Services supralocaux à Shawinigan: premiers dommages collatéraux

Raymond Corriveau et Françoise Bourdages appréciaient leur cours... (Sylvain Mayer)

Agrandir

Raymond Corriveau et Françoise Bourdages appréciaient leur cours d'espagnol à Shawinigan, mais les nouveaux frais pour les non-résidents les ont découragés de s'inscrire pour la session d'hiver.

Sylvain Mayer

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Guy Veillette
Le Nouvelliste

(Shawinigan) Même si le député de Saint-Maurice invite les maires à une rencontre pour dénouer l'impasse des services supralocaux au début 2016, des citoyens goûtent déjà à la médecine de la programmation hivernale du service des loisirs de Shawinigan.

Incapables de comprendre le bien-fondé d'une hausse de frais d'inscription de 215 % pour un cours d'espagnol au Centre des arts, Raymond Corriveau et Françoise Bourdages ont tout simplement décidé de mettre leur argent ailleurs.

Une décision difficile à prendre pour le couple de Saint-Boniface, qui adorait l'enseignement offert par Alejandra Juarez. L'automne dernier, les dix séances coûtaient 110 $ par personne, peu importe le lieu du domicile. Étant donné que Saint-Boniface n'a pas accepté de verser 72 208 $ par année à la Ville de Shawinigan en guise de compensation pour l'utilisation des services supralocaux, ce tarif passe à 347 $ pour les non-résidents. Non merci, laisse tomber M. Corriveau.

«Je comprends que le maire Angers a des problèmes financiers», détecte-t-il. «Quand on choisit des activités, on a le choix d'aller à Trois-Rivières. Mais on fait l'effort de soutenir Shawinigan dans son maintien d'offre culturelle. De Saint-Boniface, tourner à gauche ou à droite, c'est la même affaire!»

«M. Angers est obligé de chauffer et d'éclairer notre local, qu'on y aille ou pas», poursuit-il. «On ne lui coûte pas d'argent follement et on n'empêche pas des gens de Shawinigan d'embarquer. Le maire me semble dans une stricte logique comptable. Il oublie de regarder ce que font les gens par attachement.»

Professeur bientôt à la retraite au département de communication sociale de l'Université du Québec à Trois-Rivières, M. Corriveau fait remarquer qu'il peut très bien satisfaire son goût d'apprendre l'espagnol dans la capitale régionale. 

«Le sentiment général qui se dégageait de M. Angers, c'était quelqu'un qui voulait collaborer, qui se voulait rassembleur», rappelle-t-il. «Là, on va se ramasser avec une dynamique qui m'apparaît discutable, dans la mesure où si les gens se mettent à boycotter Shawinigan, on n'est plus du tout dans l'esprit que le maire a voulu développer quand il est arrivé en politique.»

«Nous n'avons pas besoin de ça actuellement. Nous avons besoin de coopération, de conciliation, que tout le monde travaille ensemble pour le développement régional. Ces guerres de clochers ne donnent rien.»

M. Corriveau révise la programmation hivernale de la Ville de Shawinigan et il se demande comment peut-on en venir à exiger plus de 1500 $ pour un cours d'aquaforme. 

«Il y a une violence tarifaire qui s'explique mal», dénonce-t-il. «C'est beau de dire aux gens qu'ils ne font pas leur part, mais quand ils n'ont jamais rien eu à dire sur quelque projet que ce soit, c'est difficile de leur dire après que ça coûte trop cher et que vous nous devez de l'argent ! Les gens ont plutôt l'impression de soutenir la ville en participant à son offre. Je ne suis pas sûr que je vole grand-chose quand je vais à Shawinigan.»

Pas assez propriétaire

Pour ajouter l'insulte à l'injure, la Ville de Shawinigan conserve une définition stricte du statut de résident, qui implique que la personne doit habiter sur son territoire. De sorte que même si quelqu'un possède des terrains ou des immeubles à Shawinigan et y paie des taxes, il est considéré comme un étranger s'il vit à l'extérieur. Il doit donc payer les frais de non-résident qui s'appliquent.

C'est ce qui est arrivé à M. Corriveau, qui possède un terrain dans le secteur Saint-Gérard-des-Laurentides, mais qui devrait quand même payer le tarif d'une personne de l'extérieur.

«Il me semble qu'à quelque part, ça ne passe pas au plan légal», réfléchit-il. «Je voulais explorer cette avenue. Comment se fait-il que je peux voter à la mairie de Shawinigan? À quoi ça sert de payer ces taxes si je suis considéré comme un non-résident? Ça m'apparaît bizarre.»

François St-Onge, directeur des communication à Shawinigan, rappelle que cette politique s'applique dans plusieurs villes à travers le Québec. Dans les circonstances où il existe maintenant un écart abyssal entre les tarifs imposés aux résidents et aux non-résidents, ce statut prend encore plus d'importance.

M. St-Onge mentionne que pour l'instant, la même définition de résident s'applique. Il glisse toutefois qu'il n'est pas impossible qu'elle soit révisée.

Une professeure inquiète

Alejandra Juarez n'a pas besoin d'une fine analyse du tissu économique régional pour craindre les effets d'une hausse de tarifs de 215 % sur la fréquentation à ses cours d'espagnol. Entre les branches, elle a déjà appris qu'une dizaine de ses élèves ne se représenteraient pas cet hiver.

«Plusieurs personnes ne sont pas contentes de la nouvelle», commente celle qui offre ces cours depuis trois ans. Mme Juarez ajoute qu'elle n'a jamais été consultée pour cette révision de tarifs.

«Une dame de Saint-Élie-de-Caxton m'a dit qu'elle était prête à payer 150 $ pour le cours, même 200 $. Mais pas 350 $.»

«Ça m'enlève du travail», déplore-t-elle. «Si la classe ne se remplit pas, je ne pourrai pas travailler. Ce n'est pas la Ville qui me paie; ce sont les inscriptions.»

Chaque classe comprend habituellement entre 12 et 15 personnes. Normalement, elle enseigne à quatre groupes, pendant dix semaines. Même qu'un intérêt marqué pour cette formation laissait entrevoir jusqu'à sept classes pour cet hiver. Mais dans les circonstances actuelles, Mme Juarez doute qu'elle puisse atteindre cet objectif.

Elle craint beaucoup de perdre des inscriptions au profit de Trois-Rivières, située à une distance équivalente en voiture de Shawinigan pour les résidents de plusieurs municipalités. «Je ne sais pas si je vais avoir assez de boulot», s'attriste-t-elle.

«C'est tellement difficile de trouver du travail, ici! C'est sûr que je vais continuer l'hiver prochain. J'ai encore espoir; je ne peux rien changer pour tout de suite. Mais pour la prochaine session (à l'automne 2016), je vais y repenser! Je ne veux pas être négative, mais il faut être réaliste.»

Partager

À lire aussi

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer