Ancien hôtel De Lasalle: Shawinigan s'impatiente

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L'ancien hôtel De Lasalle n'affiche pas sa meilleure mine, sur la 3e Rue dans le secteur Grand-Mère.

Sylvain Mayer, Le Nouvelliste

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Guy Veillette
Le Nouvelliste

(Shawinigan) Quarante mois après l'incendie qui lui a causé de sérieux dommages, l'ancien hôtel De Lasalle dénature toujours le paysage au coin de la 3e Rue et de la 6e Avenue, dans le secteur Grand-Mère.

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La Ville aimerait bien que le propriétaire s'occupe un peu plus de la structure abandonnée, mais pour le moment, elle multiplie les constats d'infraction et les amendes.

Sylvain Mayer, Le Nouvelliste

La Ville aimerait bien que le propriétaire s'occupe un peu plus de la structure abandonnée, mais pour le moment, elle multiplie les constats d'infraction et les amendes.

«Il ne fait rien, alors on lui émet un constat après l'autre. Ça s'accumule», résume François St-Onge, directeur des communications à la Ville de Shawinigan.

L'endroit a connu son lot de péripéties depuis l'incendie du 4 décembre 2012. À ce moment, l'immeuble appartenait à une compagnie à numéros détenue par Réjean Fortin. Elle a été vendue à Denis Despins en juillet 2013. Ce dernier a cédé l'immeuble à une autre compagnie à numéros, cette fois propriété de Maxime Parent-Dubé, en septembre 2014.

Au cours des dernières années, la Ville est intervenue pour des problèmes d'insalubrité. L'instabilité d'une enseigne avait provoqué de curieuses manoeuvres en juillet 2014, alors que des individus étaient montés sur le toit de l'immeuble en milieu de soirée.

Un photographe du Nouvelliste avait été intimidé lors de cet épisode, qui a d'ailleurs mené à des accusations. Un jugement doit être rendu le 30 juin.

M. Despins s'était engagé à démolir l'immeuble, mais il n'a finalement jamais bougé. Quant à M. Parent-Dubé, il a déjà mentionné qu'il souhaitait faire renaître l'hôtel et aménager des appartements dans la partie arrière.

«On va ramener l'immeuble dans son état initial», déclarait-il au Nouvelliste à l'été 2014, peu de temps avant de devenir propriétaire. «Je pense que ce secteur de la ville mérite une meilleure attention.»

Or, rien n'a été fait depuis ce temps et le paysage se dégrade. L'an dernier, la Ville a perdu patience.

Cinq constats d'infraction ont été acheminés au propriétaire: trois parce que ce bâtiment incendié n'a pas été démoli et deux en raison de la présence de matière malpropre ou nuisible sur cette propriété.

Des jugements ont été rendus dans chacun de ces dossiers, dont les plus récents le 12 avril dernier. Le propriétaire a accumulé des amendes, incluant les frais, qui frôlent les 6000 $ jusqu'ici.

«C'est une litanie d'événements», déplore M. St-Onge. «On est sur son dos. Nous ne voulons pas récupérer la bâtisse! En plus, il ne paye pas ses taxes. On doit travailler avec la réglementation et la loi, mais on ne le laisse pas aller.»

M. St-Onge précise que la Ville vient de demander à nouveau au propriétaire de barricader son immeuble adéquatement. Au cours des dernières heures, un cordon de sécurité est apparu devant la façade de la 3e Rue.

Pas de permis

Le 13 janvier dernier, M. Parent-Dubé comparaissait en Cour municipale pour deux des chefs d'accusation reprochés le 25 août 2015.

Dans sa décision, le juge Pierre Bordeleau relate que Nathalie Daneault, inspectrice municipale à la Ville, ne veut pas accorder un permis de rénovation ou de réparation pour cet immeuble tant qu'elle ne recevra pas une évaluation structurale du bâtiment, réalisée par un ingénieur qualifié. 

«Lors de (la visite de Mme Daneault) en octobre 2015, il y avait des trous dans le plancher, l'eau dégouttait par le plafond de la bâtisse, le pare-vapeur volait au vent, il y a de la moisissure et des champignons à l'intérieur et des bois brûlés et noircis sont visibles au dernier étage de l'immeuble», raconte le juge.

La réglementation exige la démolition de l'immeuble six mois après l'incendie, à moins qu'un permis de construction ne soit accordé pour des travaux. C'est sur ce point que M. Parent-Dubé appuyait sa défense.

En fait, selon lui, les travaux de nettoyage qui ont été effectués ont complètement effacé toute trace d'incendie. Dans son esprit, il ne s'agit donc plus d'une construction incendiée au sens du règlement municipal. Le juge n'a évidemment pas accordé beaucoup de crédibilité à cette interprétation.

À ce moment, M. Parent-Dubé affirmait toujours avoir l'intention de rénover l'immeuble. Mais il déplorait que la Ville refuse de lui accorder un permis de rénovation parce qu'il n'avait pas soumis de rapport d'ingénieur pour attester la solidité de la structure.

Le propriétaire explique son comportement par le manque de collaboration de la Ville, tout en répétant qu'on ne pouvait plus considérer cet immeuble incendié.

Nancy Déziel... (François Gervais, Le Nouvelliste) - image 3.0

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Nancy Déziel

François Gervais, Le Nouvelliste

«C'est sûr qu'on n'est pas contents»

La conseillère du district de la Rivière, Nancy Déziel, ne se fait pas tant apostropher pour le cas précis de l'ancien hôtel De Lasalle que pour l'ensemble des immeubles abandonnés. Elle mise beaucoup sur l'arrivée de Nemaska Lithium pour donner une nouvelle énergie à cette portion du coeur commercial du secteur Grand-Mère.

Comme tout le monde, le portrait de l'immeuble situé au coin de la 3e Rue et de la 6e Avenue la désole.

«En tant que Ville, c'est dur d'aller plus loin que le processus judiciaire», explique Mme Déziel. «C'est sûr qu'on n'est pas contents. Moi la première, je trouve ça décevant l'état du bâtiment et le peu d'efforts qui sont faits pour le revitaliser. C'est quand même une belle bâtisse. J'espère que le propriétaire finira par faire quelque chose, mais avec tous les constats d'infraction et le peu d'évolution, ça ne laisse pas beaucoup d'espoir pour le moment avec ce propriétaire.»

La conseillère mentionne que personne n'a encore évoqué la possibilité que la Ville prenne en charge elle-même la démolition de l'immeuble et refile ensuite la facture au propriétaire. Elle avait agi de la sorte en juin 2015, lorsqu'un amoncellement de détritus sur le trottoir avait semé une commotion dans le quartier. La Ville avait nettoyé aux frais du propriétaire, mais selon François St-Onge, directeur des communications, ce dernier n'a jamais acquitté la facture.

«Les gens me disent que des bâtiments font dur, que ça les dérange et qu'ils aimeraient que leur centre-ville soit plus beau», raconte Mme Déziel. «Je suis sensibilisée à ça. En travaillant avec des entreprises comme Nemaska ou d'autres projets, ça va amener une hausse de valeur et des investissements.»

La conseillère s'accroche à l'espoir que l'ancien hôtel De Lasalle soit revendu éventuellement à un homme d'affaires un peu plus dynamique. «Ce serait bien que ça évolue vers quelqu'un qui veut investir», réfléchit-elle. «Il faut jouer sur la valeur du coin et c'est l'activité économique qui peut faire ça. Nous avons deux parcs industriels en santé dans le secteur, où passent 2200 travailleurs par jour. Nous avons aussi Nemaska et peut-être une marina qui vont s'établir dans le coin. Ça va amener une revitalisation de ce quartier et une augmentation de la demande. C'est une roue longue à remettre en branle, mais ça s'en vient!»

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