«Les petits coeurs rieurs»: un projet pilote concluant

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Diane Borgia, responsable du programme «Les petits coeurs rieurs» en compagnie de la présidente de la fondation, Sylvie Collin.

Sylvain Mayer, Le Nouvelliste

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Guy Veillette
Le Nouvelliste

(Shawinigan) En intégrant le programme «Les Petits coeurs rieurs» à un groupe cible du primaire à Shawinigan, les élèves ont démontré une amélioration générale plus prononcée dans les attitudes et comportements liés aux émotions positives par rapport à une classe régulière.

Le projet se poursuit donc dans quatre écoles de la Commission scolaire de l'Énergie en 2016-2017 et la responsable de l'initiative, Diane Borgia, possède de grandes ambitions.

Les résultats de la première cuvée ont été présentés jeudi matin, à l'école Sainte-Flore. Partenaires financiers, enseignants, élus et membres du conseil d'administration de la fondation des Petits coeurs rieurs s'étaient donné rendez-vous pour diffuser les conclusions de ce projet pilote entièrement conçu à Shawinigan.

Pour Mme Borgia, criminologue et psychothérapeute, ce rapport constitue l'aboutissement d'une très longue démarche professionnelle. Pour elle, aucun doute que la saine gestion des émotions peut contribuer à la réussite scolaire.

«Depuis plus de trente ans, je rêvais de créer ce programme», explique-t-elle. «Nos enfants vont apprendre le langage émotionnel. Le fait de pouvoir identifier des émotions et d'être capable de les gérer, c'est primordial. Le programme offre des outils concrets et ça fonctionne, parce que c'est basé sur des principes psychologiques reconnus.»

Créée en octobre 2015, la fondation des Petits coeurs rieurs est présidée par Sylvie Collin. Atteinte de sclérose en plaques et de fibromyalgie, cette dame a vécu de dures épreuves au cours de sa vie, dont une agression très médiatisée en décembre 2005 qui l'avait profondément bouleversée. Elle a décidé de s'impliquer dans cette cause parce qu'elle est convaincue que si elle avait bénéficié d'un programme semblable au primaire, elle aurait vu la vie autrement.

«Ça aurait tout changé», croit Mme Collin. «L'agression... Moi qui en voulait à (Jean) Bergeron... J'aurais été capable de mieux gérer ça. Comme bien d'autres choses! Je mettais tout sur mes épaules, j'essayais toujours d'être encore meilleure.»

Résultats du projet

En 2015-2016, un groupe cible de 56 élèves de première année des écoles La Source (Shawinigan-Sud), Dominique-Savio (Saint-Georges), Antoine-Hallé (Grand-Mère) et Notre-Dame (Lac-à-la-Tortue) était formé. Les enseignants s'occupaient de la collecte de données avant le programme, en mi-parcours et à la fin. 

Un groupe témoin, composé de 35 élèves de l'école Philippe-Labarre de la Commission scolaire de Montréal, servait de base de comparaison. Ces jeunes étaient évalués, mais sans bénéficier de l'encadrement du programme des Petits coeurs rieurs.

Mme Borgia explique qu'en choisissant une école primaire à l'extérieur de la région, elle réduisait considérablement les risques de contamination des résultats par rapport à un groupe témoin issu d'un même milieu.

Les conclusions tendent à démontrer l'efficacité du programme, autant dans la gestion des émotions positives que négatives. 

Par exemple, dans les situations regroupées sous le thème de l'acceptation (respecter les décisions de l'enseignant, rester calme, accepter les autres), le groupe cible a affiché une amélioration de 20 % l'an dernier, comparativement à 6,5 % pour le groupe témoin, à Montréal. Des écarts comparables sont observés sous les thèmes du plaisir et de la confiance.

Du côté des émotions négatives, le programme a permis de diminuer la fréquence des peurs nuisibles (crainte, gêne, timidité), de la colère et du découragement de façon plus marquée dans le groupe cible.

L'école La Source poursuit l'expérience cette année, en compagnie cette fois des écoles Saint-Jacques, Sainte-Flore et Les Bâtisseurs. Mme Borgia ne cache pas que «Les Petits coeurs rieurs» impose une tâche supplémentaire aux enseignants, ce qui explique pourquoi une seule école a manifesté de l'intérêt pour une deuxième année.

«Le projet pilote a été très demandant pour eux», convient-elle. «Il y avait les évaluations, de la formation supplémentaire, des réunions. Les autres écoles étaient contentes d'avoir fait le projet pilote, mais visiblement, c'était trop lourd.»

Jacynthe Filion, directrice adjointe à l'école de la Source, ne nie pas l'ampleur de la charge, mais elle souligne que des ajustements ont été apportés par rapport au projet pilote. Mais surtout, le personnel était motivé à poursuivre.

«Les enseignants utilisent les cours d'éthique et culture et de français, parce que le matériel peut facilement être intégré à l'intérieur du programme régulier», explique-t-elle. «Les élèves adorent le matériel. On observe une amélioration dans la gestion des émotions chez ceux qui ont vécu le programme.»

Cette année, les enfants recevront chacun quatre livres de quatre contes chacun, ce qui permettra aux Petits coeurs rieurs de déborder le cadre scolaire pour vraiment entrer dans les familles.

«Les parents vont être contaminés!», sourit Mme Borgia, qui fait remarquer que la gestion des émotions représente aussi un défi pour les adultes.

Plus le programme avancera, plus les jeunes seront impliqués et plus les ressources demandées deviendront importantes. Pour le moment, la fondation fonctionne avec un budget annuel de 30 000 $. Yves Marcil, fondateur des Oeuvres des abbés Martel et Marcil, précise qu'une aide financière de 35 000 $ a été accordée sur une période de trois ans pour «Les Petits coeurs rieurs», qui complète parfaitement le programme de persévérance scolaire initié en 2010 à l'école secondaire Les Chutes.

«Je voudrais qu'un étudiant à l'université dans un programme de maîtrise en psychoéducation fasse l'évaluation du projet», avance Mme Borgia. «C'est mon prochain objectif. Après trois ou quatre ans de pratique, j'aimerais présenter les résultats au ministère de l'Éducation pour que ce soit adapté à tous les petits Québécois.»

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