface d'un cours d'eau et peut absorber les hydrocarbures qui s'y trouve.

En un appel, les services de sécurité incendie participant au programme RIDA auront accès, en tout temps, à l'inventaire de l'usine de Saint-Tite. «Il s'agit d'outils supplémentaires en cas de déversements d'hydrocarbures alors que le temps d'intervention est très important», ajoute M. Simard.

René Tourigny, le directeur de la Régie d'incendie de Centre-Mékinac, se disait très impressionné par les produits absorbants fabriqués avec de l'asclépiade. «C'est un produit à base de fibres naturelles qui est plus efficace que celui qu'on utilise. Et il est à coûts moindres», précise M. Tourigny. «Le produit fait rapidement la séparation des hydrocarbures avec l'eau.»

Dotée de caractéristiques d'absorption remarquables, la soie de l'asclépiade a également des propriétés isolantes très intéressantes. D'ailleurs, François Simard indique que des fabricants de vêtements ont manifesté leur intérêt envers ce produit et que des tests sont actuellement réalisés. «L'asclépiade n'est plus une mauvaise herbe, c'est une plante noble qui n'a que des avantages», soutient-il sans gène.

La constance de l'approvisionnement est toutefois primordiale afin de mener à bien le développement industriel de l'asclépiade. La MRC de Mékinac a d'ailleurs lancé l'automne dernier un programme pour encourager la culture de cette plante vivace. Les services d'un agronome ainsi que de l'accompagnement pour amorcer la culture sont prévus par ce programme. Toutefois, les résultats ne seront concrets que dans trois ans, le temps que la plante vivace plantée produise des fruits.

On prévoit qu'à l'été 2016, les plants semés en 2013 vont produire une première bonne récolte. Cela permettra, note François Simard, de répondre en bonne partie aux besoins du marché. L'approvisionnement passerait donc de 15 à près de 50 tonnes de fibres.

Précurseur de la culture de l'asclépiade dans la région depuis 2012, Daniel Allard continue de faire la promotion de cette plante autrefois vue comme une mauvaise herbe. Le producteur est également le président de la Coopérative Monark, une coop au service des producteurs d'asclépiade. Il indique que des producteurs de quelques régions du Québec ainsi que du Vermont se sont maintenant mis à la culture de cette plante.

«Le gouvernement américain soutient même les producteurs d'asclépiade en offrant une aide de 825 $ américains par hectare cultivé», précise M. Allard.

Par ailleurs, un champ d'asclépiade est un habitat de premier choix pour les abeilles et les insectes, ce qui favorise par conséquent la pollinisation des champs avoisinants. «Et on sait que le meilleur ami d'un agriculteur est l'apiculteur», ajoute Daniel Allard.

Observateur intéressé par le développement de l'asclépiade depuis les premiers balbutiements du projet, le maire de Saint-Tite, André Léveillé, est encouragé par l'ampleur que prend ce nouveau créneau. «C'est démarré. On peut commencer à produire des produits absorbants. Déjà cinq employés travaillent à l'usine de Saint-Tite, mais ce n'est qu'un début. Il faut favoriser la culture. C'est ce que fait le programme de la MRC de Mékinac», précise-t-il.

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