Marché du travail: un visage transformé

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La compagnie américaine Aleris

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Guy Veillette
Le Nouvelliste

(Shawinigan) La Mauricie traîne traditionnellement de la patte par rapport au reste du Québec sur les principaux indicateurs du marché du travail et la dernière décennie dominée par le gouvernement conservateur n'a rien changé à cette réalité.

En fait, on observe dans la région les mêmes tendances que sur le plan national, sauf qu'elles sont beaucoup plus prononcées.

Forte augmentation de la population inactive, baisse du taux de chômage, mais aussi des taux d'activité et d'emploi, l'évolution du marché du travail suit des courbes comparables en Mauricie, au Québec et au Canada. La croissance de l'emploi à temps partiel, mais aussi le vieillissement de la population et la mobilité des jeunes influencent les données, particulièrement en région.

En 2006, lorsque les conservateurs sont arrivés à la tête d'un gouvernement minoritaire, la principale usine de Kruger à Trois-Rivières employait 1200 personnes. Les travailleurs de Corus étaient soulagés d'apprendre la vente de leur usine à la compagnie américaine Aleris. À Shawinigan, plus de 1500 personnes travaillaient toujours aux papeteries Belgo et Laurentide, de même qu'à l'aluminerie Alcan. C'était aussi la dernière année complète d'exploitation de Norsk Hydro, à Bécancour.

Le visage du marché du travail s'est complètement transformé dans la région en une décennie, mais il ne s'en est finalement pas trop mal sorti. En effet, Statistique Canada recense 2200 emplois de plus en Mauricie en 2014 par rapport à 2006.

Par contre, le nombre d'emplois à temps plein a fondu de 1500 au cours de cette période, tandis que 3700 postes supplémentaires ont été créés à temps partiel. 

«C'est un mouvement qu'on observe dans tous les pays occidentaux», commente Frédéric Laurin, professeur en économie à l'Université du Québec à Trois-Rivières. «La baisse du taux de chômage est une bonne nouvelle, mais il faut se rappeler qu'il y a beaucoup d'emplois à temps partiel qui expliquent cela, sans compter ceux qui ont abandonné la recherche d'emplois.»

De plus, en neuf ans, tout près de 8000 personnes se sont ajoutées dans la colonne de la population inactive, des gens qui ne travaillent pas et qui ne cherchent pas d'emplois. 

Au bout du compte, le taux de chômage est demeuré à peu près stable en Mauricie. Les taux d'activité et d'emploi ont continué à diminuer. En fait, depuis 2012, le taux d'emploi tourne autour de 50 % en Mauricie, une tendance lourde et peu encourageante.

«C'est vraiment là qu'il y a un problème», analyse M. Laurin. «C'est la même chose pour le taux d'activité. On partait d'un niveau déjà plus bas que le reste du Québec et du Canada et on diminue. C'est assez inquiétant.»

«Beaucoup de chômeurs abandonnent la recherche d'emploi», constate-t-il. «Comme le taux d'activité tend à diminuer, il y a pas mal de gens qui ne travaillent pas et ne cherchent plus d'emploi. Ils ont abandonné. Ça cause des problèmes pour les entreprises qui sont en pénurie de main-d'oeuvre.»

M. Laurin reconnaît que le vieillissement de la population joue également dans cette équation. En Mauricie, entre 2006 et 2014, l'âge médian est passé de 44,7 à 48,2 ans, selon l'Institut de la statistique du Québec. Dans l'ensemble de la province, la même donnée a aussi augmenté au cours de la même période, mais plus timidement, passant de 40,5 ans en 2006 à 41,8 ans l'an dernier.

«On assiste au retour des baby boomers qui étaient partis travailler ailleurs», remarque M. Laurin. «Ils reviennent parce que la qualité de vie est agréable. Par ailleurs, on ne réussit pas à garder les jeunes qu'on attire pour venir étudier ici. Ça provoque un débalancement.»

Ainsi, en 2006, le principal groupe d'âge en Mauricie était formé de personnes entre 45 et 54 ans, avec tout près de 46 000 individus. En 2014, ce titre appartient aux 55-64 ans, avec 45 204 personnes.

Des gens qui se préparent ou plongent dans la retraite alors qu'à l'autre extrémité de la pyramide, le nombre de personnes âgées entre 15 et 24 ans a connu une baisse de 6,4 % en Mauricie entre 2006 et 2014.

À tout le moins, la migration inter-régionale annuelle connaît un solde positif en Mauricie depuis quelques années, mais le marché de l'emploi n'en bénéficie pas autant qu'on pourrait le croire. Par exemple, en 2013-2014, la région observait un solde positif de 751 personnes. Il était toutefois négatif chez les 20-24 et les 25-29 ans. Les principaux gains étaient observés chez les 55-59 et les 60-64 ans... qui songent davantage à la retraite qu'à leur CV.

«C'est l'oeuf ou la poule», image M. Laurin. «À partir du moment où il y aura des opportunités économiques, les jeunes viendront ici. Et plus ils viendront, plus ça fera un milieu dynamique. Il faut une petite poussée de départ.»

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