Nouveaux tarifs à Shawinigan: «Je me demande ce que la Ville va gagner»

René Lecours, propriétaire de deux commerces à Shawinigan,... (Sylvain Mayer, Le Nouvelliste)

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René Lecours, propriétaire de deux commerces à Shawinigan, redoute les impacts des frais d'inscription imposés aux non-résidents pour les loisirs, particulièrement au hockey mineur.

Sylvain Mayer, Le Nouvelliste

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Guy Veillette
Le Nouvelliste

Un expérimenté homme d'affaires de Shawinigan se demande quel gain la Ville obtiendra à la suite de l'imposition de ses nouveaux tarifs aux résidents de l'extérieur, particulièrement pour les jeunes au hockey mineur.

Mardi soir en assemblée publique, René Lecours, propriétaire de Hockey Lemay et de la Cordonnerie Lemay, a profité de la période de questions pour sensibiliser les élus aux dommages collatéraux de la politique qui vient d'entrer en vigueur.

En sourdine, les négociations entourant les services supralocaux depuis l'automne 2015 indisposaient certaines personnalités d'affaires de Shawinigan, inquiètes des retombées négatives de ce débat.

Même qu'en décembre 2015, l'ex-directeur général de la Chambre de commerce et d'industrie de Shawinigan, Martin St-Pierre, avait joint sa voix au député de Saint-Maurice, Pierre Giguère, pour s'offrir comme conciliateur dans ce dossier. Le porte-parole de la CCIS craignait alors une réaction négative des visiteurs, qui iraient consommer ailleurs si les frais pour les non-résidents devenaient trop élevés.

Le hockey mineur a pris beaucoup de place dans ces négociations. La Ville de Shawinigan a finalement décidé de faire passer de 400 $ à 800 $ les frais imposés aux jeunes hockeyeurs qui viennent de l'extérieur. M. Lecours estime qu'il s'agit d'une hausse démesurée.

«Je connais beaucoup de commerçants de Shawinigan qui se plaignent de la situation», explique l'homme qui exploite des commerces depuis 35 ans. 

«Un résident de Saint-Boniface qui vient pratiquer à l'aréna de Grand-Mère, par exemple, ira dans un restaurant, ira consommer à un marché ou à une station d'essence. Il me semble qu'une taxe raisonnable de 200 $ ou 250 $ aurait été plus appropriée.»

«Comment la Ville peut économiser de l'argent en n'ayant pas de non-résidents qui viennent jouer au hockey, en n'ayant pas de non-résidents qui viendront se baigner au Centre des arts?», questionne-t-il. «Est-ce que ça va baisser le coût d'entretien de nos arénas? Allez-vous fermer les compresseurs une heure par jour parce qu'il y aura moins de joueurs sur la patinoire?»

M. Lecours comprend la question d'équité envers les citoyens de Shawinigan et le principe que le conseil municipal souhaite faire respecter. Mais déjà, il observe des conséquences néfastes.

«Vous privez l'ensemble des commerçants de revenus», partage-t-il. «Vous faites toutes sortes de choses pour attirer les touristes. Nous en avons eu beaucoup cette année, qui ont dépensé de l'argent. Mais j'ai des remarques de clients qui me disent que la Ville de Shawinigan ne veut pas de nous, alors pourquoi on viendrait magasiner ici? Je me demande ce que la Ville va gagner. Je sais que les commerçants, on va perdre.»

Angers ne bronche pas

Cet impact avait déjà été mis sur la table en assemblée publique au début de ce débat, mais jamais par un homme d'affaires 

directement touché. L'intervention n'a pas ébranlé le maire, Michel Angers, qui ne s'est pas fait prier pour refaire l'historique de ce dossier afin que M. Lecours saisisse bien son point de vue.

Il a notamment rappelé que des ententes intermunicipales telle que celle proposée par la Ville de Shawinigan se signaient aux quatre coins du Québec depuis quelques années. Si les dix municipalités environnantes avaient accepté la proposition, leurs citoyens auraient bénéficié des infrastructures de loisirs aux mêmes tarifs que les Shawiniganais, moyennant une contribution municipale de quelques milliers de dollars par année. 

Trois-Rivières a accepté une entente de réciprocité avec Shawinigan, mais en ce qui concerne les dix municipalités visées par les négociations, le principe de l'utilisateur-payeur a prévalu. Voilà pourquoi, rappelle M. Angers, les parents de hockeyeurs doivent dorénavant payer des frais supplémentaires de 800 $. Le coût réel, selon Raymond Chabot Grant Thornton, s'établit à 1700 $, insiste le maire.

«Des parents constatent maintenant qu'ils doivent payer un montant important», comprend M. Angers. «Ce n'est pas ce qu'on souhaitait!»

L'entente aurait aussi permis d'éliminer le problème des parents de l'extérieur qui se trouvent des adresses à Shawinigan pour éviter de payer des frais de non-résidents. Dans son envolée, M. Angers a même amené sur la place publique le cas d'une municipalité qui n'était pas impliquée dans les dernières négociations.

«Je découvre, par hasard, qu'à Saint-Narcisse, 15 jeunes venaient jouer au hockey à Shawinigan avec des adresses à Saint-Georges et à Lac-à-la-Tortue. Nous payons collectivement pour des gens qui passent en dessous du radar!»

«Je voulais régulariser cette situation, mais les maires m'ont dit clairement que les citoyens n'avaient qu'à payer», ajoute M. Angers. «On m'a même dit que s'il y avait des tricheurs, de les trouver!»

M. Lecours comprend le principe, mais il estime néanmoins que ces nouveaux tarifs ajoutent des pierres dans une chaloupe déjà difficile à maintenir à flot.

«Je travaille fort pour attirer de nouvelles personnes, mais je travaille encore plus fort pour conserver ma clientèle», explique-t-il. «En faisant ça, la Ville n'aide pas à garder les gens qui achètent à Shawinigan.»




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