Nemaska Lithium: le maire Angers outré par le comportement de cinq citoyens

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Le maire de Shawinigan, Michel Angers, en a soupé d'avoir des bâtons dans les roues dans le dossier Nemaska Lithium.

Stéphane Lessard, Le Nouvelliste

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Guy Veillette
Le Nouvelliste

(Shawinigan) L'arrivée de Nemaska Lithium à Shawinigan aura survécu à une série de rebondissements.

Le dernier en lice porte sur la demande d'avis de conformité de cinq requérants au changement de zonage nécessaire sur les terrains de l'ex-papeterie Laurentide, par rapport au schéma d'aménagement.

La Commission municipale n'a rien trouvé à redire aux orientations de la Ville, ce qui n'empêche pas le maire, Michel Angers, de dénoncer le comportement du petit groupe de citoyens impliqués.

Le communiqué publié en fin de matinée lundi prend d'ailleurs bien soin de nommer les contestataires.

Il s'agit de l'ex-député de Saint-Maurice, Robert Deschamps, qui a d'ailleurs plaidé la position du groupe lors de l'audience présentée à Shawinigan, le 5 mai dernier.

Il représentait également sa soeur, Marcelle Deschamps, son ex-directrice du bureau de comté, Carmen Mélançon, l'ex-candidat à la mairie Yves Gélinas de même que Robert St-Onge, membre de Shawinigan citoyens avertis et participant assidu aux séances publiques du conseil municipal.

«Ces cinq citoyens font perdre du temps et de l'argent à tout le monde», déplore le maire.

Les requérants se sont appuyés sur un article de la Loi sur l'aménagement et l'urbanisme pour ralentir la volonté du conseil municipal.

La modification au règlement de zonage avait été adoptée le 25 janvier et le 10 février, la Ville publiait un avis à ce sujet. Le 25 février, les cinq requérants déposaient leur demande, comme le leur permet la loi.

Essentiellement, les opposants estiment que le schéma ne reflète pas nécessairement les nouvelles normes du gouvernement du Québec en matière d'aménagement urbain, de protection de l'environnement et de développement durable. Le schéma d'aménagement de la Ville de Shawinigan n'a pas été modifié depuis la fusion, mais le processus est en cours.

Dès le début de son analyse, la Commission municipale du Québec rappelle «qu'elle n'a pas la compétence pour décider de l'opportunité ou de la légalité du processus ayant mené à l'adoption du Règlement SH-550.31.A et du Règlement lui-même. Seul l'examen de la conformité est dévolu à la Commission».

Et sur ce point, la juge Martine Savard ne trouve rien d'anormal à ce que la classe d'usage «industrie lourde» soit autorisée dans la zone visée, qui a accueilli une usine de pâtes et papiers pendant plus de cent ans.

«C'est tout à fait conforme avec notre schéma et monsieur Deschamps ne fait que retarder la relance économique de Shawinigan», tonne le maire.

Contestation minime

Nemaska Lithium avait dû subir le test de la demande d'approbation référendaire le 1er février. Seulement trois personnes avaient alors signifié leur opposition au projet, alors qu'il en fallait 68 pour forcer un référendum.

Le maire de Shawinigan aurait cru que ce chapitre allait clore toute contestation. Une poignée d'opposants ont effectué une ultime tentative devant la CMQ, qui a confirmé le respect des orientations du schéma d'aménagement dans sa décision rendue le 1er juin.

«Une démarche comme celle-là inquiète pas mal de monde et ça retarde les affaires», rage le maire. «On travaille d'arrache-pied; qu'on nous laisse faire! Il existe déjà un paquet de procédures qui font en sorte que si ça ne fonctionne pas, le gouvernement et les ministères sont à l'affût.»

Le maire se défend de personnaliser le débat, même si les cinq citoyens sont nommés dans le communiqué de presse de la Ville. Cette publication précise également que Mme Mélançon avait procédé à la même démarche à l'été 2008, alors qu'elle travaillait au bureau de M. Deschamps. Elle contestait alors l'adoption du règlement cadre sur les projets particuliers de construction, de modification ou d'occupation d'un immeuble, un outil de changement de zonage plus ciblé amplement utilisé par le conseil municipal depuis ce temps.

M. Angers rappelle qu'à ce moment, les contestataires ne s'étaient même pas présentés aux audiences et n'avaient déposé aucune argumentation. La Ville avait ainsi englouti 7975 $ en frais d'avocat et cette fois-ci, ils devraient atteindre 10 000 $. Tout cela sans prendre en considération le questionnement chez des investisseurs potentiels, craint-il.

«Je veux bien discuter, ma porte de bureau est toujours ouverte», souligne le maire. «M. Deschamps n'est pas le dernier venu: c'est un ancien député qui connaît très bien le fonctionnement de la commission. Il connaît les impacts. Quels sont les objectifs?»

«Le message, c'est de dire qu'on fait les affaires correctement», termine-t-il. «Laissez-nous travailler!»

Robert Deschamps, ex-député de Saint-Maurice, était à la... (Sylvain Mayer, Le Nouvelliste) - image 3.0

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Robert Deschamps, ex-député de Saint-Maurice, était à la tête d'un groupe de cinq personnes qui ont formulé une demande d'avis de conformité à la Commission municipale du Québec.

Sylvain Mayer, Le Nouvelliste

«Du profilage de citoyens»

Robert Deschamps n'est pas tant déçu de la décision rendue par la Commission municipale du Québec dans le dossier de Nemaska Lithium que du comportement du maire de Shawinigan qui, observe-t-il, ne digère plus la moindre opposition.

«C'est rendu qu'on ne peut plus contester aucune décision du maire Angers», dénonce-t-il. «C'est sérieux! C'est un peu de la dictature. On n'est pas dans un régime féodal! Ça vise à décourager les citoyens de remettre en question le conseil municipal. Il fait du profilage de citoyens et il dévie constamment le message.»

Dans son argumentation pour contrer la modification de zonage proposée, l'ex-député s'appuyait notamment sur la volonté exprimée par l'actuelle directrice du Service de l'aménagement et de l'environnement, Jeanne Charbonneau, en mai 2014. La Ville annonçait alors la refonte de son schéma d'aménagement et la fonctionnaire citait l'exemple de Bordeaux pour la qualité de la reconversion de ses sites contaminés.

«Que pourrait devenir Shawinigan avec la même volonté pour transformer les anciens terrains industriels situés sur le bord du Saint-Maurice, près du centre-ville?», questionnait-elle.

M. Deschamps opine que la Ville aurait dû profiter de la fin des activités à cette usine pour entrer dans une nouvelle ère de développement durable et proposer un terrain à Nemaska Lithium dans le parc industriel à grand gabarit, dans le secteur Saint-Georges. L'ex-adéquiste se défend d'être contre l'arrivée de cette entreprise.

«On n'est pas capables de donner notre opinion, à Shawinigan, sans être dénigré par le maire Angers», insiste-t-il.

«Il personnalise le débat pour museler les citoyens, encore une fois. Il se passe quelque chose par derrière; Nemaska doit avoir des problèmes. Cette affaire n'avait pas été ébruitée et ce n'était pas notre intention.»

En ce qui concerne les coûts, M. Deschamps se demande pourquoi la Ville n'utilise pas ses propres avocats dans ce genre de dossier. Le maire mentionne qu'elle doit embaucher une «firme spécialisée».

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