Services supralocaux: «déception profonde», pour Angers

Le maire de Shawinigan, Michel Angers.... (Sylvain Mayer, Le Nouvelliste)

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Le maire de Shawinigan, Michel Angers.

Sylvain Mayer, Le Nouvelliste

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Guy Veillette
Le Nouvelliste

(Shawinigan) La décision du ministre des Affaires municipales et de l'Occupation du territoire de ne pas intervenir dans le dossier des services supralocaux de Shawinigan envoie un message de résistance aux villages qui profitent des installations des villes de centralité, dénonce le maire, Michel Angers.

Visiblement très déçu, il discutera de la suite des événements avec son conseil municipal avant d'annoncer le prochain chapitre de ce bras de fer, au début 2017.

Dans notre édition de mercredi, Martin Coiteux confiait que les municipalités disposaient de tous les outils pour s'entendre sur le partage de la facture pour les services supralocaux. «Ça peut se régler sans qu'on intervienne», laissait-il tomber.

Fort bien, mais la Loi sur la Commission municipale prévoit justement qu'une municipalité puisse demander au ministre qu'il mandate la Commission municipale du Québec pour faire une étude afin de déterminer le caractère supralocal de certains équipements.

La Ville de Shawinigan a adopté deux résolutions en ce sens en 2016, soit le 8 mars et le 14 novembre. M. Coiteux a choisi de regarder ailleurs.

Le maire de Shawinigan a appris la position du ministre par un texto envoyé en début de soirée, quelques minutes après l'entrevue éditoriale accordée au Nouvelliste. Le fond et la forme du message lui ont laissé un goût amer.

«Contrairement à ce qu'il dit, le ministre intervient en empêchant la Commission de venir chez nous pour que nous profitions de son expertise», fait remarquer M. Angers. «J'ai une étude de Raymond Chabot qui ne fait pas l'affaire. J'ai demandé à la Commission de travailler avec nous. Mais le ministre l'empêche d'intervenir!»

M. Angers ne comprend toujours pas comment des ententes deviennent possibles ailleurs après une intervention de la CMQ, alors que Shawinigan ne peut avoir accès au même outil. 

«Pourquoi on nous dit de nous arranger avec nos affaires?», déplore-t-il. «Moi, je suis arrivé dans un cul-de-sac, après avoir concédé, plié. Tout ce qu'il me restait à faire, c'était demander à la CMQ de me donner un petit coup de main et on me dit non. C'est une intervention contre les citoyens de Shawinigan, contre le conseil municipal.»

«Ma déception est profonde», insiste-t-il. «Pourquoi est-on traité de façon différente?»

Répercussions

Michel Angers sent que ce dossier est suivi attentivement à travers le Québec, puisque le comportement du gouvernement pourrait dicter l'allure des futures négociations. Ce qu'il constate ne le rassure guère.

«Quel message envoie-t-on aux autres villes?», questionne-t-il. «On dit aux petites municipalités de bloquer, d'éviter de discuter, de se braquer contre les villes centres, qui n'auront qu'à payer plus cher de taxes et à continuer à développer des services supralocaux pour permettre aux autres d'en profiter sans avoir d'entente. C'est le message qui est lancé.»

Ironiquement, en assemblée publique mardi soir à Shawinigan, quelques citoyens étaient intervenus sur le dossier des services supralocaux, sans savoir qu'à ce moment, le ministre Coiteux avait déjà fait connaître sa position.

Notamment, André Grosleau avait lancé au maire, de façon prémonitoire: «Ne soyez pas naïf, le gouvernement du Québec ne réglera pas le problème».

Des maires peu étonnés

Le café de mercredi matin avait un goût particulièrement agréable pour les maires des dix municipalités sollicitées par la Ville de Shawinigan pour obtenir une compensation pour l'utilisation des services supralocaux. Pour eux, la décision du ministre des Affaires municipales et de l'Occupation du territoire, Martin Coiteux, ne constitue pas une grande surprise.

«Il dit qu'il n'interviendra pas et il veut que les municipalités s'organisent», résume Claude McManus, maire de Saint-Mathieu-du-Parc et porte-parole du groupe au début de ces pénibles négociations. «C'est une suite raisonnable du projet de loi 122 sur l'autonomie municipale. C'est correct comme ça.»

M. McManus ne s'attend pas à ce que le maire de Shawinigan rende les armes. Il croit toutefois que les prochaines demandes seront ciblées vers des municipalités plus dépendantes des services de la ville centre. Pour le reste, quand le besoin n'est pas clairement démontré, M. McManus pense toujours que le principe de l'utilisateur payeur doit prévaloir.

«Quand il y a peu de cas, on peut y aller à la pièce», explique-t-il. «Dans le fond, ce que les maires disent, c'est que le besoin n'est pas si important, parce qu'ils donnent déjà des services. Ce sont des loisirs! Ça va toujours selon les priorités qu'une municipalité veut se donner.»

«L'autre affaire, ce sont les citoyens», ajoute M. McManus. «Le projet de loi 122 dit qu'ils doivent être au centre des décisions. Si le besoin d'une entente avec Shawinigan avait été si grand, c'est sûr qu'on aurait eu une pression de nos citoyens. On n'a pas eu cette levée de boucliers nulle part, au contraire. Il aurait fallu se battre avec nos citoyens pour leur faire accepter cette facture. Le besoin n'est donc peut-être pas si grand.»

Sur le plan financier, aucune municipalité n'était sollicitée autant que Notre-Dame-du-Mont-Carmel dans ce dossier, peu importe le scénario retenu. Le maire, Luc Dostaler, s'est délecté de la déclaration du ministre.

«Je suis extrêmement satisfait», commente-t-il. «Je salue cette décision; c'était la bonne chose à faire. C'est aux municipalités à gérer ces dossiers. Depuis le début, les maires disent qu'ils ne veulent surtout pas que les plus grosses villes se retrouvent avec des droits d'exiger des taxes aux municipalités autour.»

M. Dostaler répète qu'il ne voit rien de mal à ce que Shawinigan révise ses tarifs pour certaines activités.

«Il existe déjà un système d'utilisateur payeur, qui doit possiblement être modifié. On ne le nie pas, on respecte ça. Si Shawinigan établit des tarifs qui sont justes, les utilisateurs vont continuer de participer à ses services. Mais si ça n'a pas de bon sens, les gens choisiront autre chose.»

Les conseils municipaux peuvent toujours adopter des politiques pour appuyer financièrement leurs citoyens pour alléger la facture, comme Notre-Dame-du-Mont-Carmel le faisait déjà pour les sports de glace.




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