IFFCO met son projet d'usine à Bécancour sur la glace

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Le chef de la direction d'IFFCO Canada, Claude Lafleur, avait déjà envoyé certains signaux d'alarme au cours des derniers mois.

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Marc Rochette
Le Nouvelliste

Venant à peine de digérer la non-reconstruction de la partie endommagée chez Olin, voilà que le milieu de Bécancour voit son plus beau projet, IFFCO, être mis sur la glace. Une décision corporative qui repousse au-delà de 2018 le démarrage des installations maintenant évaluées à plus de deux milliards de dollars.

«Il y a une volonté des promoteurs de réaliser le projet, mais on veut s'extraire des contraintes, s'enlever de la pression, et se donner le temps de faire les choses», a expliqué au Nouvelliste le porte-parole régional, Yvan Martin.

Même si l'annonce «d'un échéancier reporté d'une manière indéterminée» survient au lendemain des conclusions défavorables du BAPE envers le gaz de schiste, le responsable aux communications chez IFFCO Canada assure qu'il n'y a aucun lien.

«Tous les autres projets ont des retards et des augmentations de coûts. Il s'agit d'un repli stratégique basé sur un ensemble de facteurs», ajoute M. Martin.

Lundi, les dirigeants de La Coop fédérée et d'IFFCO ont avisé les intervenants locaux de la suspension des étapes suivantes, soit la préparation des plans et devis pour établir un coût de projet et la signature d'un contrat IAC (ingénierie-approvisionnement-construction).

Cette suspension permettra aux actionnaires de revoir la stratégie globale de financement, de construction et d'exécution, car, souligne-t-on, les coûts du projet sont maintenant estimés à plus de deux milliards de dollars.

«Ce coût, équivalant au coût de construction de cinq amphithéâtres de Québec, en fait l'un des plus grands projets industriels des 25 dernières années au Québec», fait-on remarquer. D'où la nécessité d'une nouvelle approche afin d'en assurer la réalisation et la viabilité.

On insiste donc pour dire que «cette annonce ne marque d'aucune manière l'abandon du projet et pareille pause stratégique est courante dans les grands projets». Le focus sera donc mis au cours des prochains mois sur la recherche de partenaires.

«J'ai pu constater l'intérêt de la région pour ce projet. Nous avons franchi de nombreuses étapes à très grande vitesse et il faut à présent parfaire le projet pour en assurer la viabilité à moyen et long terme», a déclaré Manish Gupta, président-directeur général d'IFFCO Canada et représentant d'IFFCO au sein du conseil d'administration.

Selon lui, ce repli stratégique vise à mieux évaluer et maîtriser ce chantier industriel en consolidant ses atouts. Il permettra aux deux coopératives agricoles promotrices de s'extraire des contraintes de temps et de la pression des marchés de commodités «qui font de la distorsion à cette étape-ci du projet», tant dans les choix d'affaires que dans les analyses et projections. Se disant habitées par leurs valeurs coopératives de responsabilités et de transparence, La Coop fédérée et IFFCO ont invoqué le respect et la protection des investissements des divers partenaires.

Les actionnaires veulent ainsi s'assurer que tout est fait de la bonne manière, dans le bon ordre et au bon moment, autant dans l'intérêt des producteurs agricoles québécois et nord-américains que dans celui de l'économie de sa région d'accueil.

«Nos valeurs coopératives nous amènent à travailler de manière transparente et rigoureuse, dans une perspective de résultats à long terme. Nous sommes d'avis que notre projet d'usine à Bécancour répond à un besoin sur le marché et c'est pourquoi nous nous mobilisons pour y associer de nouveaux partenaires qui en assureront la réussite», a déclaré Gaétan Desroches, chef de la direction de La Coop fédérée. «Nous saluons ici la collaboration de tous les représentants du gouvernement du Québec impliqués dans le dossier qui ont toujours contribué à son développement optimal», renchérit Claude Lafleur, chef de la direction d'IFFCO Canada.

La Coop fédérée et IFFCO se disent toujours convaincues des grands atouts du projet: la qualité du futur site dans le Parc industriel de Bécancour, stratégique par ses accès portuaires et ferroviaires, et le contexte énergétique favorable en Amérique du Nord, pour la disponibilité du gaz naturel à un prix avantageux.

«Enfin, l'état du marché nord-américain et des autres projets d'usines nous permettent cette pause sans pour autant nuire au positionnement du projet», conclut-on.

Le parc industriel de Bécancour devra encore attendre... (Photo Émilie O'Connor, archives Le Nouvelliste) - image 2.0

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Le parc industriel de Bécancour devra encore attendre avant de voir IFFCO s'y installer.

Photo Émilie O'Connor, archives Le Nouvelliste

IFFCO: chronologie des événements

> Août 2012: Un décret ministériel fixant la contribution maximale d'Investissement Québec permet d'apprendre la venue du projet IFFCO à Bécancour.

> Octobre 2012: IFFCO confirme sa venue à Bécancour.  L'usine de production d'urée est alors évaluée à 1,2 milliard de dollars et doit voir le jour d'ici 2017 à Bécancour. L'investissement doit générer quelque 1500 emplois durant la construction alors prévue de 2014 à 2017 et l'usine fera travailler entre 200 et 300 personnes.

> Décembre 2012: IFFCO entame les démarches en vue de l'obtention des autorisations environnementales.

> Février 2013: IFFCO décide de s'installer sur les anciens terrains de Norsk Hydro alors que le groupe indien avait plutôt une option d'achat sur les espaces situés de l'autre côté de la rue.

> Janvier 2014: Dans son rapport, le BAPE se veut favorable à sa réalisation. Au terme de son analyse, la commission d'enquête conclut que le projet répond à un besoin et que la proposition déposée par IFFCO Canada est acceptable d'un point de vue écologique, social et économique.

> Mars 2014: IFFCO Canada retient les services de Ganotec pour finaliser l'évaluation du coût du contrat de maîtrise d'oeuvre du projet.

> Avril 2014: Le gouvernement du Québec autorise le projet. Un décret ministériel est adopté, sous la recommandation du ministre du Développement durable, de l'Environnement, de la Faune et des Parcs.

> Avril 2014: Évalué à 1,6 milliard $, l'investissement d'IFFCO dans une usine d'engrais à Bécancour ne se réalisera pas si l'entreprise n'obtient pas la garantie d'approvisionnement en gaz de schiste américain sur laquelle elle comptait, et qui tarde à venir.

> Mai 2014: IFFCO Canada annonce la nomination de Claude Lafleur à titre de chef de la direction. Par l'arrivée du grand patron de La Coop fédérée, partenaire dans le dossier, on veut ainsi s'assurer de compléter les prochaines étapes clés du projet.

> Juin 2014: Même s'il évite de presser le bouton panique, le chef de la direction d'IFFCO Canada, Claude Lafleur, ne cache pas que les délais réglementaires pour obtenir les garanties d'approvisionnement en gaz naturel viennent compliquer la réalisation de l'usine d'engrais de Bécancour.

> Septembre 2014: Même si le projet d'usine d'engrais à Bécancour n'est pas encore compromis, voilà que l'entreprise IFFCO Canada se voit contrainte de reporter son démarrage en 2018 dans son plan de match.

> Décembre 2014: IFFCO met sur la glace son projet d'usine d'engrais à Bécancour.

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