Trois-Rivières fait de l'oeil à Delastek

La Ville de Trois-Rivières a entrepris une véritable petite séduction pour... (Stéphane Lessard)

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Stéphane Lessard

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Olivier Gamelin
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) La Ville de Trois-Rivières a entrepris une véritable petite séduction pour attirer Delastek sur son territoire. La nouvelle a été confirmée par le président de l'usine en aéronautique établie depuis 30 ans à Shawinigan, Claude Lessard. La semaine dernière, le maire Yves Lévesque lui a téléphoné, «pour jaser», selon M. Lessard, en fait pour lui assurer que Trois-Rivières accueillerait à bras ouverts les projets d'expansion actuellement sur sa table de travail. Environ 130 emplois sont en jeu.

«Il [le maire Lévesque] m'a appelé pour me dire que, dans le fond, si je voulais me relocaliser...», avance M. Lessard en marchant sur des oeufs. Du même souffle, il note que son entreprise a également reçu des lettres d'intention d'autres municipalités prêtes à recevoir dans leur enceinte les projets futurs de Delastek. «Elles m'ont dit que chez elles, il y avait de la place aussi. Ce n'est pas juste Trois-Rivières. Il semble y avoir d'autres municipalités qui veulent des emplois dans leur région.» 

Une très bonne nouvelle, se réjouit M. Lessard, visiblement heureux d'être ainsi courtisé. «Je trouve ça bien. Dans le fond, même si j'ai parfois l'impression que du monde nous aime moins, il y en a certains qui veulent la business, qui veulent garder des emplois», renchérit le président de Delastek. «C'est la seule place ici [à Shawinigan] qui ne m'a pas dit qu'elle voulait garder des emplois.»

Avec la grève qui sévit depuis le 1er avril dans les rangs de ses employés syndiqués, M. Lessard persiste et signe, affirmant que le climat actuel à Shawinigan, pour ne pas dire le style de gestion du maire Michel Angers n'est pas, à son avis, propice à l'investissement. À ses yeux, un maire «entrepreneur» comme celui de Trois-Rivières, en mesure de donner suite rapidement aux appels logés, présent et disponible, détonne avec le profil du premier magistrat de la Ville de l'énergie et serait plus profitable au développement de sa «business». «À Trois-Rivières, c'est un gars [le maire Lévesque] qui est entrepreneur, je veux dire par son background. Ici, on n'a pas tout à fait le même background. On connaît les antécédents de M. Angers... Un moment donné, il ne faut pas juste que tu soignes ton image. Si tu veux faire du développement économique, il faut que tu te mouilles. Le maire de Trois-Rivières, lui, a pris le téléphone et il m'a appelé. Le maire de Shawinigan, lui, non.»

Rappelons qu'avant de siéger au poste de maire de Shawinigan, Michel Angers avait fait sa marque comme président syndical du Conseil central du Coeur-du-Québec pour la CSN. Le maire de Trois-Rivières, pour sa part, avait laissé une carrière dans la marine marchande pour se lancer dans le domaine de la restauration rapide.

Delastek planche depuis un certain temps sur un projet d'expansion qui pourrait faire doubler les capacités actuelles de l'usine. «Présentement, on évalue les scénarios», assure M. Lessard. Dans ses cartons, plus d'une centaine d'emplois bien rémunérés miroitent à l'horizon, tant en recherche et développement qu'en production. «Si ça va comme on veut, on pourrait facilement doubler la taille de l'entreprise, ce qui pourrait nous permettre d'aller chercher un autre 130 employés. Notre but, ç'a toujours été de développer en recherche et développement, et après pousser ça en production.»

Le maire de Shawinigan trouve «très malheureux» que Delastek lorgne la belle d'à côté, ou plutôt qu'on lui fasse ainsi ouvertement la cour. À ses yeux, l'heure n'est pas aux guéguerres de clochers, mais à la solidarité régionale. Déplorant le fait que depuis l'abolition du Conseil régional des élus, la Mauricie ne dispose plus d'une table de concertation autour de laquelle se réunissent élus et entrepreneurs, Michel Angers considère que la démarche d'Yves Lévesque est déconstructive. «De se tirer dans les jambes, ce n'est jamais quelque chose d'intéressant», image-t-il. 

«Moi, de mon côté, jamais je ne vais relancer quelque entrepreneur que ce soit. Ça ne fait pas partie de mes règles. J'ai toujours la même règle: quand des gens viennent cogner à notre porte, on est à l'écoute, mais pour ma part, jamais je ne vais aller solliciter quelque entrepreneur que ce soit, dans quelque territoire de la Mauricie que ce soit», signale M. Angers. «Il faut faire preuve d'une certaine forme d'éthique.»

Pour l'instant, aucune rencontre n'est prévue entre le maire Yves Lévesque et Claude Lessard. «Mais si jamais j'ai besoin de lui, je suis capable de le rejoindre facilement», précise ce dernier. «J'aime bien ça être capable de rejoindre les gens lorsque j'en ai besoin. Avec Yves Lévesque, ça je le sais.» Quant à Michel Angers? «À toutes les fois que je lui envois des textos, ça ne répond plus, alors...»

«On a toujours travaillé, depuis de nombreuses années, avec M. Lessard, on est en contact continuel. Je comprends bien qu'il est présentement dans une période conflictuelle avec son syndicat, il n'est pas très content des choses, mais je pense que la Ville a toujours fait les choses de la bonne façon avec lui», estime M. Angers. «Je souhaite ardemment que ce travail-là puisse continuer. S'il y a des projets d'expansion du côté de Delastek, on va être bien à l'écoute de ça, puis on va être en mesure de répondre positivement aux demandes de M. Lessard», conclut Michel Angers.

Il nous a été impossible de recueillir les propos du maire Yves Lévesque hier.

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