Rivière Grand-Mère: Yves Gélinas défie Shawinigan

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En installant un drain dans ses champs qui dirige l'eau vers la rivière Grand-Mère, Yves Gélinas estime qu'il contribue à réduire le transport de sédiments. Ces travaux n'ont toutefois pas été autorisés par la Ville de Shawinigan, qui considère que l'éleveur a plutôt canalisé un cours d'eau.

Sylvain Mayer, Le Nouvelliste

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Guy Veillette
Le Nouvelliste

(Shawinigan) La tumultueuse relation entre l'éleveur de moutons Yves Gélinas et la Ville de Shawinigan se poursuit.

Au début de l'automne, l'ex et possible futur candidat à la mairie a réalisé des travaux sur ses terres pour réduire le transport de sédiments de la rivière Grand-Mère et peut-être ainsi contribuer à la réhabilitation du fameux parc chéri par les résidents du secteur. Petit hic cependant, ces manoeuvres ont été effectuées sans permis, ce qui place l'administration municipale dans une situation délicate.

M. Gélinas croyait pouvoir bénéficier d'une aide financière en vertu du programme Prime-Vert du ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation du Québec pour compléter ces travaux. Sans autorisation de la Ville toutefois, impossible de toucher la subvention recherchée.

La rivière Grand-Mère traverse les terres de M. Gélinas et de son point de vue, les travaux proposés permettront de retenir les sédiments dans ses champs plutôt que de les transporter vers le cours d'eau. 

Concrètement, il a installé un drain pour favoriser l'écoulement des eaux vers la rivière, mais des cartes topographiques pourraient laisser croire que M. Gélinas a plutôt procédé à la canalisation d'un petit cours d'eau qui traverse ses terres. Cette interprétation contribue à semer la confusion. Le propriétaire estime qu'il ne s'agit que d'une ancienne coulée effacée par l'exploitation agricole au fil des décennies. 

«Pour moi, pour être un cours d'eau, ça prend de l'eau, à part l'eau de pluie», image le coloré personnage. «Si c'était un cours d'eau, je ne serais pas non plus capable de passer là-dedans avec un tracteur. Or, présentement, c'est cultivé!»

Il a complété ses travaux avec l'aménagement d'un avaloir et de l'enrochement pour stabiliser les berges. M. Gélinas a donc procédé même si la Ville de Shawinigan refusait de lui émettre un permis.

Dans son esprit, sa solution aide à régler les problèmes de transport de sédiments observés au parc de la rivière Grand-Mère, qui ont défiguré l'îlot au fil des années. Il s'est adjoint l'expertise d'une agronome pour s'assurer que tout serait réalisé selon les règles de l'art.

«J'ai fait les travaux parce qu'il y avait urgence», prétend M. Gélinas. «Il y avait trop d'érosion et le sable s'en allait dans la rivière Grand-Mère et descendait jusqu'au parc. Quand ils parlent de restaurer ce parc, je me suis dit que c'était le genre de travaux qu'il fallait faire.»

Dans le contexte actuel, cet argument n'a pas manqué d'attirer l'attention des deux conseillères du secteur Grand-Mère, Lucie DeBons et Nancy Déziel. Cette dernière s'est même rendue sur les lieux en octobre pour prendre connaissance des travaux réalisés, une démarche que personne d'autre ne s'était donné la peine de faire à l'hôtel de ville, déplore M. Gélinas.

Permis ou amende?

Le directeur général de la Ville, Gaétan Béchard, ne nie pas que ces travaux puissent contribuer à l'amélioration de la situation. Par contre, selon lui, ils ne respectent pas le cadre réglementaire municipal, ni celui du ministère du Développement durable, de l'Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques. 

Sur cette base, la Ville a donc refusé d'émettre le permis pour autoriser des travaux qui ont tout de même été réalisés. «Au Québec, on n'a plus le droit de canaliser des cours d'eau», explique M. Béchard. «C'est sûr qu'à partir du moment où vous canalisez un ruisseau qui ne touche plus au sable, c'est clair qu'il n'y a plus de transport de sable. Mais il y a des façons de faire autres que la canalisation pour arriver au même résultat.»

«De plus, les travaux réalisés par M. Gélinas (enrochement et avaloir) ne sont pas permis en terre agricole», ajoute M. Béchard. «Nous sommes en contact avec lui pour éclaircir la situation et voir la suite des choses.»

Le directeur général confirme que «légalement», la Ville ne peut émettre de permis dans ces circonstances. Mais il hésite à sortir le bâton.

«On arrive à un endroit où on ne voulait pas nécessairement aller», laisse-t-il tomber. «Nous allons discuter des solutions. Il y a plusieurs possibilités: nous pouvons demander une remise en état, il peut y avoir des constats d'infraction, il peut faire des travaux correctifs. Avant de déterminer quelle solution sera retenue, on va regarder tout ça, notamment au plan légal.»

M. Gélinas sourit au sujet des conséquences possibles. «La Ville sait-elle dans quel état c'était avant?», questionne-t-il. «Plutôt que m'envoyer une amende, on devrait m'envoyer une médaille!»

Le comité veut rencontrer la ministre régionale

Il n'a pas fallu beaucoup de temps pour qu'un comité soit formé afin d'assurer un suivi pour la restauration de l'îlot du parc de la Rivière-Grand-Mère.

L'ex-ministre et député péquiste Jean-Pierre Jolivet a été désigné porte-parole du groupe et à court terme, il tente d'obtenir une rencontre avec le maire de Shawinigan, Michel Angers et la ministre responsable de la Mauricie et députée de Laviolette, Julie Boulet.

Aucune date n'a encore été arrêtée pour le moment. Par contre, M. Jolivet sent une ouverture.

«Le maire prépare un document qu'il nous présentera en novembre», explique-t-il.

«Nous avons demandé que ça se fasse un lundi ou un vendredi soir, afin que Mme Boulet puisse être présente. Par la suite, nous préparerons une proposition pour demander au ministère de l'Environnement de regarder différemment le cas. Revenons en arrière, regardons ça d'une autre façon, essayons de faire des choses qui nous permettraient de protéger l'étang. Il faut trouver une façon d'agir qui ne coûtera pas les yeux de la tête et qui permettrait de remettre tout ça en beauté.»

Lors de l'assemblée publique du 11 octobre, de nombreux citoyens s'étaient déplacés à l'hôtel de ville pour sensibiliser le conseil municipal à l'importance de poser des gestes pour redorer le blason du parc.

Le maire avait mentionné que l'évaluation des actions demandées par le ministère du Développement durable, de l'Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques exigerait des investissements d'au moins 800 000 $.

Le comité est complété par Alain Lirette et Louis Tremblay, deux citoyens qui ont participé à la mobilisation, l'été dernier. Rappelons que dans ce cadre, 3500 citoyens ont signé une pétition qui exige une intervention au parc de la Rivière-Grand-Mère.

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