Une ombre au tableau pour les microbrasseries

L'Association des microbrasseurs du Québec redoute l'impact catastrophique... (Photo: La Presse)

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L'Association des microbrasseurs du Québec redoute l'impact catastrophique de l'abolition de la réduction de la taxe sur l'alcool, recommandée dans le rapport Godbout sur la fiscalité paru au printemps.

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Myriam Lortie
Le Nouvelliste

(TROIS-RIVIÈRES) Si le monde brassicole québécois est en plein essor, plusieurs microbrasseries pourraient bien ne pas se remettre de l'abolition de la réduction de la taxe spécifique sur l'alcool dont ils bénéficient actuellement. Cette recommandation fait partie du rapport Godbout, présenté au printemps, portant sur la fiscalité. L'Association des microbrasseurs du Québec est en pleine préparation d'un mémoire afin d'en présenter les conséquences sur leur secteur d'activités.

Pour le directeur général de l'Association des microbrasseries du Québec, Jean-Pierre Tremblay, il est clair que c'est une réduction de la taxe spécifique sur l'alcool, au début des années 2000, qui a contribué à l'émergence et la croissance des microbrasseries connue aujourd'hui partout en régions.

L'une des recommandations du rapport Godbout vise l'abolition de cette réduction. «C'est évident qu'on ne sait pas encore ce que le gouvernement va retenir ou ne pas retenir, mais notre secteur est visé et la façon dont il est visé peut être dangereuse pour notre industrie. Ça a un impact financier énorme», poursuit-il.

Il explique que ce sont non seulement les brasseurs, souvent de jeunes entrepreneurs, qui pourront en ressentir les effets, mais également, l'industrie agroalimentaire, culturelle et touristique qui les entoure.

L'Association espère donc mettre de l'avant une vision globale du développement brassicole par des mesures fiscales adaptées. Le directeur général souhaite que ce mémoire, dont la sortie est prévue pour la fin du mois d'août, puisse influencer le prochain budget du gouvernement provincial. Le mémoire pourra être déposé lors des commissions parlementaires en septembre.

Les microbrasseries touchées au coeur

Isaac Tremblay, membre au sein du conseil d'administration de l'Association des microbrasseries du Québec, se sent directement touché par cette recommandation du rapport Godbout, lui qui est directeur au développement des affaires à la Microbrasserie Le Trou du Diable, à Shawinigan.

En plus de la taxe d'accise fédérale, qui touche la production des microbrasseries, la taxe en question est d'ordre provincial et touche les produits de l'alcool et du tabac. C'est le brasseur qui la perçoit et qui la charge au détaillant ou au distributeur, ce qui se traduit dans le prix de vente. La réduction de cette taxe permet actuellement aux microbrasseurs de réinvestir cet argent dans leur entreprise.

«Si on abolit cette mesure-là, c'est 42 000 $ par 1000 hectolitres que les brasseries auront à payer de plus par année.» Le Trou du Diable de Shawinigan, qui produit 10 000 hectolitres par an, devrait alors absorber un paiement de plusieurs milliers de dollars à la fin de l'année, ce qui rendrait difficile, voire impossible, le remboursement de ses prêts actuels. En moyenne, les microbrasseries québécoises produisent 1000 hectolitres annuellement. «Quarante-deux mille dollars, c'est pas mal ce qui leur reste à la fin de l'année.»

Il est donc clair pour lui que l'abolition de la réduction de cette taxe viendrait changer le décor du marché. «C'est sûr que ça viendrait freiner beaucoup l'élan des microbrasseries», poursuit-il. Déjà, l'impact se fait sentir en raison du doute qui plane. «On hésite à investir, parce qu'on nage un peu dans le flou.»

Isaac Tremblay explique que les microbrasseries se butent déjà à toutes sortes de lois et règlements. L'Association des microbrasseries du Québec a émis des recommandations au fil des ans, notamment pour faciliter la tâche aux entrepreneurs. L'une d'elles proposait de moduler davantage cette fameuse taxe. Or, le rapport Godbout recommande d'éliminer la réduction.

«Ça ajoute l'insulte à l'injure, c'est un peu le contraire de ce qu'on demandait», explique Isaac Tremblay. «Il y a plein de choses qu'on peut faire avec toutes les contraintes qu'on a, mais quelque chose d'aussi draconien qu'une taxe comme ça, c'est catastrophique.»

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