Faire du skate avec les moyens du bord

Pendant qu'Olivier Bertrand-Roy s'éclate sous l'oeil de la... (Stéphane Lessard, Le Nouvelliste)

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Pendant qu'Olivier Bertrand-Roy s'éclate sous l'oeil de la caméra de Samuel Savard, Jacob Perreault et William Tardif se chargent du ménage du site.

Stéphane Lessard, Le Nouvelliste

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Guy Veillette
Le Nouvelliste

(Shawinigan) Un peu las de répéter la même demande année après année, des jeunes et des parents du centre-ville de Shawinigan ont décidé de s'aménager un parc de planches à roulettes avec les moyens du bord le week-end dernier, tout près de l'éco-centre de l'avenue de la Transmission.

Une solution que les adultes souhaitent temporaire, en attendant que les élus trouvent un coin sécuritaire pour ces passionnés.

Pratiquement à chaque année au printemps, des jeunes tentent leur chance à la Place du marché avec leur planche. Leur nombre et le bruit indisposent les clients des restaurants autour, ce qui provoque des plaintes et parfois, l'intervention des policiers.

Au cours des dernières années, ces adolescents ont tenté de trouver de nouveaux sites pour laisser parler leur planche sans être importunés, par exemple dans la patinoire de la 3e Rue. Mais encore une fois, les voisins se plaignent du bruit et les jeunes doivent s'en retourner avec leur petit bonheur.

Découragé, Luc Perreault a découvert des fondations abandonnées tout près de l'éco-centre. Samedi dernier, parents et enfants se sont lancés dans une corvée pour nettoyer les lieux, au point où la sérénade des roues sur le béton se fait maintenant entendre sur ce terrain abandonné. Les jeunes capotent.

«Le skate, c'est dangereux quand on le pratique à des endroits où c'est mal organisé», témoigne Jacob Perreault, du haut de ses 12 ans.

«En plus, ça dérange le monde. Mais on est prêts à travailler pour avoir notre skate park. Ici, c'est très bien. On n'est jamais mieux servi que par soi-même! Ce serait mieux si on était plus près du monde. Au moins, on est entre amis et on ne dérange personne.»

Effectivement, l'endroit est plutôt isolé et possiblement déjà fréquenté par d'autres groupes de jeunes davantage attirés par le vagabondage que la planche à roulettes.

Des racines s'expulsent du muret où s'appuie le deuxième palier, à partir duquel les enfants exécutent leurs sauts. Il reste un peu de sable et de gravier, mais c'est déjà beaucoup mieux qu'avant leur grand ménage. La corvée s'est terminée avec un amas de détritus comprenant un matelas, un vieux lavabo, des pneus, une pelle, le squelette d'une vieille poussette, des coussins et un treillis de bois.

L'espace ne manque pas, mais la circulation des camions qui viennent cueillir les conteneurs de l'éco-centre provoque de la poussière. Personne ne s'en plaint pour le moment.

Samuel Savard, l'aîné du groupe à 17 ans, filme ses camarades pour ses montages qu'on dit pas piqué des vers. Depuis sept ans, il sillonne la ville à la recherche du site idéal.

«Ça fait du bien d'avoir trouvé ça», mentionne-t-il. «On dirait qu'on dérange tout le monde: la police, les propriétaires de commerces. Peut-être qu'ici, on va avoir la paix.»

«La population n'est pas très ouverte», déplore-t-il. «Les gens ne comprennent pas que c'est notre passion, comme le hockey peut l'être pour d'autres. Nous avons déjà eu un endroit au parc St-Onge, mais ils ont décidé de faire des patinoires de dek hockey.»

Pas idéal

Les parents sont ambivalents devant cette initiative. Ils ne peuvent que ressentir une certaine fierté de voir leurs enfants se prendre en main, mais en même temps, ils ne sont pas convaincus qu'il s'agisse d'un endroit sécuritaire.

«Les jeunes sont isolés ici; je trouve que c'est loin», partage Julie Levasseur. «Moi, je me dis qu'ils sont ici en attendant.»

«Il faut que la Ville trouve un endroit intelligent pour les jeunes», approuve André Trudel. «Ici, ils sont isolés dans un dépotoir. Disons qu'en attendant, c'est OK.»

«Présentement, c'est ça ou rien», fait remarquer M. Perreault. «Moi, je suis tanné de dire à mon gars que c'est rien!»

Julie Gélinas était intervenue sur cette question en séance publique du conseil, l'an dernier. Elle se désole de voir que cette demande toute simple fait du surplace. «Le but, c'est que les jeunes arrêtent de se faire intercepter», rappelle-t-elle. «Ici, c'est une situation temporaire pour que les menaces arrêtent. Ce ne sont pas nos jeunes qui se promènent avec des cannettes de peinture en ville, mais ils écopent.»

M. Perreault croit qu'un site près du parc Saint-Maurice et du Broadway pourrait être intéressant. Celui de l'ancien garage municipal avait été suggéré à pareille date l'an dernier, devant les élus. Mais ça ne bouge pas. «Ils nous disent qu'il n'y a pas de place dans le stationnement de l'aréna...», soupire-t-il.

«On se plaint qu'on a une population vieillissante», fait remarquer M. Trudel. «Voir des jeunes dans le centre-ville, ça ne doit pas être si mauvais!»

Les élus applaudissent... mais ne peuvent rien promettre

En séance publique mardi soir, des parents et des enfants préoccupés par l'absence d'un parc de planches à roulettes au centre-ville de Shawinigan sont venus dire aux élus qu'ils s'en étaient finalement aménagés un, tout près de l'éco-centre. Ils souhaitent toutefois que le conseil municipal les appuie dans leur démarche, en attendant qu'on trouve un site sécuritaire.

L'initiative a été présentée par Lisanne Corriveau. Visiblement touchés par cette débrouillardise, les élus ont applaudi après l'intervention de la dame.

Bien qu'ils saluent le geste, ils ne peuvent rien promettre pour le moment sur un possible investissement pour un parc semblable au centre-ville.

«C'est une activité de plus en plus prisée», constate le maire, Michel Angers.

«On va s'asseoir avec la Sûreté du Québec pour s'assurer que tout est correct pour la sécurité des jeunes à cet endroit, en attendant d'avoir un skate park digne de ce nom.»

En entrevue, le maire mentionne que ce genre d'initiative fait partie des compromis qui ont été faits au cours de l'élaboration des derniers budgets.

«Dans le contexte financier comme celui dans lequel nous sommes présentement, il faut faire des analyses un peu plus approfondies», reconnaît M. Angers.

«C'est toujours dans notre intention d'aménager un skate park. Ils nous disent qu'ils ont trouvé un endroit et qu'il faut s'assurer que les enfants sont en sécurité.

Je pense que c'est une très belle initiative; ça me plaît particulièrement et ça nous incite à être attentif à un besoin comme celui-là. Mais quand on subit des pertes de revenus, des choix doivent être faits.»

Luc Perreault, l'un des parents présents à cette assemblée, semblait encouragé par la réaction des élus.

«Si la police arrive, on ne savait pas trop s'il y aurait une tolérance», explique-t-il. «Mais ils nous ont promis une surveillance policière et ils sont même prêts à nous fournir de l'aide pour améliorer le site.»

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