Mosquée à Shawinigan: une intégration sans histoire

Le 10 février 2015, une assemblée publique mouvementée... (Stéphane Lessard, Le Nouvelliste)

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Le 10 février 2015, une assemblée publique mouvementée à Shawinigan mettait fin au processus de changement de zonage nécessaire pour l'établissement d'une mosquée dans un parc industriel. Philippe Bégin Garti (à droite) était très déçu en quittant la salle du conseil municipal, où il en avait entendu des vertes et des pas mûres.

Stéphane Lessard, Le Nouvelliste

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Guy Veillette
Le Nouvelliste

(Shawinigan) Il a fallu beaucoup insister pour obtenir une entrevue avec Philippe Bégin Garti et Abdoulaye Souley, les deux visages les plus connus de la communauté musulmane de Shawinigan, pour faire le bilan de la première année d'existence de la mosquée sur l'avenue Saint-Marc.

Les deux hommes apprécient de pouvoir vivre leur foi dans la discrétion, loin des projecteurs qui les avaient propulsés à l'avant-scène de l'actualité. Cette sortie de leur zone de confort les indispose un peu.

Au début de l'année 2015, les élus shawiniganais ont sans doute vécu la crise la plus intense et, avec le recul, la plus mystérieuse du présent mandat.

Après avoir traversé un processus de modification de zonage sans la moindre opposition pour permettre l'établissement du centre culturel musulman dans le parc industriel Albert-Landry, le conseil municipal décidait, en séance régulière le 10 février 2015, de mettre fin au processus.

Extrêmement inconfortable avec la position à laquelle il avait dû se rallier, le maire, Michel Angers, avait expliqué que des élus avaient alors répondu aux craintes d'une partie de la population. Mais deux mois plus tard, le centre culturel musulman de Shawinigan s'établissait sur l'avenue Saint-Marc, en zone permise, dans l'indifférence générale.

Évidemment, au début 2015, les attentats chez Charlie Hebdo et à un marché kascher avaient servi de prétexte pour expliquer cette peur.

Mais depuis ce temps, l'État islamique a multiplié les attentats en Afrique, en France et en Belgique notamment, sans même que la communauté musulmane de Shawinigan ne subisse les amalgames. La mosquée de l'avenue Saint-Marc s'est fondue au paysage et on peut se demander à quel point la situation aurait été différente dans le parc industriel Albert-Landry.

«Les relations avec le voisinage sont très bonnes», commente M. Bégin Garti, particulièrement meurtri par le battage de l'an dernier.

«La communauté musulmane s'est sentie à l'aise de se déplacer à la mosquée pour les différentes activités. Nous n'avons pas déploré d'événements majeurs, sauf les pépins habituels que tous les commerçants vivent ici. Nous n'avons rien vécu d'anormal.»

En somme, l'objectif de départ, qui consistait à établir une mosquée à Shawinigan pour éviter les déplacements hebdomadaires à Trois-Rivières pour se recueillir, rencontre les attentes.

«Même que ça les dépasse», confie M. Souley. «Nous avions les familles habituelles, mais nous avons eu de nouvelles personnes. Nous sommes entre 20 et 25 qui prions le vendredi ici, qui auraient dû aller à Trois-Rivières. L'an dernier, nous étions entre 10 et 15. L'arrivée de CGI nous aide beaucoup, on ne le cache pas.»

«Nous avons même l'impression que beaucoup de gens, sans la mosquée, ne seraient peut-être pas venus à Shawinigan», ajoute M. Bégin Garti.

Les musulmans se rendent à la mosquée jusqu'à cinq fois par jour, quand le temps le leur permet. Le vendredi, c'est la grande rencontre pour la prière du midi, dirigée par un imam bénévole.

Curiosité

L'arrivée d'une mosquée dans le quartier ne peut quand même pas passer inaperçue. Il arrive que des piétons cognent à la porte pour jeter un coup d'oeil, pour satisfaire leur curiosité.

Le Centre culturel musulman de Shawinigan a organisé quelques rencontres publiques depuis son ouverture. Des membres de la communauté invitent occasionnellement des proches pour leur présenter leur lieu de culte, un local très rudimentaire dont les fuites d'eau trahissent le poids des années.

Des soupers, ouverts à tous, sont maintenant organisés le dernier samedi de chaque mois à la mosquée. Comme l'an dernier, une activité spéciale devrait se dérouler durant le ramadan. Jusqu'à une quarantaine de personnes se présentent à ces rendez-vous.

«Les gens ont des questions et dès qu'on leur répond, ils comprennent», constate M. Souley. «Ils sont agréablement surpris.»

La petite communauté musulmane de Shawinigan se disait qu'en se poussant dans le parc industriel Albert-Landry, elle ne dérangerait personne. Une curieuse suite d'événements a plutôt établi la mosquée en plein coeur d'un quartier populaire, où l'intégration s'est finalement faite sans histoire.

«La tournure est satisfaisante», résume M. Bégin Garti. Par contre, si la communauté continue de s'élargir, il n'est pas dit que le Centre culturel musulman de Shawinigan n'aura pas besoin de plus d'espace un de ces jours.

«Nous voulons voir comment va évoluer la population musulmane dans le coin avant de prendre des décisions définitives à long terme», termine-t-il. 

«On peut s'attendre encore à une progression. Par exemple, CGI n'a pas tout à fait atteint le tiers des effectifs prévus!»

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