L'industrie du papier: un moteur économique qui s'essouffle

René Hardy est professeur retraité en histoire à... (Photo: Émilie O'Connor Le Nouvelliste)

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René Hardy est professeur retraité en histoire à l'Université du Québec à Trois-Rivières et auteur de plusieurs ouvrages sur l'histoire de la Mauricie.

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Marie-Josée Montminy
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Lundi marquera la fermeture de la première usine de papier à s'être installée en Mauricie, une région dont le développement économique s'est beaucoup appuyé sur l'industrie des pâtes et papiers. Avec la fermeture de la Laurentide, ne restent que trois des sept usines qui ont justifié le titre de «capitale mondiale du papier» de Trois-Rivières, mais de sa région aussi. Survol de l'histoire de l'essor de l'économie forestière en compagnie de l'historien, auteur et professeur retraité de l'Université du Québec à Trois-Rivières René Hardy.

«La Mauricie présente une ressource forestière très importante. Elle a un avantage sur plusieurs autres régions, c'est qu'elle est bien pourvue en réseau hydrographique», commence René Hardy en évoquant la genèse de l'industrie des pâtes et papiers.

L'atout hydrographique s'est révélé essentiel pour le flottage qui a débuté au milieu duXIXe siècle, au moment où furent aménagées des glissoires et estacades pour dompter le caractère impétueux de la rivièreSaint-Maurice. «Dès lors, la Mauricie est devenue un endroit très important au Québec pour exploiter le bois d'oeuvre. À cette époque, l'économie forestière était très centrée sur le bois de sciage».

Vers le papier

«Pour qu'il y ait un développement de l'industrie des pâtes et papiers, il fallait trois choses: une richesse forestière, un réseau ferroviaire qui permette d'alimenter les usines et d'exporter, et un pouvoir hydroélectrique, sinon hydraulique très important, parce que ces usines nécessi-taient une grande quantité d'énergie motrice», énumère René Hardy.

Ces conditions étaient réunies pour l'établissement de la première usine en Mauricie, la Laurentide, dans la paroisse de Sainte-Flore (aujourd'hui le secteur Grand-Mère) par le Montréalais John Forman en 1889.

«Quand Forman vient en Mauricie, il y a le chemin de fer, et la chute de Grand-Mère est située à deux milles du lac à la Tortue. Il s'est dit: «je vais installer mon usine au pied des chutes, j'ai un pouvoir hydraulique extraordinaire; j'ai une rivière pour transporter mon bois, puis on fait livrer la marchandise au ferroviaire sur le bord du lac à la Tortue et on exporte vers les États-Unis». Et on a aussi une main-d'oeuvre tout à côté, disciplinée, bon marché, en abondance».

L'établissement de la Shawinigan Water & Power au tournant du siècle a attiré plusieurs usines dont la Belgo, la deuxième usine de pâte en Mauricie, en 1900. Il faut attendre 1910 pour qu'une troisième s'établisse le long de la rivière Saint-Maurice, la Brown, à La Tuque.

La même année à Cap-de-la-Madeleine commençait la construction de la St.Maurice Paper, près du sanctuaire. La Wayagamack a démarré sa production sur l'île de la Potherie en 1912 après que Charles Ross Whitehead, fondateur de la Wabasso, eut acheté la scierie Baptist située sur cette île.

Dorénavant, les usines en seront de pâtes et papiers et non plus seulement de pâtes, à la suite de l'embargo imposé par Québec interdisant l'exportation de bois brut vers les États-Unis. Cet embargo a contraint les Américains à établir leurs usines de transformation sur place.

La guerre de 1914-18 a retardé les investissements, de telle sorte que c'est respectivement en 1920 (la Canadian International Paper) et 1923 (la St. Lawrence Paper Mills, aujourd'hui Kruger) que les deux dernières usines s'implanteront à Trois-Rivières.

«En 1923, on avait donc sept grandes usines de pâtes et papiers en Mauricie, ce qui en faisait une des régions productrices de papier les plus importantes. L'activité industrielle autour du papier en est venue à occuper 50 % des emplois industriels en Mauricie vers 1925. À Cap-de-la-Madeleine et à Grand-Mère, on parle de 80 %. Des villes monoindustrielles commeLa Tuque vivent de ces activités-là, tandis qu'à Trois-Rivières et Shawinigan, c'est autour de35-40 %», détaille M. Hardy.

La presse: catalyseuret fossoyeur de l'industrie

C'est l'avènement de la presse de masse qui a donné l'élan à l'industrie des pâtes et papiers. «On connaît à la fin du XIXe siècle une révolution culturelle et sociale majeure dans les communications. Depuis les années 1810-1820, on a alphabétisé les masses. Les gens ont appris à lire. On avait déjà des journaux, mais c'étaient des journaux d'idées, à faible tirage, petits. À la fin du siècle, c'est la presse de la publicité: on commence à avoir le gros journal à grand tirage, à prix modique», rappelle René Hardy.

«Ça crée une demande énorme pour le papier. Et les États-Unis sont prêts à investir dans ce nouveau produit pour en faire des productions massives», continue l'historien avant d'ajouter en pointant son ordinateur: «Aujourd'hui, on remarque le déclin du papier journal avec ça (l'ordinateur), qui est en train de déclasser le mode de communication qui a joué pendant 100 ans en la faveur de l'économie mauricienne».

La première usine de papier à fermer aura été la St.Maurice, alors gérée par la Wayagamack, en 1977. En 1992, la CIP, qui était passée aux mains de PFCP (Produits forestiers Canadien Pacific), jeta plus de 1000 travailleurs au chômage. En 2007, 560 personnes perdaient leur emploi à la Belgo de Shawinigan. Ne reste plus que la Kruger à Trois-Rivières (l'usine du boulevard Gene-H.-Kruger et celle de l'île de la Potherie, l'ancienne Wayagamack) et l'ancienne Brown de La Tuque, maintenant RockTenn.

Aluminium

> Alcan (Rio Tinto), site du boulevard Saint-Sacrement 1941-2013 (425 emplois perdus)

> International Foils/Reynolds/Reycan/Aleris 1939-2008 (450 emplois perdus)

Textile

> Wabasso 1905-1985 (1125 emplois perdus à Trois-Rivières et Shawinigan)

> Fruit of the Loom 1951-2001 (650 emplois perdus)

Autres

> Canron: 1907-1982: (300 emplois perdus lors de la fermeture

de la division de la tuyauterie).

> Westinghouse/Philips: 1951-1987 (300 emplois perdus)

Shawinigan

> Laurentide: 1887-2014 (275 emplois perdus)

> Belgo: 1900-2007 (560 emplois perdus)

Trois-Rivières

> St.Maurice Paper/Wayagamack B: 1910-1977 (250 emplois perdus)

> Wayagamack: 1912 (propriété successive de Consolidated Bathurst/

Stone Consolidated/Abitibi-Consolidated/Kruger)

> Canadian International Paper/PFCP: 1920-1992 (1000 emplois perdus)

> St. Lawrence Paper Mills/Domtar/Kruger: 1920

La Tuque

> Brown/CIP/PFCP/Cartons St-Laurent/ Smurfit-Stone/RockTenn: 1904

QUELQUES AUTRES FERMETURES

Aluminium

> Alcan (Rio Tinto), site du boulevard Saint-Sacrement 1941-2013 (425 emplois perdus)

> International Foils/Reynolds/Reycan/Aleris 1939-2008 (450 emplois perdus)

Textile

> Wabasso 1905-1985 (1125 emplois perdus à Trois-Rivières et Shawinigan)

> Fruit of the Loom 1951-2001 (650 emplois perdus)

Autres

> Canron: 1907-1982: (300 emplois perdus lors de la fermeture

de la division de la tuyauterie).

> Westinghouse/Philips: 1951-1987 (300 emplois perdus)

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